Élection présidentielle en Iran: la fête avec quatre ans de retard

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C’est au cri de «Nous avons récupéré nos votes; Ahmadi (nejad) Bye, Bye» que les Iraniens sont descendus par plusieurs centaines de milliers, samedi soir dans les rues de Téhéran et des villes de province, pour fêter leur victoire.

Ici dans ces mêmes colonnes, on écrivait il y a quelques semaines que le véritable enjeu de la présidentielle iranienne du 14 juin était la participation. Contredisant toutes les analyses et les prédictions, le peuple iranien a décidé de mettre en oeuvre son droit de vote pour réclamer des changements.

Quatre ans après la présidentielle contestée de 2009, les Iraniens ont pourtant longtemps hésité à se rendre aux urnes, mais ils n’ont pas voulu laisser passer leur chance dans une présidentielle qu’ils savaient malgré tout verrouillée.

En dépit d’une baisse du taux de participation par rapport à 2009 (un peu plus de 70% selon les chiffres officiels), ils ont fait barrage à l’élection des candidats conservateurs en général et à celui du sérail en particulier, l’ultra conservateur Said Jalili, actuel négociateur en chef nucléaire, sorte d’Ahmadinejad bis.

Les Iraniens ont préféré donner la victoire à un modéré, Hassan Rohani, qui prône un gouvernement «de compétence et d’espoir», son slogan de campagne.

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Qui est le nouveau président?

Élu dès le premier tour, Hassan Rohani (son nom signifie clergé en persan) est un religieux modéré de 64 ans dont le discours a séduit près de 51% des électeurs, notamment une large majorité des jeunes.

Hassan Rohani, surnommé «le Cheikh diplomate»,  prône une normalisation des relations avec les pays occidentaux, où il est surtout connu pour avoir été le négociateur nucléaire en chef sous le mandat de l’ancien président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005).

Le seul religieux parmi les six candidats restants, il a suivi des études théologiques en Iran, mais aussi le droit en Écosse. En homme posé, il s’est montré fin orateur pendant les débats télévisés, n’hésitant pas à critiquer ouvertement les politiques du gouvernement d’Ahmadinejad, particulièrement dans les domaines des libertés civiques, de l’économie et de la politique étrangère – y compris en matière nucléaire.

Face à ce fin diplomate, les cinq autres candidats, tous des conservateurs, faisaient pâles figures durant les débats. Il a même surclassé l’outsider de cette présidentielle, le technocrate Mohammad Baqer Ghalibaf, le maire de Téhéran qui a terminé deuxième, mais loin, très loin, derrière lui, n’obtenant que 16,5% des suffrages.

La revanche de Rafsandjani?

Alors que tout semblait sourire aux conservateurs qui misaient sur ce scrutin pour remporter la présidentielle, Hassan Rohani, un proche de l’ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, a créé la surprise par sa modération dans la parole, mais pas seulement.

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En effet, il est devenu le candidat unique des modérés et des réformateurs, l’ex-président Khatami en tête, après le désistement du candidat réformateur, l’ancien vice-président Mohammad Reza Aref.

Alors que ses principaux concurrents conservateurs, tous proches du guide suprême Ali Khamenei, ne parvenaient pas à s’entendre, les réformateurs ont eu la tactique forte. Ils ont demandé à leur candidat de se retirer au profit de Hassan Rohani que peu de gens attendaient au départ.

L’ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, qui a manqué son retour, parce que disqualifié par le redoutable Conseil des gardiens de la Constitution pour avoir apporté son soutien implicite au Mouvement vert en 2009, a lui aussi apporté son soutien à M. Rohani.

Rafsandjani a su patienter pour prendre sa revanche au moment propice. Il doit lui aussi savourer la victoire de Rohani à sa manière.

Après l’euphorie, les défis

Dans un peu moins de deux mois, le nouveau président fraîchement élu devra officiellement prendre ses fonctions.
À l’échelle nationale, il doit s’attaquer à une économie iranienne dans le rouge (vif) en raison de la mauvaise gestion du gouvernement sortant, mais aussi frappée par les sanctions internationales, tout en insistant qu’il ne pourra pas résoudre les problèmes économiques du jour au lendemain.

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Sur l’échiquier international aussi, quelques dossiers l’attendent déjà… La plupart des pays occidentaux, ont appelé le nouveau président iranien à collaborer avec eux sur le nucléaire et la Syrie.

Hassan Rohani s’est d’ores et déjà mis au travail pour mener des consultations en vue de former son gouvernement «de compétence et d’espoir». Reste à savoir si le futur gouvernement du président élu saura être suffisamment compétent pour redonner espoir à un peuple qui a misé sur lui?

* Jean Pierre est le pseudonyme d’un correspondant de L’Express d’origine iranienne vivant maintenant à Toronto.

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