États généraux: la métamorphose d’une identité

Une prise de conscience de qui on est vraiment

La grande majorité des délégués aux États généraux du Canada français de 1967-69 ont appuyé une motion favorable au droit à l’autodétermination du Québec, «territoire national des Canadiens-Français». L’opposition minoritaire est venue des représentants des communautés francophones de l’Ouest, de l’Ontario et de l’Acadie. L’événement est considéré comme marquant la fin d’un Canada français uni.

La grande majorité des délégués aux États généraux du Canada français de 1967-69 ont appuyé une motion favorable au droit à l’autodétermination du Québec, «territoire national des Canadiens-Français». L’opposition minoritaire est venue des représentants des communautés francophones de l’Ouest, de l’Ontario et de l’Acadie. L’événement est considéré comme marquant la fin d’un Canada français uni.


23 novembre 2017 à 10h04

Grisaille d’automne, pluie froide de novembre à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick. En bas de la rue, on voit le Masonic Temple. Juste avant de tourner le coin, on passe devant la Loyalist House, une maison georgienne. C’est le style architectural de l’époque des quatre rois George qui ont régné sur l’empire britannique de 1714 à 1840.

Triste chapitre pour le Canada français: le grand dérangement en 1755, puis la capitulation de Québec quatre ans plus tard, en 1759.

Curieux hasard de me retrouver ici alors que l’on marque au pays le 50e anniversaire des premières Assises nationales des États généraux du Canada français (du 23 au 26 novembre 1967 à la Place des Arts de Montréal; les secondes assises auront lieu du 5 au 9 mars 1969, toujours à Montréal, à l’hôtel Reine Élisabeth).

L’héritage de Champlain

Il y a un peu plus de quatre siècles, Samuel de Champlain guidait son vaisseau vers le creuset de l’Acadie. On aurait pu en apercevoir les voiles au large du havre qui abrite maintenant cette ville orangiste, évocatrice d’un Canada que certains auraient voulu unilingue et britannique jusqu’à l’os.

L’illustre marin et explorateur a jeté les bases d’une francophonie qui s’est étendue sur plus de quatre fuseaux horaires.

C’est cette francophonie résistante qui s’est réunie en novembre 1967 dans le cadre des États généraux. On y avait résolu que les Canadiens-français constituaient une nation.

D’un océan à l’autre

Canadien-français? C’était l’impression de vivre sur une terre grande comme un continent, et d’y avoir droit comme tous les autres. Les champs de blé des prairies, les Rocheuses, le bouclier canadien, les trois océans nous appartenaient autant que les Laurentides, le fleuve Saint-Laurent, les Appalaches et la Baie des Chaleurs.

L’histoire et la géographie du Canada enseignées à l’école affirmaient notre canadianité française. Et pourtant, il ne fallait pas s’éloigner beaucoup de la naïveté de l’enfance pour se rendre compte qu’en ce pays, il y avait deux sortes de canadianité et que l’autre avait une force que la nôtre n’avait pas.

Les États généraux étaient en fait la revendication de ce pays que l’on souhaitait autant à nous qu’à tous les autres Canadiens.

Revirement

Les années qui ont suivi ce rassemblement historique ont connu un curieux revirement. Cette nation distincte et homogène a disparu.

On est devenus Québécois, Acadiens, Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Fransaskois, etc. Ainsi va la marche identitaire francophone entre les trois océans qui touche la terre canadienne.

En fait, il n’a suffi que de prétendre à ce pays au seul nom de sa culture et de sa langue pour se rendre compte que l’on n’y avait pas notre place à part entière. Le Canada français auquel on voulait s’identifier n’existait pas. À tout le moins, il n’était pas assez français dans son essence pour que l’on s’y reconnaisse pleinement.

Patrie imaginaire

Les États généraux ont conduit à la prise de conscience de l’écart entre ce que nous étions et ce pays dont nous attendions une reconnaissance égale à celle des anglophones.

La francophonie canadienne a continué et continue à revendiquer cette reconnaissance, mais pas seulement à titre de Canadien. Ce dénominateur commun ne tient plus.

Les années 70 ont été témoin de la scission du monde francophone. D’un côté, le terme Québécois prenait du galon. De l’autre, les francophones minoritaires se regroupaient autour de la Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ).

Plus personne n’acceptait d’être dilué dans la masse. Chacun voulait que son caractère propre soit reconnu. Ce sentiment s’est exprimé avec encore plus de force quand la FFHQ est devenue la Fédération des communautés francophones et acadiennes au tout début des années 90.

Contre vents et marées

Au demi siècle qui vient de s’écouler, je propose cette conclusion. C’est en défendant son caractère propre et en s’ouvrant sur l’étranger que la langue française va survivre sur ce territoire.

La cause commune ne réside pas dans l’appellation de Canadien-français, mais dans l’affirmation communautaire d’abord, puis ensuite dans un mouvement universel, celui de parler français contre vents et marées.

Les États généraux ont été le départ d’une nouvelle forme d’affirmation, soit la prise de conscience de qui on est vraiment…


À lire aussi dans Francopresse:

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Que retenir de cette époque en ébullition 50 ans plus tard?

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