Avoir les moyens de vieillir: histoire des pensions au Canada

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Le rêve d’une retraite dorée, est-ce possible avec la pension des aînés? Photo: Wikimedia Commons, Share Alike 3.0
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Publié 28/05/2023 par Marc Poirier

Au commencement, il n’y avait rien. Rien parce que les gens mouraient trop jeunes pour devenir vieux. Il en a fallu du temps pour que l’idée de fournir un revenu aux gens qui atteignaient un certain âge fasse son chemin. Il a fallu la révolution industrielle pour voir apparaître la pension de vieillesse au Canada.

Comme aurait pu le dire la Sagouine, «j’pensions point que j’savions si peu de choses sur les pensions du Canada»…

Quel meilleur endroit que les «vieux pays» pour inventer les pensions de retraite? Rendons à César ce qui appartient à César: c’est au pays du Kaiser qu’on attribue le premier régime de retraite moderne.

De 70 à 65 ans

Auteur de l’unification de l’Allemagne, Otto von Bismarck, le chancelier vainqueur de Napoléon III, veut contrer la montée du marxisme et du socialisme dans son pays. Ironiquement, il le fera en établissant, au début des années 1880, des programmes… sociaux.

La petite histoire veut que Bismarck ait consulté ses conseillers pour savoir à quel âge il pourrait fixer la retraite pour ne pas qu’elle coûte trop cher à l’État. Ils lui ont répondu: 65 ans. Alors, il l’a fixée à 70 ans!

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À noter qu’à l’époque, l’espérance de vie était de 45 à 50 ans. Pas bête le Bismarck.

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Otto von Bismarck. Photo: Wikimedia Commons, domaine public

L’âge de la retraite en Allemagne sera ramené à 65 ans pendant la Première Guerre mondiale, alors que les hommes risquaient davantage de mourir au front que de vieillesse.

En France, le régime de retraite général est mis en place en 1930, mais son «ancêtre», une pension pour les marins, avait été créé en 1673 par Colbert, premier ministre de facto sous Louis XIV.

Un an après le début de la Révolution française, en 1790, une caisse de retraite des fonctionnaires de l’État est créée. Mais encore là, il était sans doute probablement plus facile de toucher la lame de la guillotine que la pension…

De son côté, en 1908, le Royaume-Uni instaure un régime de pensions pour les personnes de plus de 70 ans.

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Et les États-Unis suivront, loin derrière, en 1935.

Le Canada

En 1908, le Dominion (on disait aussi «Puissance», en français) du Canada, qui était encore le Tanguy du Royaume-Uni, entre dans la danse. Il lance un programme qu’il nomme les «Rentes sur l’État».

Les particuliers peuvent ainsi se préparer financièrement à leur retraite en achetant une «rente». Toutefois, peu nombreux sont ceux qui avaient alors les moyens de participer à ce régime.

Pourtant, de plus en plus d’aînés sont démunis et doivent vivre aux crochets des familles, qui ont peine à les soutenir. Plusieurs connaîtront une fin de vie très difficile. Certains seront obligés de mendier ou d’aller finir leurs jours dans un asile des pauvres.

Cette nouvelle réalité sociale suscite des discussions politiques sur le besoin d’un vrai programme d’aide pour les personnes âgées et les retraités.

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En 1927, le Canada établit la «pension de vieillesse», comme on l’appelle communément encore aujourd’hui. Instaurée par le gouvernement de Mackenzie King, la pension est financée à parts égales par le fédéral et les provinces.

Comme ce genre d’aide sociale relève des compétences provinciales conformément à la Constitution, ce sont les provinces qui l’administrent.

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Avant l’arrivée des régimes de pensions de retraite et de vieillesse, la pauvreté chez les aînés pouvait être extrême. Photo: Wikimedia Commons, Share Alike 4.0 International

Loin de la «Liberté 55»

À l’époque, la pension maximale au Canada s’élevait à 20 $ par mois. Pour y avoir droit, il fallait avoir au moins 70 ans, avoir un revenu annuel de moins de 365 $ et être sujet britannique. Le Canada était toujours un «Tanguy» à l’époque.

Il est important de noter que les Autochtones ayant le statut d’«Indiens inscrits» étaient exclus du programme.

La création de la pension était un petit pas, mais un pas quand même. Ce premier programme amorcera toute l’évolution de l’aide aux retraités et aux aînés qui suivra.

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Fait intéressant, seize ans avant le premier programme de pension de vieillesse canadien, Terre-Neuve, alors toujours une colonie (et Tanguy aussi) du Royaume-Uni, avait mis sur pied un plan d’aide aux aînés.

Le programme terre-neuvien n’était offert qu’aux particuliers de 75 ans et plus, et contrairement aux programmes similaires en Occident, seulement aux hommes. Le montant accordé s’élevait à 50 $ par année, mais le nombre de bénéficiaires, au départ, était plafonné à 400 $, peu importe si davantage d’hommes y étaient admissibles.

Les pensionnés devaient également subir une enquête sur leurs besoins financiers avant d’avoir droit à cette aide.

Le programme canadien de 1927 imposait aussi une enquête, une mesure qui sera jugée humiliante. Cet «examen des ressources» pouvait être assez intrusif. Les autorités calculaient les revenus, les avantages – comme un logement – et même les repas gratuits.

En 1951, les provinces acceptent d’accorder au fédéral la gestion du programme, rebaptisé «Sécurité de la vieillesse» et maintenant offert aux «Indiens inscrits».

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La même année, un autre programme, l’assistance vieillesse, voit le jour pour les personnes âgées de 65 à 69 ans.

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Les régimes de pensions ne sont souvent pas suffisants pour une retraite aisée. Photo: Wikimedia Commons, Share Alike 2.0 Generic

Et voilà le Régime de pensions du Canada

C’est en 1965 qu’est créé le Régime de pensions du Canada, un programme financé uniquement par les employés et les employeurs. Au même moment, le Québec lance son propre programme, le Régie des rentes du Québec.

La Sécurité de la vieillesse demeure en place, mais l’âge minimum sera graduellement abaissé à 65 ans. Entre-temps, on y ajoute un nouveau volet, le Supplément de revenu garanti, pour fournir un montant supplémentaire aux prestataires de la Sécurité de la vieillesse plus démunis.

Encore un pas. Un petit pas. (Il y en aura un autre en 1969, mais aucun rapport.)

Puis, des changements et améliorations se sont succédé : allocation au conjoint (1975), admissibilité des Autochtones (1988) et couples de même sexe (2000).

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En 2019, Ottawa annonçait que les cotisations allaient augmenter, mais aussi les prestations. Depuis ses tout débuts, les prestations du Régime de pensions du Canada représentaient en moyenne le quart du revenu du travail. D’ici 2025, les montants reçus équivaudront au tiers du revenu du travail.

À cela s’ajoutent évidemment les pensions de l’employeur, s’il y en a, les REER et CELI de ce monde, les investissements encore une fois s’il y en a et autres.

Là-dessus, on vous souhaite le paradis fiscal à la fin de vos jours. Asteure, j’pensions que j’étions plus smart à la fin qu’au début. J’pensions, mais j’étions point sûr. Dixit la Sagouine.

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