Baccalauréat en amour, majeure en queerness 

livre Vincent Fortier, Phénomènes naturels
Vincent Fortier, Phénomènes naturels, roman, Éditions Hashtag, 2020, 108 pages, 18 $.
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Journaliste pendant presque dix ans, Vincent Fortier est aujourd’hui réviseur et traducteur. Amoureux de littérature et d’art queer, il vient de publier un premier roman intitulé Phénomènes naturels, une autofiction qui s’attache à défaire les modèles.

Le roman a été inspiré par la lecture de l’ouvrage The Ethical Slut. A Practical Guide to Polyamory, Open Relationships and Other Freedoms in Sex and Love, de Janet W. Hardy et Dossie Easton (Ten Speed Press, 2017). Quelques citations émaillent le texte, notamment celle-ci: «The real test of love is when someone sees our weaknesses, our stupidities, and our smallness, and still loves us.»

Naturellement gai

Le titre du roman fait écho à quelques remarques glissées ici et là. Le romancier note parfois qu’il y a des phénomènes naturels plus agréables que d’autres. «Un suroît qui te réchauffe le cœur; une bise qui te fait frissonner d’envie.» On devine, bien entendu, qu’être gai ou queer est un phénomène naturel.

J’ai beaucoup aimé la réflexion de l’auteur sur les relations amoureuses. Vincent Fortier note comment il aimerait «que toutes les relations soient des débuts de relation perpétuels. Ce moment où tout est porté par l’enthousiasme. Où tout est possible. […] Où on ne se possède pas encore.»

L’anti-normalité

Son personnage a 35 ans (lui a maintenant 37 ans) et vit une rupture amoureuse. Elle est racontée de façon brute. On passe de la fin d’une histoire d’amour au début d’une autre aventure existentielle: celle du passage d’homme gai à personne queer.

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Fortier souligne qu’il est ne s’intéresse pas, par exemple à la normalité qui entoure le modèle du mariage gai. Il n’a pas besoin d’avoir ce que tout le monde croit bon d’avoir pour s’accomplir. Il veut l’opposé, l’anti-normalité.

Masculinité toxique

Le protagoniste (auteur?) vit sa première relation sexuelle à 17 ans. Un homme lui achète un magazine porno, l’amène chez lui, feuillette Cuuuuute et lui baisse les culottes. «Devant les images du mag, je viens en 8 secondes.»

Le «je» du roman met du temps à comprendre qu’il n’est pas masculin, qu’il ne veut pas de masculinité toxique dans son lit. «Que j’étais davantage excité par l’ouverture de l’esprit que les muscles. Que l’autre pouvait être une grande folle et quand même me faire bander.»

Parlure contemporaine

On retrouve ici et là des mots anglais, sorte d’écho à la parlure contemporaine des Québécois. À titre d’exemples, Fortier écrit: «même en leather Daddy, mon psy a raison; ça rappelle que you don’t belong; je revenais au pattern des cruising spots; ça arrache ton eye-liner, même waterproof; les deadlines du travail; j’y vais all in».

J’ai été surpris de trouver ce qui m’a semblé être une tournure anglophone lorsque j’ai lu «Je ne sais pas la honte vient d’où.» Un calque de comes from.

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En revanche, j’ai souri lorsque le protagoniste s’inscrit dans une université où les règles n’existent pas, en vue de l’obtention d’un «baccalauréat en amour, majeure en queerness». Il attend encore son diplôme, lol.

Pensées suicidaires

Phénomènes naturels porte sur les pensées suicidaires. Sur la nécessité de pleurer, de crier, de créer, d’écrire. De ne pas avoir peur des ses émotions. De parler à sa «famille choisie», à ses proches. C’est comme ça que la tempête finit par se calmer.

P.-S.: J’ai prévu la parution de cette recension dans L’Express pour le 30 décembre, en guise de petit cadeau pour mon 73e anniversaire.

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