Du totalitarisme aux réfugiés, en passant par le colonialisme et le nihilisme

Human Rights Watch Film Festival

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Du 30 mars au 7 avril 2016, le TIFF Bell Lightbox nous convie à la 13e édition du Human Rights Watch Film Festival. Crée par l’ONG du même nom, consacrée à la protection et la défense des droits humains, ce festival international s’arrête dans plus de 20 villes à travers le monde. Il nous revient cette année avec huit longs-métrages percutants, provenant de la Chine, du Chili, du Royaume-Uni, de la Corée du Sud, de la France, de l’Australie, des États-Unis, de l’Ukraine et des Pays-Bas.

Toujours avec cette volonté de sensibiliser au respect de la dignité humaine, les films choisis nous racontent des histoires humaines, incroyablement cruelles, très souvent ancrées dans l’actualité, des sujets aussi divers que le viol, la traite des femmes, la dissémination des autochtones au Chili, les dictatures en Afrique ou en Europe de l’Est, les crimes de guerre, la pauvreté, l’exclusion, le terrorisme.

Pour Magali Simard, responsable au TIFF de la programmation du festival HRW, chaque film fait l’objet d’une recherche approfondie sur le sujet traité par le cinéaste et regardé avec un sens critique aigu.

«C’est avec l’équipe de la branche canadienne de Human Rights Watch», explique-t-elle, «que nous faisons la sélection des films. Leur contenu doit être juste, véridique et présenté de façon claire. S’il est vrai que les sujets sont ancrés dans l’actualité, ici on s’installe dans une salle pendant 90 minutes et avec les filtres du 7e art, on entre en profondeur dans la problématique exposée pour mieux la saisir, mieux la comprendre.»

«Le cinéma des droits de l’homme est là pour informer, sonder, enquêter et dévoiler la vérité», poursuit-elle. «Aussi, chaque film est mis en contexte avant la projection, et s’il y a eu des développements sur la thématique abordée, une fois le film achevé, là aussi on fait une mise au point pour expliquer la situation actuelle.» Quatre des huit films seront suivis de sessions de Q&R, une occasion unique de rencontrer les réalisateurs, les défenseurs des droits de l’homme et des spécialistes des thématiques traitées dans les films.

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Propagande nord-coréenne

Le festival débute ce mercredi par une soirée-bénéfice suivie du film d’ouverture I Am Sun Mu, documentaire du photographe et cinéaste américain Adam Sjoberg, portant sur un ancien artiste de propagande nord-coréenne, aujourd’hui dissident vivant à Séoul.

Sjoberg suit le peintre dans la préparation de sa prochaine exposition solo, devant être présentée à Beijing, une opportunité pour Sun Mu, mais toutefois empreinte de risque, ce dernier ayant dû fuir le régime totalitaire de Kim Il-sung dans les années 90.

C’est pour cette raison que l’on ne voit jamais le visage de l’artiste à la caméra. Sa silhouette nous est présentée de dos ou parfois brouillée, et il ne révèle jamais son nom, se servant du pseudonyme Sun Mu, qui veut dire «sans frontières». Ainsi le titre I am Sun Mu reflète un paradoxe, Sun Mu ne pouvant plus vivre dans sa Corée du Nord natale.

Ses toiles évoquent de manière subversive la nostalgie du pays perdu, l’idée d’une réunification des deux Corées et une plus grande liberté pour le peuple nord-coréen, qui n’a connu que des dictatures. Un film qui plaira aux amoureux de l’art et de la politique.

L’incontournable Patricio Guzman

Après le magnifique essai cinématographique Nostalgy Of The Light (Nostalgie de la Lumière), chef-d’œuvre paru en 2010, qui donnait une dimension cosmique au sol aride du désert d’Atacama (Nord du Chili), où les familles de disparus sous le régime Pinochet, cherchaient inlassablement les ossements de leurs proches, le Chilien Patricio Guzman nous revient avec un film tout aussi magnifique, The Pearl Button (Le bouton de nacre).

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Cette fois, ce sont les profondeurs de l’océan Pacifique que le cinéaste explore, faisant remonter des fonds silencieux, les cris des Indiens de Patagonie décimés par le colon blanc, et ceux plus récents des opposants de Pinochet, disparus au large des côtes chiliennes.

Ours d’argent du meilleur scénario au festival de Berlin, The Pearl Button est un film majestueux, bouleversant qui nous plonge au cœur de l’Histoire et jusqu’aux confins de l’univers.

Le grand Jacques Audiard

Seul film de fiction présentée dans la programmation, Dheepan, du réalisateur français Jacques Audiard – palme d’or à la 68e édition du festival de Cannes en 2015 – est un drame social, qui soulève la question de l’intégration, au même moment où l’Europe est confrontée à la crise des réfugiés syriens.

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat rebelle (Dheepan), une jeune femme (Yalini) et une petite fille (Illayaal) se font passer pour une famille afin d’obtenir un droit d’asile politique en France. Logés dans une cité sensible de la banlieue parisienne, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer, de former une vraie famille.

C’est en 2009 que Jacques Audiard nous avait donné Le Prophète (Grand Prix du Jury au 62e Festival de Cannes), suivi en 2012 De rouille et d’os, l’adaptation du recueil de nouvelles Rust And Bone de l’écrivain canadien Craig Davidson (Prix du meilleur film au 56e Festival de Londres et quatre César en 2013).

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Il se surpasse une fois de plus avec Dheepan, nous dit Magali Simard: «Audiard a réalisé un très beau film, poignant. On est pris dans cette histoire du début à la fin et on ressent intimement ce que vivent les personnages, ce sentiment d’emprisonnement, de huis clos, de désarroi. Ils sont dans une citée dominée par la violence, enfermés dans ce petit appartement, cherchant désespérément une issue.»

«C’est un film qui fait réfléchir sur ce que vivent les Syriens qui arrivent au pays, car il nous montre la lutte intérieure des réfugiés devant leur vie brisée. On est très heureux de projeter Dheepan avant qu’il ne sorte en salles au printemps.»

Regard sur l’Ukraine

Le film de clôture, Almost Holy, relate les bouleversements sociaux et politiques en Ukraine après la chute de l’Union soviétique. L’économie est paralysée, l’infrastructure corrompue, l’alcool et la violence règnent dans les foyers, et nombreux sont les enfants sans abris, alcooliques et toxicomanes vivant dans la rue dans une précarité totale et désarmante.

On est dans la ville portuaire de Mariupol, celle de Gennadiy Mokhnenko, un pasteur et leader civique. Il décide de prendre les choses en mains et fonde Pilgrim Republic, un centre de réhabilitation pour les enfants, mais aussi un lieu d’apprentissage à la fois accueillant et sécurisant, leur permettant de sortir de l’enfer de la drogue.

Bien que le travail de Gennadiy porte fruit, ses méthodes sèment la controverse. On l’accuse d’abus de pouvoir, de jouer à la police et de chercher la gloire. Réalisé par Steve Hoover (Blood Brother) Almost Holy est un film dur et troublant, qui ne laissera personne indifférent.

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