Des ours et des hommes

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Les ours blancs ont eu bien de la chance par rapport à leurs congénères noirs ou bruns. C’est qu’il n’a jamais été prudent de se frotter à des ours polaires, sans doute à cause de leur taille et de leur force phénoménale, ce qui ne veut pas dire qu’on ne les a pas chassés. Ils faisaient partie du gibier, dont la nourriture était précieuse aux anciens Eskimos. Tous les ours étaient révérés dans la mythologie des peuples nordiques.

Aujourd’hui, espèce en danger de disparition, les ours blancs ne peuvent être tués que par les Inuits, les Indiens, ou les riches Américains. L’habitat de ces animaux est en train de disparaître sous l’effet du réchauffement climatique.

La banquise se fracture, se morcèle et se disperse. On a pu lire, récemment dans la presse, l’histoire dramatique de ce jeune homme du Nunavut, emporté par la dérive d’un îlot de glace, avec l’ourse qu’il venait de tuer et ses deux oursons apeurés, qui ne voulaient pas quitter leur mère morte.

On a fait de ce jeune chasseur un héros, allant jusqu’à dire qu’il avait maîtrisé sa proie de son seul regard. Il est revenu en triomphe dans sa tribu, où on lui a interdit de raconter les péripéties de son aventure aux journalistes. On va en vendre le récit à un agent de presse.

Voilà comment le sens du droit d’auteur sera venu aux Inuits. Mais si dériver en attendant un hélicoptère est un acte qui mérite d’être raconté, tuer d’un coup de carabine un ours, est-ce bien un grand acte de bravoure?

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Les ours blancs sont si beaux sur la banquise! Du côté de la baie d’Hudson, il faut les voir, quittant la forêt, en automne, pour arriver par le plus court chemin à la mer, qui gèle tôt à cet endroit, ce qui leur permet de commencer la chasse aux phoques.

Churchill, Manitoba

Les hommes ont eu la mauvaise idée de construire la ville de Churchill, juste sur le passage millénaire des ours. Ils font les poubelles au passage, retournent les dépôts d’ordures et vont éventuellement secouer la porte des gens enfermés chez eux. On a donc construit des trappes pour capturer le visiteur trop entreprenant, puis une prison.

Quand elle est pleine, on transporte tout son monde en hélicoptère, à cinq cents kilomètres au Nord. Certains obstinés reviennent, parfois plusieurs fois!

Malgré ces tracasseries et la chasse, les ours blancs étaient mieux lotis que leurs frères noirs ou bruns qui ont subi les mauvais traitements des hommes, depuis la nuit des temps.

Le pire est sans doute celui infligé par les Chinois, pour des raisons plus superstitieuses que médicales, attribuées à la bile du plantigrade. On enferme à jamais la bête capturée et on introduit dans sa vésicule biliaire un cathéter laissant sécréter la bile ainsi récupérée, durant des années, jusqu’à la mort de l’animal, qui n’aura pas arrêté de souffrir.

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Spectacles d’ours

En moins cruel, mais si peu, on a capturé et dressé des ours pour un spectacle, dans tous les pays et depuis toujours.

Les Tziganes des Balkans, étaient les grands spécialistes. Pour ne pas trop prendre de risques, ils châtraient les mâles, leur limaient les dents, leur coupaient les griffes et éventuellement les muselaient pour les montrer le long des routes ou dans les foires.

On apprenait à danser à l’ours en chauffant, par en dessous, la plaque de tôle de sa cage. Il piétinait de douleur et on lui jouait, en même temps un air de musique populaire. Bientôt, un réflexe de Pavlov était instauré. Plus besoin de chauffer, dès qu’on jouait l’air, l’animal trépignait et les spectateurs d’applaudir la «danse de l’ours».

On dressait parfois l’animal à fumer une cigarette ou une pipe. On lui accrochait un tambour autour du cou et il le frappait de ses deux pattes de devant, attendant la récompense d’un bonbon ou d’un bout de sucre.

Tout cela vient d’être interdit en Inde où il y avait, hier encore, des montreurs d’ours. Le problème est que les ours libérés sont incapables de mordre et de griffer pour trouver eux-mêmes leur nourriture! Vont-ils regretter leur temps d’assistés sociaux ou apprécier leur liberté retrouvée?

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Theodore Roosevelt

Theodore Roosevelt, grand chasseur, revenait un jour bredouille. Des rabatteurs ont attaché un ours à un tronc d’arbre, pour qu’il puisse tuer la bête facilement. Le président fut outré et refusa d’abattre l’animal sans défense. L’anecdote émut tous les bons Américains et l’un d’eux eut l’idée de fabriquer et de vendre un ours en peluche, l’appelant «Teddy Bear». Succès mondial!

Une malheureuse institutrice anglaise n’eut pas la même chance, en laissant ses élèves appeler un ours en peluche «Mahomet», joli nom pourtant. Mais elle était dans un pays où on ne rigole pas avec le nom du prophète. On l’a jetée en prison et la foule des bons croyants a exigé sa mort.

Les ours en peluche font le bonheur des enfants. Mais on continue à dire de quelqu’un au caractère bourru: «C’est un ours».

Pire encore: «Un ours mal léché»! À l’origine, on croyait que pour ne pas être difforme, l’ourson nouveau-né devait être léché par sa mère. Elle lui apprenait sans doute, en même temps, à devenir sociable. Ce qui n’est pas toujours le cas des hommes!

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