Des toilettes pour tous

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Publié 18/05/2016 par François Bergeron

Le gouvernement fédéral va modifier le Code criminel et la Loi sur les droits de la personne pour y inclure la notion de «genre».

Comme les gais et lesbiennes, de même que les minorités raciales, ethniques, religieuses, physiques, économiques et celles que je pourrais oublier, les travestis et transgenres seront mieux protégés contre certaines discriminations, et la transphobie pourrait être jugée comme un facteur aggravant dans certains crimes.

La ministre de la Justice a annoncé cette avancée le 17 mai, Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. De plus en plus, nos élus se sentent obligés d’annoncer quelque chose, n’importe quoi, au bénéfice de la communauté dont on célèbre la fête nationale ou le jour international, au risque de paraître négligents.

La veille, le premier ministre Justin Trudeau avait accepté le prix Laurent McCutcheon 2016 pour son engagement contre l’homophobie. Il deviendra le premier premier ministre canadien à participer à la parade torontoise de la fierté gaie cet été. Il y a participé l’an dernier comme chef du Parti libéral, aux côtés de Kathleen Wynne, notre première première ministre ouvertement homosexuelle, et du maire John Tory.

Les transgenres sont très minoritaires au sein d’une communauté elle-même très minoritaire (mais très dynamique et dont d’illustres représentants excellent dans tous les domaines). Un peu comme les Acadiens ou les Haïtiens parmi tous les francophones de Toronto. Ce qui équivaut ici à confirmer qu’ils ont le droit, comme tout le monde, à la sécurité, la paix et la dignité.

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Cela signifie-t-il qu’on doit construire de nouvelles toilettes publiques pour les transgenres? Ça se discute dans certains milieux, et des plaignants le réclament parfois, parmi d’autres mesures compensatoires, aux institutions qu’ils poursuivent devant les commissions des droits de la personne.

Réponse: non. Ce n’est pas la même chose qu’ajouter des places pour handicapés. Plus simple et plus économique d’accepter un homme qui s’affiche comme femme dans la toilette des femmes, et une femme qui se considère un homme dans la toilette des hommes. Qui s’en formalisera ou même s’en apercevra?

À moins qu’on préfère carrément des toilettes unisexes, ouvertes à tous? Je ne voterais pas pour ça, d’autres personnes pouvant ne pas s’en accommoder aussi facilement que moi.

Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est dans l’air du temps. Pourtant, ça fait déjà un bon moment que nos dirigeants et personnalités publiques défoncent des portes ouvertes chaque fois qu’ils se prononcent pompeusement pour la diversité et l’équité, minimisant l’évolution des mentalités et les grands progrès accomplis dans les dernières décennies du 20e siècle.

Au Québec cet hiver, une polémique surréaliste a éclaté quand la ministre de la Condition féminine a hésité à se dire «féministe», tellement l’expression correspondait pour elle à des revendications dépassées. «Humaniste» représenterait mieux sa vision. Elle a raison et elle a tort: presque tout le monde est «féministe» aujourd’hui, y compris les hommes.

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Il est temps que nos fameux «milléniaux» se trouvent d’autres préoccupations plus productives… À moins, justement, qu’ils ne leur reste que celles-là, tous les autres problèmes de la planète étant réglés? Bien sûr que non. Allez, les enfants, un petit effort svp.

* * *

À lire aussi dans L’Express: Le Centre francophone respecte les LGBT

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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