Chez Swamperella, le bon temps dure longtemps

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Tandis que l’espérance de vie de toute formation musicale – peu importe son créneau – est fatalement minée par des tiraillements internes et externes, voilà que Swamperella boucle douze ans de vie professionnelle avec le lancement d’un troisième CD, sur lequel on retrouve pas moins des quatre cinquièmes de la formation d’origine.

Ce petit miracle de longévité tient, me semble-t-il, à une chose: d’entrée de jeu, le quintette torontois s’est donné le rôle de pourvoyeurs de «bon temps» à la sauce cajun, un plaisir aussi social que musical.

Et la complicité qui lie le groupe à son public est ancrée dans un rapport de dépendance mutuelle: les danseurs ont besoin de l’orchestre pour s’éclater au son des valses et two-steps, et l’orchestre sait que cette musique n’a de sens que lorsqu’elle sert de trame sonore à un bain de foule nocturne.

Car il faut bien dire que c’est sur la scène, lorsque s’allument les projecteurs et que les couples envahissent le plancher de danse, que l’effet Swamperella se fait sentir avec le plus de force. Du coup, il serait bête de s’attendre à ce qu’un album gravé en studio puisse rendre compte de cette synergie.

Et pourtant, On The Line (Cattail Records) est le produit d’une machine bien huilée par ces années de métier, négociant sans peine le virage entre cajun et zydeco, reflétant ainsi la dualité – noire et blanche – de leur patrimoine d’adoption.

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Tandis que Corrina Corrina, propulsé par un beat qui doit plus à la Nouvelle Orléans qu’au Bayou, donne lieu à un solo de violon incendiaire de Soozi Schlanger, le délicieusement primitif Prends courage, un hommage à Cléoma Breaux, se veut un clin d’œil affectueux aux origines acadiennes d’une grande partie du répertoire traditionnel de la Louisiane.

Et si le groupe mine ce répertoire pour en extraire de ravissantes pépites (Valse Criminelle), lesquelles côtoient tout naturellement des «cajunisations» de chansons country (Arrête pas la musique est emprunté au répertoire de George Jones), Swamperella enrichit ce patrimoine de ses propres créations, comme en témoigne le ravissant Same Old You de Schlanger, dont le parfum de tristesse flotte en quelque part entre le Grand Old Opry et un roadhouse de l’arrière pays louisianais.

Le steel a du style

Membre à vie de cette fraternité des apôtres de la guitare pedal steel – l’ingrédient clé de la chimie lacrymale du country – le Franco-Ontarien Robert Taillefer était bien placé pour mener à terme le projet Northern Steel II (le premier volet étant paru en 1999), ambitieuse convergence de 18 virtuoses qui ont en commun 1) des racines au nord du 49e parallèle et 2) un désir d’explorer toute la palette expressive de cet instrument trop souvent réduit à ses affiliations nashvilliennes.

Taillefer lui-même offre un argument de poids à cette noble cause, grâce à une relecture irrépressible de Mystery Train, un morceau qui sera toujours associé à la période Sun d’Elvis. Ailleurs, le honky-tonk pur jus de Window Shopping, repris ici par Don Helms, côtoie le jazz de Don’t Fence Me In, où le steel d’Andy Schick dialogue avec une section de cuivres et une rythmique swingante.

Si la plupart des noms ici représentés seront inconnus des non-initiés, la présence de Daniel Lanois, grand conjurateur de climats planants, et de Rick Haworth, l’acolyte de Michel Rivard (qui joue une guitare hawaïenne, mais qu’importe) rappellent que le culte du steel n’est pas seulement une affaire de cowboys impénitents.

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Deux bémols, cependant: si l’album n’est pas chiche en plaisirs et en surprises, Northern Steel II pèche par sa pochette aussi vilaine qu’anonyme, et par une production au perfectionnisme stérile – qui rend, à la première écoute, beaucoup de son contenu pratiquement interchangeable. Ce qui est dommage, parce que dans son incarnation actuelle, la bonne parole des apôtres du steel ne risque d’atteindre que les convertis.

Dusty dépoussiéré

Dans l’Angleterre des années 60 et 70, tout chanteur ou groupe british qui se respectait était convié, à intervalles réguliers, dans les studios de la BBC pour y enregistrer des émissions de variétés radiophoniques.

(Une situation découlant d’étranges restrictions qu’avait imposé le syndicat des musiciens quant à la diffusion de disques en ondes, sous prétexte que cela constituait une entrave au droit desdits musiciens de gagner leur croûte. Donc, à la place de passer le nouveau 45 tours des Beatles, la BBC invitait le groupe à reprendre, dans des conditions de direct, la chanson en question, et une poignée d’autres par la même occasion. Fin de la parenthèse historique).

Tour à tour, les Who, les Faces, T-Rex, Hendrix, Bowie et Cie sont passés par là, et tour à tour, leur legs radiophonique a fait l’objet de rééditions dont se délectent aujourd’hui les inconditionnels de ce qui fut sans contredit l’âge d’or de la pop anglaise.

C’est vous dire, donc, si Dusty Springfield se retrouve en bonne compagnie. Pourtant, on peut se demander ce que cette intraitable perfectionniste intraitable aurait pensé de The Complete BBC Sessions, une collection aussi fascinante qu’inégale que Universal nous livre enfin, huit ans après la disparition prématurée de la chanteuse.

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En marge de ses nombreux succès (I Just Don’t Know What To Do With Myself, Wishin’ and Hopin’ et le classique Son Of A Preacher Man, auquel elle sera à jamais associée), Dusty nous offre quelques surprises, dont une version débridée tonique de Tossin’ And Turnin’ et, question de s’acquitter d’une dette envers la machine soul de Motown, une reprise plus qu’honnête du Uptight de Stevie Wonder.

Rien de tout cela ne remplacera les versions studio, évidemment, mais il se dégage de ces BBC Sessions un charme souvent naïf et un plaisir de jouer qui compensent largement pour leurs occasionnelles imperfections.

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