Cent ans de vol vertical

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Ils sont présents presque partout, ils sont de toutes les tailles, petits, moyens, gros, très gros et même en modèles réduits, ils portent parfois des noms évocateurs, Gazelle, Lynx, Cormoran, Puma, Écureuil, ils sont militaires ou civils, ils servent à secourir des naufragés, à transporter des malades ou des blessés, à soulever de lourdes charges, à éteindre des incendies. Ces «bonnes à tout faire» des sociétés modernes qui ont 100 ans d’existence, ce sont les hélicoptères.

Si les historiens s’accordent à considérer l’année 1907 comme l’an 1 de l’hélicoptère, c’est parce qu’à cette date ont eu lieu les premiers essais de machines capables non seulement de se soulever de terre, mais de le faire avec une personne à bord. Mais ces machines à voile tournante ont une histoire bien plus longue qui semble bien commencer en Chine.

Dans un livre du IVe siècle, intitulé Pao Phu Tau, un «maître» décrit une machine volante basée sur le concept d’une aile tournante. C’est la première relation écrite d’un tel mécanisme.

Depuis le IVe siècle avant notre ère, les Chinois faisaient voler de petits jouets imitant quelque peu le principe de l’hélicoptère, pour fasciner les enfants. On fixait des plumes à une tige de bambou que l’on faisait tourner rapidement entre les mains pour qu’elle s’élève dans les airs. Il s’agissait probablement d’une reproduction des graines d’arbre, comme celles du sycomore, qui tournent sur elles-mêmes.

On sait que ce jouet est arrivé jusqu’en Europe, sans doute lors d’échanges commerciaux. On voit ce qui semble en être une représentation dans une peinture d’un volet d’un tryptique des environs de 1460, conservé au musée de Tessé de la ville du Mans, en France: La Vierge à l’enfant avec Saint Benoît.

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En tirant la corde, le petit rotor s’élève peut-être vers le haut à la manière d’un «hélicoptère». On trouve d’autres exemples de ce jouet dans un vitrail d’une église anglaise, sur une peinture de Jérôme Bosch exécutée à Vienne vers 1485 et sur un vitrail d’une église de Normandie, vers 1525. Toutes ces illustrations semblent prouver que le jouet chinois a fait du chemin et s’est amélioré en exportant le principe de l’hélicoptère.

Il revient néanmoins à Léonard de Vinci l’idée de produire un appareil capable de s’élever à une hauteur appréciable, comme il s’en explique: «J’ai découvert qu’un dispositif en forme de vis, comme celui-ci, s’il est bien construit en toile empesée s’élèvera dans les airs, si on le fait tourner rapidement.» (Codice Atlantico) Mais, faute de moyen de propulsion, les machines volantes de Léonardo da Vinci resteront un rêve.

Un rêve qui sera repris par de nombreux inventeurs. En 1754, le savant Mikhail V. Lomonosov, «le père de la science russe», présente à l’Académie des sciences une petite machine à ailes tournantes mue par un ressort. En 1784, les Français Launoy et Bienvenue font une démonstration semblable.

Le 15 avril 1877, l’ingénieur italien Enrico Forlanini réussit à faire voler un hélicoptère modèle réduit à une hauteur de 13 mètres. L’appareil pèse 350 kg et il est mu par une machine à vapeur.

Mais le mot hélicoptère (du grec helix (hélice) et pteron (aile) était apparu en 1863, créé par Gustave Ponton D’Amecourt, constructeur d’un petit modèle d’hélicoptère à moteur à vapeur. Bref, l’idée est dans l’air.

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Il faudra attendre 1907 pour voir apparaître les premières machines capables de soulever et transporter leur pilote au cours d’essais réussis, marqués par les premiers décollages.

Trois expérimentations distinctes d’aéronefs à voile tournante ont alors lieu en France, qui marquent réellement les débuts de l’hélicoptère. L’appareil de l’ingénieur Maurice Léger fut essayé le 13 juin. Il comportait deux hélices en aluminium de 13 m et un puissant moteur. Il décolla mais retomba endommagé.

Le 24 septembre 1907, l’ingénieur Volumard fit décoller les 578 kg du Gyroplane du constructeur Louis Bréguet. L’appareil, guidé et maintenu par des assistants, s’est élevé d’une soixantaine de centimètres et d’un mètre par la suite.

Le 13 novembre 1907, c’est au tour de Paul Cornu d’essayer un engin de sa composition, muni de deux rotors à rotation inversée situés de chaque côté de l’appareil, qui se soulève de 1,50 m. C’est le premier appareil à quitter librement le sol avec son pilote à bord.

Ce sont les premières étapes d’une épopée technologique, amorcée il y a bien des lustres.

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À l’occasion de ce centenaire, un livre remarquable est paru qui retrace toutes ces étapes d’une manière détaillée: Bernard Bombeau. Hélicoptères. La genèse, de Léonard de Vinci à Louis Bréguet, Privat, 2007, 357 p. relié. Cet ouvrage, merveilleusement illustré, montre comment se réalise, progressivement, le rêve de visionnaires et les constructions de précurseurs.

D’une lecture facile et agréable, c’est le premier ouvrage complet sur ce sujet, qui illustre aussi de façon concrète l’évolution technologique d’une idée. C’est certainement un magnifique cadeau de Noël.

«Cent ans seulement après les premiers bonds de Cornu et de Bréguet, on estime à près de 70 000 le nombre des hélicoptères en vol à travers le monde. Sur ce chiffre, 37 000 sont des machines civiles et un peu plus de 30 000 des appareils militaires», écrit l’auteur.

Et leurs performances sont toujours plus impressionnantes, comme le posé d’un hélicoptère au sommet de l’Éverest, à 8 850 m, le 14 mai 2005 ou le record détenu parle plus gros hélicoptère, le Mil M-26 russe, (ex-soviétique) qui serait l’hélicoptère le plus lourd et le plus grand jamais construit en série au monde. Il peut transporter une charge utile de 20 tonnes.

Pas de doute, comme on l’a écrit: «Les cieux s’annoncent radieux pour les hélicoptères.»

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