Casino ou les risques de lecture compulsive

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Publié 16/05/2006 par Paul-François Sylvestre

Au cours des derniers mois, le public de Radio-Canada a pu voir la télésérie Casino, scénarisée par Réjean Tremblay. Son fils Allan a écrit un roman en s’inspirant librement du scénario paternel. Casino est un livre qui dénonce le jeu comme un vol institutionnalisé capable de détruire des vies entières.

Dans un langage direct et souvent cru, Allan Tremblay décrit le casino comme «un monstre séduisant qui attire par milliers les pauvres gens pour les dépouiller de leurs biens».

Le mérite du romancier réside dans son habileté à nous montrer plus que la vie des joueurs plumés. Il met aussi en scène le croupier, l’agent de sécurité, l’usurier, le trafiquant de drogue, la chanteuse, le barman, la responsable des relations publiques et même la psychologue qui, comble de l’hypocrisie, est engagée par le casino pour aider les joueurs compulsifs à renoncer au jeu.

Stéphane Dumas est le protagoniste de Casino. Son séjour en prison (pour un crime qu’il n’a pas commis) lui a appris «à jauger les regards du premier coup d’œil». Stéphane sait à qui il peut adresser la parole et qui il doit absolument éviter.

Lorsqu’il met les pieds au Casino de Montréal, c’est pour doublement gagner: plumer le casino grâce à une tricherie sophistiquée et, surtout, se venger du casino dont la fréquentation a conduit son père au suicide. Assez curieusement, la prison a émoussé le sens moral de Stéphane Dumas.

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«Le sentiment d’avoir été victime d’une injustice peut parfois amener à être plus tolérant à l’égard des injustices que l’on commet soi-même.»

Le casino décrit par Allan Tremblay n’est pas un lieu consacré à la détente, bien au contraire. Nous n’y retrouvons que «des visages livides et crispés» que la réalité gifle «de sa main poisseuse».

Souvent ténébreuse, cette réalité nous conduit aussi bien dans un sanctuaire de motards et un réseau de prostitution, que dans un club de jazz et une famille vietnamienne déshonorée par un fils ignoble.

Ces divers milieux servent de toile de fond à une intrigue dont le dénouement se corse d’un chapitre à l’autre.

Roman de 475 pages, Casino ne renferme que 10 chapitres et chacun d’eux repose sur la même architecture: un chapelet de scènes brèves, mais intenses qui ont le mérite de faire dérouler l’action à une vitesse vertigineuse.

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Le cadrage propre à la télévision reste assez évident dans ce roman dont la qualité littéraire me semble relativement neutre, exception faite des dialogues toujours finement ciselés.

Le roman, comme la télésérie sans doute, illustre bien le choix qui s’offre à un homme qui arrive au pied du mur. «Il peut en faire le tour, il peut le défoncer ou il peut essayer de sauter par-dessus.»

La décision risque de devenir plus compliquée lorsque la haine l’emporte sur tout autre sentiment, lorsque l’homme tient plus à sa vengeance qu’à sa propre vie. Stéphane Dumas n’arrive pas à pardonner. «Je suis pas capable. Il faut que je les baise jusqu’au bout.»

Allan Tremblay a créé des personnages attachants qui évoluent dans un univers de passions, de trahisons et de folies.

En choisissant souvent de décrire l’envers du décor, il réussit à nous accrocher, à nous enivrer, à nous faire croire au mirage de la fiction. Attention aux risques de lecture compulsive!

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Allan Tremblay, Casino, roman librement inspiré du scénario de Réjean Tremblay, VLB éditeur, Montréal, réédition 2006, 480 pages, 26,95 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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