Changement de garde au Salon du livre de Toronto


7 février 2006 à 14h38

La possibilité que le Salon du livre ne puisse se tenir en 2006 aura permis de provoquer une mobilisation peu commune dans la communauté franco-torontoise. Devant une quarantaine de personnes réunies pour l’Assemblée générale annuelle de l’organisme la semaine dernière, le conseil d’administration a vu sa proposition de poser un moratoire sur la tenue d’un Salon en 2006 vigoureusement rejetée.

Les difficultés financières de l’organisme, principalement causées par la fin d’une subvention d’environ 60 000 $ de la Fondation Trillium, n’auront pas eu raison de la ténacité des membres du Salon. «Ce serait une grave erreur d’interrompre la tenue du Salon pour un an», a soutenu Jeanne Sabourin, sous les applaudissements de l’assemblée.

Le Salon a des problèmes financiers, certes, mais il faut absolument offrir aux francophones et francophiles une fête littéraire en 2006, quitte à ce que la formule soit modifiée pour réduire les coûts, semblaient dire d’un commun accord les membres du Salon.

Le nouveau conseil d’administration devra décider dans les prochaines semaines de la faisabilité de cette proposition et de la forme que prendra la fête littéraire.

De nombreuses nouvelles figures ont été élues au conseil d’administration. Paul-François Sylvestre s’est vu confier la présidence du Salon du livre de Toronto. Il sera secondé par Paul Ceurstemont à la vice-présidence, Nadia Gahagnon au secrétariat et Alain Thomas à la trésorerie. Douze autres administrateurs les aideront dans leurs tâches.

Volonté des membres

L’auteur et chroniqueur littéraire de L’Express n’avait pas prévu poser sa candidature pour devenir président. Mais il a voulu se faire porteur du mouvement qui est né au cours de l’Assemblée. «Au fur et à mesure que l’Assemblée progressait, j’ai senti qu’il y avait vraiment une volonté dans l’assemblée pour que l’activité soit maintenue. Pas nécessairement dans la même forme, concède-t-il, mais qu’il y ait un Salon, un festival, une fête du livre en 2006. Et pas nécessairement au même endroit avec la même formule.»

Il a bon espoir de pouvoir redresser la situation financière du Salon. Des subventions de près de 100 000$, obtenues auprès de Patrimoine canadien, du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts de l’Ontario, du Conseil des arts de Toronto et du gouvernement du Québec pourront vraisemblablement être renouvelées.

Pour combler les 60 000$ de la Fondation Trillium auxquels le Salon n’a plus droit (octroyés pour un maximum de trois ans), Paul-François Sylvestre compte solliciter de nouveaux bailleurs de fonds, tels que le ministère de l’Éducation et le ministère de la Culture, ce dernier ayant contribué pour la première fois en 2005. «Il va falloir frapper à de nouvelles portes et il va falloir le faire assez vite», affirme le nouveau président.

Se posera rapidement aussi la question du lieu où pourra se tenir le Salon du livre. La salle d’exposition du Palais des congrès où s’est tenu le Salon dans les dernières années serait encore disponible, mais les coûts exorbitants en repoussent plus d’un. De nouvelles salles au National Trade Centre proposent des installations similaires à un prix plus concurrentiel, ce qui pourrait faire pencher la balance en leur faveur.

Élargir le public

Paul-François Sylvestre compte également consacrer une bonne partie de ses énergies à développer de nouveaux auditoires. «On a développé au cours des 13 dernières années un public jeunesse assidu. […] Il faut maintenant réussir à rejoindre le grand public.»

Des partenariats avec des organismes déjà bien implantés dans la communauté torontoise et environnante pourraient être développés, croit le président. Il cite à titre d’exemple les clubs de l’âge d’or de Mississauga, Oshawa, Welland, rarement sollicités ces dernières années, qui pourraient être intéressés par des forfaits ou encore par des rencontres avec des auteurs. Les regroupements de femmes et de gens d’affaires sont également dans la mire du nouveau président.

Deux grands départs

Deux piliers du Salon du livre de Toronto ont annoncé officiellement leur départ lors de l’Assemblée générale de la semaine dernière. Alain Baudot, président depuis six ans, et Christine Dumitriu van Saanen, fondatrice du Salon et directrice générale depuis 14 ans, ont tiré leur révérence.

Ils ont tous deux souligné l’apport crucial du Salon du livre dans le développement et la vivacité de la francophonie torontoise. «C’est un lieu de rencontre de toutes les francophonies multiples, diverses et fraternelles», a mentionné Alain Baudot.

Une plaque en reconnaissance «de son dévouement exceptionnel à la cause de la francophonie canadienne et internationale» a été remise à Christine Dumitriu van Saanen.

Le nouveau conseil d’administration devra rapidement trouver un successeur à la direction. Une tâche qui s’annonce ardue.

Paul-François Sylvestre demeure optimiste: «Dans tous les salons, il faut remplacer à un moment ou à un autre la direction générale. C’est le temps du Salon de Toronto. Je pense que la francophonie de Toronto est assez dynamique pour reprendre en main le Salon.»

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