Art, avidité et mystère

livre Donna Leon, Quand un fils nous est donné
Donna Leon, Quand un fils nous est donné, roman traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2020, 324 pages, 32,95 $.
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Donna Leon a écrit 29 romans policiers mettant en scène le commissaire Guido Brunetti. J’en ai lus au moins trois au quatre, dont le tout dernier qui s’intitule Quand un fils nous est donné. L’histoire se passe à Venise, comme c’est presque toujours le cas avec Brunetti.

Dès les premiers chapitres, le commissaire laisse entendre que les Vénitiens sont enclins à exagérer les faits et gestes de personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées, ajoutant combien ils sont négligents sur les commérages qu’ils colportent allègrement. La table est mise. Nous sommes conviés à une enquête complexe et compliquée.

Fils adoptif

Le beau-père de Brunetti est le comte Falier, dont l’un de ses meilleurs amis vient d’annoncer qu’il va faire de son jeune protégé un fils adoptif en bonne et due forme. Les proches sont prompts à clamer qu’un homme dans sa prime jeunesse ne s’intéresse à un homme beaucoup plus âgé qu’en raison de sa fortune. Le comte demande à Brunetti de faire enquête.

Cet ami du comte est Gonzalo Rodriguez de Tejeda, parrain de l’épouse du commissaire. Gonzalo n’a jamais caché son homosexualité et Brunetti se croit ouvert sur la question de l’orientation sexuelle, mais il ne peut faire autrement que s’interroger sur les sentiments de Gonzalo envers un homme beaucoup plus jeune que lui. «Son homosexualité ne le rendrait-elle capable que de désir, et pas d’amour?»

Paola, l’épouse de Brunetti a peu fréquenté son parrain, mais elle a retenu ses «yeux de requins». Selon elle, un homme a ces yeux-là quand il est en proie à une passion et qu’il ne peut pas la contrôler.

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Vivre aux crochets des riches

Donna Leon fait dire à un de ses personnages que «vivre aux crochets des riches est tout un art à Venise, pas un crime». Parlant d’art, Gonzalo est un grand collectionneur. La romancière en profite pour souligner que l’art moderne est une vaste escroquerie. « Le travail de création est véritablement dans les mains de l’agent qui transforme un tableau médiocre en chef-d’œuvre. »

Donna Leon glisse aussi parfois quelques références à la mythologie grecque. Quand l’enquête de Brunetti devient mystérieuse, elle écrit que c’est «un véritable supplice de Tantale». Le commissaire ne veut rien savoir de piètres criminels qui prennent le système judiciaire pour un centre de recyclage.

Gonzalo s’écroule raide mort dans la rue. Peu de temps après, une de ses amies établies en Angleterre, tout juste arrivée à Venise pour lui rendre hommage, est retrouvée étranglée dans sa chambre d’hôtel. «Brunetti eut l’impression que l’horizon était soudain parti s’installer ailleurs et qu’on lui demandait d’examiner le nouveau paysage.»

Deux scènes du crime?

Curieusement, à la page 202, on lit que «le crime eut lieu le jeudi à 13 h 23 à l’aéroport Marco Polo, où Brunetti attendait l’avion qui venait d’atterrir de Londres». Par la suite, il n’est question que du crime commis en fin de soirée dans la chambre d’hôtel. Étrange! Serait-ce une erreur dans la révision?

J’avoue avoir eu de la difficulté à lire Quand un fils nous est donné en raison de l’intrigue décousue et des longueurs ou longues parenthèses fastidieuses. Le roman a néanmoins le mérite d’illustrer cruellement comment «l’avidité est le dénominateur commun des faits et gestes de l’humanité».

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