Roman sur le monde bouleversant de l’autisme

Suzanne Mercier, L’Omission
Suzanne Mercier, L’Omission, roman, Québec, Éditions Hamac, 2021, 280 pages, 25,95 $.
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Idiot, imbécile, débile mental… Voilà les mots utilisés pour désigner un enfant autiste sévère à la fin des années 1950 au Canada. Cette pathologie qu’on cherche alors à cacher est le sujet du roman L’Omission, de Suzanne Mercier.

À 63 ans, Évelyne apprend par un envoi postal que son frère Philippe est décédé; il avait 68 ans. Elle a toujours ignoré qu’elle avait un frère. Elle n’a aucun lien avec cet inconnu, excepté ceux du sang.

Pourquoi ses parents auraient-ils caché un membre de la famille? Elle éprouve dès lors un besoin irrépressible de redessiner un pan de sa vie qui a été volontairement effacé.

L’autisme pas facile pour les parents

À travers une quête minutieuse, on apprend que dans les années 1950, il n’était pas facile pour des parents de s’occuper d’un enfant autiste sévère, identifié comme imbécile sur les registres de l’hôpital.

C’était encore moins facile de prendre la décision de le placer en institution psychiatrique. Cela était perçu comme une défaite.

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On apprend aussi que peu de pères se préoccupaient de leurs enfants «malades mentaux». Ils y voyaient une atteinte à leur virilité. Le père d’Évelyne était à l’aise et il a laissé un legs financier pour s’assurer que son fils Philippe ne manque de rien. Excepté d’amour et d’une famille.

60 ans de secrets de famille

De fil en aiguille, la romancière dépoussière 60 ans de secrets de famille, 60 ans de parcours d’un enfant de 8 ans admis à l’Hôpital Saint-Michel-Archange comme malade atteint d’imbécilité à haut risque.

Nous sommes en présence d’un esprit écorché, d’un cerveau désorienté. Centre de réadaptation, centre d’hébergement, foyer collectif, maison d’accueil, rien ne fonctionnera pour Philippe.

Le rejet et l’internement d’enfants hors normes demeurent une triste réalité. Ce n’est pas évident de s’immiscer dans le monde de la maladie mentale; pour la majorité des gens, c’est un milieu d’extraterrestres.

Un autisme peut être aimé

À travers la façade obscure de la vie de son frère, castré à l’âge de 17 ans pour freiner sa libido, Évelyne découvre les côtés radieux de Philippe. Elle a les larmes aux yeux lorsqu’elle apprend que des personnes extérieures à sa famille ont aimé celui que cette dernière a rejeté.

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Suzanne Mercier réussit à échafauder une solide intrigue à la fois psychologique et romantique. Parallèlement à l’histoire d’un enfant dans un corps d’homme mûr, le lecteur suit une Évelyne qui a peur de l’amour, peur de la solitude, peur de l’échec, peur de la vie, peur d’elle-même.

Par une quête à rebours bien architecturée, L’Omission nous fait pénétrer dans le monde bouleversant de la santé mentale d’hier et d’aujourd’hui… Tout en nous amenant à réfléchir sur notre propre existence.

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