«Au beau pays de Cocagne…»

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«Au beau pays de Cocagne…» Ainsi commence une chanson enfantine qui vante indirectement le pays de Cocagne où l’on vient de construire un chemin de fer qui ne verra jamais passer de trains, les gens de ce pays préférant rester chez eux.

Mais le pays de Cocagne a-t-il jamais existé ou n’est-il qu’un pays légendaire comme le Paradis terrestre?

La réponse à cette question n’est pas aussi simple qu’il y paraît. L’imagination et la réalité seraient-elles les deux aspects d’un même pays de Cocagne?

Imagination

On entend généralement par pays de Cocagne un pays folklorique dont les habitants ont tout en abondance sans avoir besoin de travailler. Cette utopie est ancienne.

Un fabliau français de 1250 parle d’un pays où règnent tous les plaisirs. Un vers le résume: «Qui plus i dort, plus i gaaigne» (v. 28). Dans son tableau, Bruegel semble illustrer cette philosophie.

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Dans son Décaméron rédigé en italien, Boccace (1313-1375) parle d’un pays merveilleux où les saucisses abondent et où coule un ruisseau de malvoisie (vin blanc). Le philologue François Genin (1803-1856), dans ses Récréations philologiques, Paris, 1853, t. II, donne du mot cocagne une étymologie assez crédible.

«Cocagne est un mot italien et plus particulièrement napolitain (cuccagna). Aux XVIe et XVIIe siècles, on élevait, sur une place de Naples, une montagne en éruption qui lançait des saucisses, des viandes cuites, des macaronis, lesquels roulaient sur le fromage râpé dont la montagne était couverte; le peuple se battait pour faire bombance. Le mot aurait ensuite été introduit en France…» (Le pays de Cocagne, Internet)

Une autre description est tout aussi évocatrice du Pays de Cocagne. «Sur tous les chemins et dans toutes les rues, sont des tables dressées où l’on vient librement s’asseoir; des boutiques ouvertes où l’on peut prendre sans payer; partout des concerts, de la musique, et des danses; jamais querelle ni guerre; toutes les femmes belles enfin, et peu farouches, qu’on peut choisir à son goût, et quitter au bout de l’année. Mais ce qu’il y a surtout de merveilleux, c’est que dans ce beau pays se trouve la fontaine de Jouvence.» (Fabliaux ou contes du XIIe et du XIIIe siècle, Paris, 1779, p.227-228. Extraits, j’ai modernisé l’orthographe.)

Comme on le voit, l’imaginaire masculin s’est donné libre cours, sans doute aussi en réaction contre la morale contraignante de l’Église. Certains traits indiquent ce mouvement de contestation.

Réalités

Cette idée de fête est passée dans les mœurs sous le nom de cocagne, temps de réjouissance, de fête. Voltaire en parle dans une lettre à l’Impératrice de Russie du 18 octobre 1775: «Je vois des cocagnes pour un peuple immense, des feux d’artifice, et tous les miracles de l’opéra réunis.»

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Cocagne a aussi un sens concret, puisque son origine est végétale. Au Moyen Âge, la cocagne était une sorte de pain de feuilles d’une plante appelée pastel, écrasées et compactées. Ces pains de pastel étaient séchés et vendus aux fabricants de teinture, car avec eux on obtenait la teinture bleue.

La culture du pastel se trouvait dans le triangle Albi-Carcassonne-Toulouse. La cocagne a donné son nom à cette région. Le mot serait d’origine occitane, cocanha qui aurait donné cocagne «pastel en pâte», attesté en 1463.

Fusion de sens

Le pastel a été source d’une grande prospérité dans le triangle de sa culture, la pâte ou le pain de pastel, la cocagne, se vendant au prix fort. Il en est résulté que le pays de la cocagne, riche et prospère, est devenu le pays de Cocagne lorsque cette appellation d’origine italienne, plus séduisante, s’est introduite en France vers 1688. C’est l’explication logique que nous proposons faute d’en avoir trouvé une semblable.

Le Président du pays de Cocagne le confirme: «La réalité a survécu au mythe. Le Pays de Cocagne existe. Le territoire authentique du Pays de Cocagne ne contredit ni la légende ni la définition du petit Larousse qui fait de lui le pays de l’abondance et de l’insouciance.» (Jacques Esparbie, Président du Pays de Cocagne)

Autres «cocagne»

Le pays de Cocagne de Bruegel l’Ancien (1525-1569, L’Express 6 mars 2012) montre trois personnages endormis, bien repus, sous un arbre qui porte une table couverte de délices. Ils représentent les trois ordres médiévaux (clerc, chevalier, paysan), symbolisant la paix, la prospérité universelle et l’égalité, dans l’abondance et l’insouciante opulente. Bruegel a peint d’après un conte publié en 1546 à Anvers.

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Une agglomération du Nouveau-Brunswick s’appelle Cocagne. «Selon les Archives provinciales du Nouveau-Brunswick, la localité est nommée d’après la rivière Cocagne, qui elle-même fut baptisée par Nicolas Denys avant 1672 car il y «trouvay tant decquoy y faire bonne chère pendant huit jours que le mauvais temps m’obligea d’y demeurer».» Nicolas Denys «est un explorateur français, marchand et industriel de la pêche au Canada, gouverneur, lieutenant général pour le roi.» (Internet)

Si vous grimpez tout en haut d’un mât de cocagne, vous pouvez gagner ce qui s’y trouve, mais attention, le tronc est lisse, enduit de graisse ou de savon. Bonne chance!

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