Ces États qui n’existent pas

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Le titre ci-dessus est évidemment paradoxal, car dans la nomenclature habituelle, un État existe ou il n’y a pas d’État. Mais avec l’évolution quasi constante de la géopolitique, de nombreux cas de figure se présentent, qui ne répondent plus aux définitions classiques.

On trouve bien un territoire donné, une population résidante, un gouvernement qui contrôle cet ensemble, avec des institutions politiques, administratives, juridiques et autres communes aux États classiques, mais la différence vient de la reconnaissance qui leur est donnée sur le plan international et l’appartenance à l’ONU.

Et l’on a établi différentes catégories en rapport avec cette reconnaissance: absence totale de reconnaissance, reconnaissance par des pays – ou entités – non membres de l’ONU, reconnaissance par un seul membre de l’ONU ou par plusieurs ou par l’ensemble de la communauté onusienne. Plutôt que de parler d’État qui n’existe pas, formule-choc qui tient de l’oxymore, on trouve l’expression «État fantôme».

La République de Chypre du Nord

Il n’est pas question d’aborder aujourd’hui tous les cas en existence de ces entités fantomatiques. Deux seulement, qui se trouvent en Europe, retiendront notre attention.

L’une est la République de Chypre du Nord, qui existe sous cette dénomination depuis le 15 novembre 1983, à la suite de l’occupation par l’arène turque de la partie nord de l’île de Chypre.

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La Turquie a justifié cette occupation pour assurer la protection des minorités turques de Chypre, dans la crainte d’une annexion de Chypre par la Grèce des colonels qui dirigeaient alors ce pays et avaient provoqué un coup d’État pour renverser le président chypriote Makarios III. Seule la Turquie reconnaît cet État et y entretient une ambassade. La République turque de Chypre du Nord élit un président au suffrage universel et une assemblée législative. Un premier ministre dirige le gouvernement.

La capitale est la partie nord de Nicosie, Lefkosha en turc (L’Express du 22 août 2011), qui possède son aéroport. La république, qui a son drapeau, compte une population d’un peu moins de 300 000 habitants, et possède des bureaux de représentation ou de tourisme dans près de 30 pays.

Jusqu’à présent, les négociations entreprises en vue de la réunification de l’île n’ont pas abouti. Le décès le 12 janvier 2012 du fondateur de cette république, Rauf Denktash, facilitera-t-il les négociations? La présence à ses funérailles des présidents et chefs de gouvernement turcs indique l’importance que la Turquie accorde toujours à cet État.

La ligne verte qui marque la démarcation entre les deux Chypre, gardée par les Casques bleus de l’ONU, est désormais calme.

La Transnistrie

C’est un autre de ces États fantômes européens, qui se situe en Moldavie. La Moldavie est un petit État souverain, de langue roumaine, situé entre la Roumanie et l’Ukraine, dont la capitale est Chisinau. La Transnistrie occupe une bande frontalière le long de l’Ukraine et représente une dernière survivance de la Guerre froide.

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Sans entrer dans les détails historiques complexes de cette région, gouvernée par les Turcs depuis 1513, cédée à l’Empire russe en 1812, le territoire connu maintenant comme la Transnistrie est devenue en octobre 1924 la République autonome socialiste soviétique de Moldavie, avec comme capitale Tiraspol en 1929. En 1940, elle est rattachée à la République socialiste soviétique de Moldavie. Avec l’armée allemande, l’armée roumaine s’empare de ce territoire.

En 1944, l’URSS réoccupe la région, réunifiant Bessarabie (Moldavie) et Transnistrie. En 1990, lorsque l’URSS se disloque, le Parlement moldave vote une déclaration de souveraineté instaurant la primauté de la Constitution moldave sur tout le territoire, dont la Transnistrie, et l’utilisation du moldave (roumain) comme seule langue officielle.

Les russophones de Transnistrie réagissent, une guerre civile éclate en 1992. Appuyée par l’armée russe, la Transnistrie force la Moldavie à un accord entre le président russe Eltsine et le président moldave. L’armée russe reste sur place, mais neutre. La Transnistrie bénéficie d’un statut politique particulier.

En 1995, par un référendum truqué, les Trasnistriens votent leur indépendance. Il en résulte la partition avec la Moldavie.

Russie miniature

La Transnistrie possède, comme la Moldavie, sa constitution, son drapeau, son hymne, son président, son parlement, son gouvernement, son armée (en même temps que l’armée russe), sa monnaie (le rouble transnistrien) et son alphabet cyrillique.

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Aucun État membre de l’ONU, pas même la Russie, ne reconnaît l’indépendance de la Transnistrie. Seules l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, deux États non reconnus du Caucase, ont une ambassade à Tiraspol.

«Le pays est une véritable Russie miniature: on remarque les portraits de Poutine ou de Medvedev», décrit Mathilde Goanec dans Libération. «La majorité de la population vit à l’heure de Moscou. C’est du Kremlin qu’arrive le chèque pour payer les fonctionnaires et les retraités. C’est encore Moscou qui offre gaz et pétrole à bas prix pour garantir la paix sociale.»

Grâce à son soutien, «la Russie n’est pas mécontente de garder ainsi un pied près de l’Europe…»

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