Élection présidentielle en Iran: la participation est le véritable enjeu

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Quatre ans après l’élection présidentielle contestée de 2009 qui a vu la naissance et la mort lente du mouvement de protestation populaire plus connu sous le nom de «Mouvement vert», les Iraniens qui étaient descendus dans les rues par plusieurs centaines de milliers à travers tout le pays en criant «où est mon vote?!» sont appelés à retourner aux urnes le 14 juin prochain pour élire le successeur du très controversé Mahmoud Ahmadinejad.

Après deux mandats successifs de 4 ans et ne pouvant plus se représenter, celui-ci va céder sa place et laisser derrière lui une économie pratiquement en ruine en raison d’une gestion désastreuse couplée de sanctions internationales imposées à l’Iran pour son programme nucléaire.

Au-delà de cet évènement, le grand inconnu demeure, cependant, le taux de participation.

En effet, après une forte participation des électeurs et les soupçons de fraudes massives qui ont entaché la présidentielle en 2009, ces derniers pourraient bouder les bureaux de vote, d’autant plus qu’aucun candidat ne semble pouvoir sortir le pays du marasme économique et de son isolement sur la scène internationale.

Pas de candidat de poids

Le puissant Conseil des gardiens de la Constitution – institution chargée de veiller sur la constitutionnalité des lois, mais aussi d’approuver les candidatures pour différentes élections – vient de créer la surprise en disqualifiant certains ténors de la République islamique.

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Parmi eux, l’ancien président modéré Ali Akbar Hachemi Rafsandjani qui, l’espace de quelques jours, a incarné l’espoir d’une libéralisation du régime et de l’économie chez certaines couches de la population, notamment les jeunes et les milieux d’affaires.

Des sondages non officiels réalisés par les autorités le donnaient même gagnant de la présidentielle.

Pas de comédie à la Poutine-Medvedev

Parmi les disqualifiés, on retrouve aussi le bras droit du sortant Mahmoud Ahmadinejad, à savoir Esfandiar Rahim Mashaie, dont la candidature a été refusée par le Conseil.

Lui qui rêvait de mettre en place le remake iranien du tandem «Poutine-Medvedev»  en Russie, est accusé par les conservateurs et les durs du régime d’être à la tête d’un «mouvement déviationniste». Ce terme est utilisé par les conservateurs pour le dénoncer, lui et son mentor de président qui n’a plus la cote ni chez la population ni chez les apparatchiks et les caciques du régime islamique.

Les dés sont-ils pipés?

À l’arrivée, seules huit candidatures ont été retenues par le Conseil des gardiens de la Constitution, et presque tous les candidats sont des partisans et des proches du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, sans aucun programme concret et digne de ce nom.

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Mais n’est-ce pas ce qu’il souhaitait le Guide iranien: un président totalement soumis et aligné sur lui?

Depuis que l’ayatollah Khamenei a succédé en 1989 à l’ayatollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique, il a dû composer avec des présidents qui ne lui étaient pas vraiment soumis, à commencer par Rafsandjani, un des piliers du régime en passant par le réformateur Khatami.

La tête de l’emploi

Même son petit protégé Mahmoud Ahmadinejad, pour qui, il est personnellement intervenu à plusieurs reprises pour prendre sa défense notamment après les protestations de 2009, a fini par lui tourner le dos en faisant presque cavalier seul ces trois dernières années et en contestant indirectement son autorité de guide.

C’en était trop pour celui qui incarne L’Autorité. Ce dernier souhaite demeurer le seul maître du jeu et voudrait voir à la tête de l’exécutif un simple «exécutant». La candidature surprise et de dernière minute du chef du Conseil suprême de la sécurité iranienne – le principal négociateur dans le dossier nucléaire avec les Occidentaux – devrait aller dans ce sens. Il aurait, pour ainsi dire, la tête de l’emploi.

Des instructions aux médias

Il y a quelques semaines déjà, le redoutable ministère du Renseignement a convoqué les patrons de presse et des sites d’informations tolérés par le régime pour les mettre en garde: «pas de remise en question des propos du Guide suprême de la Révolution, pas de dramatisation de la situation économique. En revanche, critiquer Ahmadinejad et sa bande autant que vous voulez»…

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En verrouillant ainsi le scrutin, le Guide iranien risque cependant d’être à l’origine d’une très faible participation, lui qui, en général, dans ses discours, fait de la participation aux diverses élections la vitrine de la popularité et de la légitimité du régime sur la scène internationale.

* Jean Pierre est le pseudonyme d’un correspondant de L’Express d’origine iranienne vivant maintenant à Toronto.

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