Ce qu’on comprend de l’affaire SNC-Lavalin Jody Wilson-Raybould jusqu’à maintenant


13 février 2019 à 20h40

La firme SNC-Lavalin, fleuron de l’ingénierie canadienne, 50 000 emplois dans le monde, 16 000 au Canada, a soudoyé, à coup de dizaines de millions de dollars, des décideurs du régime Khadafi (renversé en 2011) pour obtenir le contrat de construction… d’une prison! Une affaire doublement crapuleuse.

C’est comme ça que ça se passe dans le tiers-monde, dit-on. Sauf que c’est comme ça que ça se passe chez nous aussi, puisque SNC-Lavalin a également admis avoir soudoyé, encore à hauteur de dizaines de millions de dollars, des responsables de gros projets comme celui du Centre universitaire de santé McGill.

Réparation

Dans l’affaire libyenne, les procureurs fédéraux ont décidé en octobre de ne pas remplacer le procès par un processus de réparation – prévu par la loi – par lequel l’entreprise aurait admis sa culpabilité et payé des centaines de millions de dollars d’amende.

Or, tout verdict de culpabilité à l’issue d’un procès empêcherait SNC-Lavalin de soumissionner pendant 10 ans sur les projets gouvernementaux, ce qui affecterait également sa réputation à l’étranger. Les nouveaux dirigeants de l’entreprise brandissent le spectre de la mainmise étrangère sur ses activités, avec perte d’influence canadienne et d’emplois dans ce secteur.

Les Libéraux de Justin Trudeau partagent ces inquiétudes, comme une bonne partie de la classe politique canadienne. Qui plus est, tout ce beau monde se connaît bien: SNC-Lavalin a déjà généreusement contribué à la caisse électorale libérale, probablement aussi à celle d’autres partis politiques.

Intervention publique ou secrète

Le gouvernement fédéral aurait pu décider – publiquement et légalement – de renverser la décision des procureurs et de leur demander de négocier les fameuses «réparations».

Mais il y a fort à parier qu’une telle initiative leur paraissait périlleuse à 10 mois d’élections générales, risquant de réveiller les fantômes de scandales de corruption passés.

Jody Wilson Raybould

On aurait donc préféré que la décision vienne des procureurs eux-mêmes (c’est-à-dire du SPPC, le Service des poursuites pénales du Canada, dirigé par Kathleen Roussel).

Et qui, logiquement, se chargerait de parler à Mme Roussel? Évidemment sa patronne politique, la ministre de la Justice et Procureure générale du Canada Jody Wilson-Raybould…

On est rendu à Noël et au Jour de l’An… Apparemment, Mme Wilson-Raybould trouve la mission indécente ou compromettante: elle refuse d’aller seule au front.

Punition

Le 14 janvier, dans le cadre d’un remaniement, la députée de Vancouver – pourtant rare Autochtone dans ce gouvernement qui ne jure que par la parité homme-femme et la diversité culturelle – est rétrogradée aux Affaires des anciens combattants, remplacée à la Justice par le Montréalais David Lametti.

Ce n’est qu’un mois plus tard, grâce à un reportage du Globe and Mail lundi, qu’on comprend mieux ce qui s’est passé. Mme Wilson-Raybould a quitté le Cabinet mardi, retenant les services d’un ancien juge de la Cour suprême pour la conseiller sur ce qu’elle a le droit de raconter et de taire…

À suivre dans les prochains jours.

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