Anna Politkovskaia et Norbert Zongo: destins croisés

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Huit ans après l’horrible assassinat du journaliste d’investigation burkinabé internationalement reconnu Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune, une autre journaliste a été froidement abattue dans l’ascenseur de son immeuble le 7 octobre 2006 à Moscou.

Anna Politkovskaia et Norbert Zongo se ressemblaient à bien des égards. Tous les deux dérangeaient les pouvoirs respectifs de leurs pays par leur travail.

Tous les deux révélaient des secrets que leurs gouvernants auraient aimé cacher.

Tous les deux ont failli être victimes d’une tentative d’empoisonnement. Ils ont en réchappé de justesse mais ils ont fini par tomber sous les balles assassines de leurs ennemis. Tous les deux ont été victimes de crimes politiques. Ils avaient tous les deux acquis une reconnaissance internationale par le sérieux de leurs travaux d’investigation.

La Russie tout comme le Burkina Faso ne sont pas des démocraties. Deux pouvoirs autocratiques pour lesquels la liberté d’expression est un vain mot. Deux pouvoirs bâtis sur des oligarchies qui piétinent allégrement les droits de la personne.

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Norbert Zongo, tout comme Anna Politkovskaia, avait une conscience professionnelle très élevée, un sens du devoir hors du commun, un amour de la liberté d’expression qu’ils considérait comme un droit inaliénable.

Mais tous les deux n’étaient pas dans le bon pays pour exercer librement leur profession. Ils aimaient assez leur pays pour ne pas écouter ceux de leurs amis qui leur conseillaient l’exil.

Anna Politkovskaia est la seule journaliste russe qui a eu le courage d’aller en Tchétchénie pour nous rapporter les désastres de cette sale guerre.

Norbert Zongo fut le seul journaliste burkinabé à oser dénoncer l’impunité du régime de Blaise Compaoré. Tous les deux travaillaient sur des dossiers brûlants impliquant les pouvoirs de leur pays lorsqu’ils ont été lâchement assassinés.

Écrire en Afrique comme en Russie tue. Les mots mènent à la mort. Ces deux patriotes ont été fidèles jusqu’au bout à leurs idéaux et à eux-mêmes. Ils ont dit non. Non à la dictature, non à la répression. Ils ont refusé d’être complices et ils en sont morts.

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Il ne nous reste plus que la révolte et l’impuissance. Mais nous avons encore la parole et nous ne devons pas nous taire car ce serait se faire complices de ces meurtres et de ces meurtriers.

C’est Norbert Zongo qui disait que «le pire, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien.» Gardons-nous donc de nous taire face à ces crimes odieux et à l’impunité.

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