Du racisme? Vraiment?

Pancarte sur un terrain privé à Saskatoon. (Photo: Jean-Pierre Picard)

Pancarte sur un terrain privé à Saskatoon. (Photo: Jean-Pierre Picard)


18 décembre 2017 à 9h00

C’est l’histoire de deux petits garçons de six ans, meilleurs amis du monde. L’un est blanc, l’autre est noir. Ils sont dans la même classe.

Un jour, le petit garçon blanc demande qu’on lui fasse une coupe de cheveux comme celle de son ami. Une fois le travail complété, il déclare, ravi: maintenant la maîtresse ne saura plus qui est qui!

J’ai vécu quarante ans à Montréal, ville multicouleurs et multicultures par excellence. Mon fils y est né et y a grandi. Quand il me parlait de ses camarades de classe, il était question de ceux qu’il aimait (ou pas), de ceux qui étaient bons au baseball, ou drôles, ou gentils, ou bons en classe, ou… Il n’était jamais question de couleur de peau. Il n’en parlait pas parce que ça n’avait pas d’importance.

Pour moi non plus, ça n’a pas d’importance. Pour la très grande majorité des Canadiens-Français, ça n’a pas d’importance.

Ça suscite de la curiosité? Bien sûr. On éprouve une certaine gêne dans l’apprentissage de l’autre? Parfois. Mais la couleur, on s’en fout.

Diversité

Qu’on se le dise: la communauté francophone, dans son ensemble, n’est pas raciste. On n’a qu’à consulter la liste d’employés de nos associations pour constater que nos institutions ne le sont pas non plus.

Je ne dis pas que s’habituer aux uns et aux autres est toujours facile. La longue route de la réconciliation avec les Autochtones en témoigne. Pourquoi ça le serait? Même entre gens de même couleur, de même langue, de même communauté, de même famille, la bonne entente et la satisfaction de tous ne vont pas de soi. Alors imaginez entre gens de cultures, de parcours, de continents différents!

Et d’ailleurs, qu’entend-on par «la communauté africaine»? Il n’y a pas une culture africaine, mais plusieurs. Sur le continent africain, on retrouve 54 pays, dans un grand éventail de cultures, de langues et de religions, de cultures politiques et de structures sociales, qui ne se côtoient pas toujours dans une parfaite harmonie.

Comportement déplacé

Un jour, un Haïtien a eu à mon égard un geste particulièrement déplacé. Je l’ai giflé. Il m’a dit «c’est parce que je suis Noir». Je lui ai répondu «non, c’est parce que t’es un trou de cul».

J’ai le droit d’être en désaccord avec quelqu’un qui n’a pas la même couleur de peau que moi, sans être taxée de raciste. Le racisme est une affaire beaucoup trop sérieuse pour qu’on en brandisse le spectre à la moindre divergence.

Diffuser sur les réseaux sociaux, comme on l’a fait récemment en Saskatchewan, que les employés du mouvement associatif francophone sont «racistes, xénophobes, intimidateurs», c’est de la diffamation. Affirmer que la communauté est coupable «d’apartheid communautaire», c’est complètement absurde. En plus, c’est faire injure à ceux et celles qui ont été victimes de l’apartheid, le vrai.

Évidemment, ce ne sont pas tous les nouveaux-arrivants qui crient au racisme et à l’intimidation dès qu’ils se heurtent à une divergence d’opinions.

D’où viens-tu?

Ce ne sont pas tous les membres des communautés africaines qui se sentent offensés quand on leur demande d’où ils viennent. En fait, ils ne sont que quelques-uns. Mais c’est tout ce que ça prend, quelques-uns, pour créer un climat de méfiance. Pour élever des murailles là où il n’y en avait pas. Pour créer le  eux» et le «nous».

J’étais petite fille quand j’ai rencontré pour la première fois un immigrant, un réfugié hongrois. Mon père lui avait offert un travail et, de temps en temps, il l’amenait souper à la maison. J’étais fascinée, lui aussi, on n’arrêtait pas de se poser mutuellement des questions.

Pourquoi certains voient-ils dans le «d’où viens-tu?» une manifestation raciste? Pourquoi s’offenser d’une curiosité toute naturelle? D’ailleurs, quand on y réfléchit, ce qui suscite la curiosité sur les origines d’une personne, ce n’est pas sa couleur, mais son accent. Parlez-en aux gens d’Europe de l’Est ou même à ceux du Lac-Saint-Jean!

Grâce à l’immigration, le paysage de nos communautés francophones peut se métamorphoser et s’enrichir. Mais il faut pour cela faire preuve de respect et d’ouverture. Pour ceux qui étaient ici, cela veut dire accepter que les choses ne seront plus les mêmes. Pour ceux qui arrivent, cela veut dire respecter l’histoire qui était déjà en marche, les us, coutumes et même les défauts d’une société qui les a accueillis à bras ouverts.

Pour tout le monde, cela veut dire prendre le temps de découvrir l’autre. Et pour cela, il faut bien demander «tu viens d’où?»

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