Des préjugés dans Le Placard, mais aussi de l’amour

Derniers tours de piste pour Guy Mignault

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La Société d’histoire de Toronto a profité le 13 mai de la première du Placard pour remettre son prix Jean Baptiste-Rousseau à Guy Mignault, le directeur artistique du Théâtre français de Toronto, «pour sa contribution à la vie culturelle francophone à Toronto».

Comme on le sait, Guy Mignault cède son poste dès le mois de juin à Joël Beddows, après 19 ans passés à la barre du TfT. Il y signait donc sa dernière mise en scène pour Le Placard, la troisième comédie de Francis Veber au TfT (Le dîner de con, L’Emmerdeur).

Le Placard, c’est l’histoire de François Pignon, encore interprété par Pierre Simpson, comptable déprimé et déprimant qui reprend goût à la vie après avoir évité le licenciement grâce à un mensonge.

En effet, il se fait passer pour homosexuel grâce à une photo et garde son poste dans l’entreprise de préservatifs, démarrant une aventure drôle, unique et toujours actuelle.

Le Placard est une comédie… dramatique. Singulière, honnête, magnifiquement interprétée, cette pièce nous donnerait presque envie de devenir comptable!

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On rigole beaucoup et on réfléchit aussi. L’alchimie entre les acteurs est remarquable. La vie de bureau est présentée comme la deuxième facette et parfois la seule facette de la vie de chacun. Et quelle vie! On suit François Pignon, dans le salon de son appartement et au bureau, dans une réalité où l’un n’est que la continuité de l’autre. Il ment, il panique, il revit et finit par se découvrir.

Dans un décor simple et presque monochrome, les mots prennent tous leur sens et donnent du pouvoir aux personnages.

Les mots «homosexuel» ou «gai» ne sont presque jamais répétés. À la place, des insultes diverses et variées sont utilisées. Dans cette pièce, ces insultes sont les seuls vrais sentiments exprimés par les personnages.

Chacun se cache derrière une forme de respectabilité. Ainsi, les costumes portés par les acteurs masculins sont les mêmes tout au long de la pièce. Les personnages féminins, dont les tenues changent, restent cantonnés à une certaine forme de féminité oppressante.

Par les costumes et le décor, Guy Mignault met en scène une société standardisée. Pourtant, le «politiquement correct», tel qu’il est vécu par les personnages, est ici une plateforme pour se dévoiler. Parce que personne n’ose dire ce qu’il pense, tout le monde finit par exploser… pour mieux se comprendre et s’aimer.

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Avec cette pièce, Francis Veber critique ses contemporains tout en magnifiant les relations humaines. Il y a une sincérité et une bonté qui sort de chacun des personnages malgré leur égoïsme et leur maladresse. Il y a de l’amour dans Le Placard.

Même le personnage de Santini, une brute de décoffrage, joué avec brio par Christian Laurin, se révèle doux et parfois aimant. La fragilité et la différence y sont présentées comme des atouts.

Surtout, ils sont des signes d’une humanité tendre et vivante.

Voilà un au revoir bien senti de Guy Mignault à son public. Le TfT lui rendra hommage lors d’un gala le 26 mai, et le Club canadien lors d’un souper-causerie spécial le 8 juin.

Le Placard est présenté au Berkeley Street Theatre jusqu’au 29 mai.

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