Averroès, l’homme de tous les savoirs

Averroès, selon Andrea di Bonaiuto (1343-1379), peintre italien de l’école florentine: détail de sa fresque Trionfo di San Tommaso d’Aquino (Triomphe de Saint Thomas d’Aquin), Florence, basilique Santa Maria Novella, 1365-1368.
Averroès, selon Andrea di Bonaiuto (1343-1379), peintre italien de l’école florentine: détail de sa fresque Trionfo di San Tommaso d’Aquino (Triomphe de Saint Thomas d’Aquin), Florence, basilique Santa Maria Novella, 1365-1368.
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On va célébrer en 2026 le 900e anniversaire de naissance d’un grand penseur arabe, Averroès. Si les disciples d’Avicenne (980-1037) l’avait surnommé le «Prince des savants», on pourrait attribuer à Averroès le titre d’«homme de tous les savoirs».

Averroès est tout à la fois un philosophe, un théologien, un médecin, un juriste, un mathématicien, un scientifique de langue arabe, qui a eu une influence considérable en Occident, notamment «sur les penseurs du monde chrétien médiéval, auprès duquel il a fortement contribué à la diffusion des cultures grecque et arabe». (Wikipédia)

«Aristote, au début de ses Topiques, explique qu’il faut suivre les plus sages et, parmi les plus sages, les plus illustres. Avicenne et Averroès ont cette notoriété. Ils sont pourtant bien distincts et les sillages de leurs pensées respectives, encore visibles aujourd’hui, contribuent à tracer l’horizon historique de plusieurs de nos sciences occidentales et orientales.» (Claude Gagnon, Avicenne et Averroès, Encyclopédie de l’Agora).

On ne saurait donc ignorer l’existence, sinon la pensée, de ces deux grands maîtres.

Ibn Rochd

Averroès, nom latinisé sous lequel est connu en Occident Ibn Rochd (filiation terminale de son nom arabe), est né à Cordoue, en Andalousie espagnole, le 14 avril 1126. Il vient d’une célèbre famille de cadi, juge musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses, mariages, divorces, répudiations, successions, héritages, tous les problèmes de la vie quotidienne.

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Averroès reçoit l’éducation qui est alors celle d’un intellectuel, auprès de maîtres andalous. La formation initiale commence par l’étude du Coran, à laquelle s’ajoutent la grammaire, la poésie, des rudiments de calcul et l’apprentissage de l’écriture qui, en Andalousie commence dès le plus jeune âge.

Après une bonne formation religieuse, Averroès élargit l’activité intellectuelle de son milieu familial en s’intéressant aux sciences profanes, la physique comprenant la botanique, la zoologie, l’astronomie, la médecine, et la philosophie, des savoirs considérés comme étrangers, grecs essentiellement.

«À l’issue de sa formation, c’est un homme de religion féru de savoirs antiques et curieux de connaître la nature.» Du fait sans doute de son origine familiale et de sa formation auprès de son père et de ses maîtres, il devient médecin et juriste, spécialiste du droit musulman, tout en s’intéressant fortement à la philosophie.

Médecin

Averroès était un médecin qui s’intéressait beaucoup à la recherche, à l’analyse, sans négliger le traitement des maladies. Il est l’auteur d’un recueil d’écrits sur la médecine, rédigé avant 1162, et traduit en latin sous le nom de Colliget, une déformation de l’arabe «colliyat» qui signifie le Livre de tous.

Cet ouvrage sera publié en 1482 et en 1560 à Venise, et utilisé officiellement dans les facultés et écoles de médecine occidentales jusqu’au XVIIe et XVIIIe siècles. C’est une preuve de l’importance de l’œuvre qui comporte sept livres: Anatomie des organes, Santé et Physiologie, Maladies et accidents, SymptômesMédicaments et nourriture, Hygiène, Thérapie.

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Astronome

Averroès pense que l’astronomie est aussi «nécessaire à la perfection» de l’Homme que la physique ou la logique. S’intéressant d’abord à l’astronomie mathématique, il élaboré un Traité d’Astronomie sur le mouvement des sphères et des étoiles, à partir de l’Almageste de Ptolémée (90-168).

Il passe ensuite à l’astronomie physique, l’étude de la réalité concrète de l’univers. Il estime qu’une nouvelle astronomie serait nécessaire pour corriger les erreurs de Ptolémée, mais ses responsabilités ne lui en donnent pas le temps.

Juriste

Un principe de base guide Averroès et explique son œuvre dans le domaine juridique: «Un savant en tant que tel ne peut avoir d’autre but que de rechercher la vérité, et non de semer le doute et de rendre les esprits perplexes.»

Il rédige deux ouvrages principaux:

La Bidaya – Manuel de l’Interprète des Lois et Traité Complet du Juriste (1166). «Mon but, dans ce livre, est de me fixer en mémoire les questions de statuts juridiques sur lesquelles il y a accord et celles sur lesquelles il y a désaccord, avec leurs preuves.»

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Le Fasl al-maqâl ou Le livre du discours décisif et de la détermination du rapport entre la loi et la sagesse. Dans cet ouvrage juridico-philosophique, Averroès veut montrer l’accord ente la philosophie et la religion.

Philosophe

C’est dans le domaine de la philosophie qu’Averroès a laissé son empreinte la plus forte, en tant que commentateur d’Aristote. Il a rédigé des Commentaires sur le Canon d’Avicenne, un monument du savoir, mais ce sont ses Commentaires d’Aristote qui constituent son apport majeur.

Ces commentaires ont fait dire au philosophe français, spécialiste de philosophie médiévale, Alain de Libera, qu’Averroès est «un des pères spirituels de l’Europe occidentale» (Averroès et l’averroïsme, PUF, Que sais-je?, p. 121). Ses Commentaires ont exercé une importante influence sur les penseurs du monde chrétien médiéval et leurs descendants qu’ils ont inspirés.

Ces quelques propos ne donnent qu’un aperçu des œuvres d’Averroès et de son influence. Critiqué, exilé pour anéantir son prestige, il meurt à Marrakech le 10 décembre 1198 sans avoir revu l’Andalousie.

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