Francophonie ontarienne: aller au-delà de la rhétorique

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Le 11 décembre, Statistique Canada a publié une étude sur la vitalité des communautés de langue officielle qui offre notamment un regard très détaillé du français au Canada et en Ontario.

Le gouvernement provincial et les organismes offrant des services à la communauté francophone de l’Ontario doivent prendre acte de ces nouvelles données. Ils doivent voir au-delà des chiffres, se poser les questions qui permettront de poser des gestes concrets pour améliorer la façon dont les francophones vivent au quotidien en Ontario.

Il ne suffit pas de se réfugier dans la rhétorique aussi facile que fausse et simplement, encore une fois, jeter l’éponge et tout abandonner… Pas maintenant alors que les communautés francophones ont de plus en plus d’outils à leurs dispositions pour faire face aux nouveaux défis. Revenons donc sur certains constats de cette enquête.

D’abord au niveau de l’appartenance identitaire. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’il existe des différences au niveau des régions de l’Ontario. Les francophones du Sud-Est, par exemple, démontrent un sentiment d’appartenance à la communauté francophone plus fort que dans les autres régions de l’Ontario français. Ailleurs et en particulier dans la région de Toronto, la proportion de francophones qui disent appartenir d’abord au groupe anglophone ou encore à d’autres groupes linguistiques est clairement plus élevée qu’ailleurs en province.

Est-ce dû au fait que l’immigration y est nettement plus prononcée et que, dès lors, les nouveaux arrivants ont moins recours à la vision d’appartenance identitaire traditionnelle ou encore veulent-ils le plus rapidement possible se fondre dans la majorité afin d’accélérer leur processus d’intégration à un nouveau pays? Voilà une question importante pour l’avenir de la francophonie ontarienne dans les grands centres urbains.

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De plus, il serait intéressant de savoir les disparités entre les catégories d’âges au chapitre de l’appartenance identitaire puisque de plus en plus, les jeunes s’identifient comme des «bilingues» et non plus comme des francophones seulement, n’excluant pas pour autant leur identité propre.

En éducation, on fait grand cas du fait que les élèves francophones délaissent les écoles secondaires de la communauté. Il faut se demander pour quelle raison est-ce ainsi. Est-ce dû à l’éloignement ou encore au manque de ressources équivalentes aux écoles de la majorité, ou même adéquates? Que doit-on mettre en place pour bien servir les quelques 42% de parents francophones qui préfèreraient envoyer leurs enfants dans une école française mais qui ne le font pas?

Dans le domaine de la santé, l’enquête ne révèle pas de bien grandes surprises mais on y indique tout de même que 54% des francophones de l’Ontario indiquent qu’il est «très important» ou «important» de recevoir des soins de santé en langue française même si environ le tiers seulement en obtient concrètement.

Au niveau des services gouvernementaux de la province de l’Ontario, 44% des répondants francophones indiquent qu’ils utilisent «toujours» ou «souvent» la langue française avec un employé du gouvernement provincial. Ceci est en soi encourageant car nous savons tous que la disponibilité de services en français n’est pas toujours clairement annoncée, ne serait-ce que par un «good morning/bonjour» au premier contact.

Par contre, étonnement presque, 66% utilisent «seulement l’anglais» ou «beaucoup plus l’anglais que le français» pour compléter des formulaires gouvernementaux. Il nous faut analyser sérieusement ce phénomène et se poser les bonnes questions avant d’en tirer des conclusions. Les francophones ont parfois tendance à croire (à tort) que la version anglaise est plus «officielle».

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Dans mon autre vie d’avocat, je me souviens comment il fallait souvent convaincre le client que le document hypothécaire en français avait tout autant de force légale qu’un document en anglais.

L’affaire Montfort, en plus d’avoir illustré la capacité exceptionnelle des Franco-ontariens et Franco-ontariennes de se tenir debout face à une injustice, a démontré clairement que la préservation et le développement de la communauté passe notamment par une meilleure livraison de services. Ce n’est bien sûr pas le seul facteur.

La langue parlée à la maison, à l’école, aux loisirs, au travail sont d’autres facteurs clés. Mais la langue reconnue et utilisée par l’État et à laquelle le citoyen peut s’identifier ajoute un élément indispensable dans le véritable casse-tête sociétal de l’appartenance identitaire. Un total de 27% des francophones d’Ottawa croient que la présence du français a augmenté dans leur ville. On peut y voir l’effet du renforcement du caractère bilingue de cette ville par l’Assemblée législative, couplé avec une politique de services en français énergique.

La Loi sur les services en français n’a qu’un peu plus de vingt ans. Cela peut sembler beaucoup mais c’est encore très jeune. Il existe une équation directe entre la prestation de services en français de qualité et l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne.

Le préambule de la Loi y est d’ailleurs très clair quant à la volonté du législateur de sauvegarder pour les générations à venir le patrimoine culturel de la population francophone de l’Ontario. Un service de qualité passe nécessairement par une adaptation aux besoins propres des communautés francophones de cette province, comme toute autre clientèle-cible d’ailleurs. Parfois, une simple traduction fera parfaitement l’affaire. Mais souvent, les services et les programmes doivent être en symbiose avec les besoins de la clientèle et plus particulièrement la clientèle francophone. J’aurai certainement l’occasion de développer davantage ce thème au cours des prochains mois.

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Selon les données de l’enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle de Statistique Canada, les francophones demeurent résolument optimistes.

Mais pourquoi donc? Probablement parce que la gestion scolaire, encore si jeune, commence à donner des résultats. On le voit bien dans l’analyse des chiffres où la tendance assimilatrice, autrefois apparemment inéluctable, ralentit nettement sa progression. Probablement aussi parce qu’avant l’affaire Montfort, il était quasiment pris pour acquis, du moins pour les décideurs publics, que le français n’y avait sa place dans le domaine de la santé que de façon aléatoire, non pas institutionnelle.

Le gouvernement de l’Ontario vient tout juste de mandater un nouveau Conseil consultatif des services de santé en français dont la qualité des membres ne fait absolument aucun doute. Il y a lieu de se réjouir de cela. Les francophones sont également optimistes parce qu’il y a à peine dix ans, pas grand monde ne s’intéressait aux nouveaux arrivants et à la capacité des communautés francophones de les accueillir, qu’ils viennent du Québec, des autres provinces ou d’ailleurs au monde.

Voilà donc un outil précieux pour le développement de la francophonie ontarienne. Encore faut-il qu’on en tire les leçons et qu’on pose les gestes qui en découlent.

François Boileau est Commissaire aux services en français de l’Ontario

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