Américain ou états-unien?


23 novembre 2010 à 13h48

Voilà un des grands dilemmes de notre époque. Surtout dans les médias. Doit-on employer l’adjectif «américain» pour désigner ce qui vient des États-Unis d’Amérique ou doit-on lui préférer «états-unien»? Le premier est courant et connu de tous, mais il déçoit par son caractère prétentieux. Le second est plus récent, plus précis, mais n’est pas encore très répandu.

De façon générale, on peut affirmer que les personnes qui vivent en Bolivie, au Chili, au Brésil, en Guyane, au Mexique, en Jamaïque, au Honduras ou en Uruguay sont tous des Américains.

Forcément, nous sommes aussi des Américains au sens strict. Nous habitons en Amérique. Comme nos amis d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale. Mais nos voisins du sud, ceux qui habitent les États-Unis, se sont accordé le privilège d’exclusivité quant à l’adjectif «américain» et au gentilé qui en découle.

Ne serait-il pas alors préférable d’utiliser le gentilé États-Uniens et États-Uniennes pour les désigner ?

L’origine de l’adjectif «américain» est assez simple. L’union de treize colonies britanniques d’Amérique du Nord pour former les États-Unis d’Amérique, en 1776, a entraîné l’utilisation du nom United States of America. Rapidement, les habitants ont pris l’habitude de tronquer ce trop long nom et d’utiliser simplement America ou United States.

Et selon plusieurs sources, ils ont commencé à se désigner comme étant des «Americans», d’où la traduction «Américains».

Un article du logiciel de correction Antidote nous apprend qu’au fil des ans, d’autres gentilés anglais moins ambigus ont été proposés mais n’ont pas connu de succès. On parle de «United Statesian», «Usian» et de «Usonian», notamment.

Les dictionnaires français nous disent que l’adjectif «américain» et le nom «Américain» peuvent aussi bien désigner quelqu’un ou quelqu’un qui vient de l’Amérique ou des Amériques, que quelqu’un ou quelque chose qui vient des États-Unis d’Amérique.

Dans l’usage, le mot «américain» colle davantage à la deuxième signification, si bien qu’on a dû créer l’adjectif «panaméricain» pour parfois faire référence à l’ensemble du continent.

Le Robert nous apprend que l’adjectif «états-unien» et son féminin «états-unienne» sont apparus vers le milieu du XXe siècle, vraisemblablement par souci de clarté ou de précision. L’adjectif a été substantivé pour former le gentilé «États-Unien». Dans les deux cas, on note une variante graphique: «étasunien» ou «Étasunien».

Bien que le Robert fixe l’apparition d’«états-unien» à 1955, l’article très complet qu’on trouve sur le logiciel Antidote mentionne que «la plus ancienne attestation connue à ce jour remonte à 1934» et qu’«on la trouve dans un numéro de la revue politique québécoise L’Action nationale, sous la plume de son directeur Arthur Laurendeau».

Il avait alors écrit ceci : «On comprend facilement que les élites états-uniennes soient de race intellectuelle moins pure que les élites européennes.»

La première apparition dans un dictionnaire remonterait à 1961, dans le Grand Larousse encyclopédique. Et c’était sous une forme soudée, étatsunien. Depuis, la forme soudée a perdu la lettre «t» que l’on trouve à la fin du mot «état». Antidote rapporte qu’on a même déjà vu passer la graphie «étazunien» avec un inexplicable «z» en milieu de mot.

Il semble que l’emploi d’«états-unien» ait joui d’un regain de popularité depuis une dizaine d’années, particulièrement dans un sens plutôt péjoratif, notamment lorsqu’on se montre critique des politiques, des idéologies ou des comportements que l’on trouve aux États-Unis. On trouve sur Internet plusieurs articles intéressants sur l’emploi d’«états-unien» ou de ses variantes graphiques.

Le sujet fait même l’objet d’un débat sur le populaire site Wikipedia. Un des collaborateurs a posé la question à l’Académie française, à savoir s’il est préférable d’utiliser «états-unien» ou «américain». Un «chargé de mission» lui répond que l’Académie n’a pas débattu de cette question, mais formule certains éléments de réponse.

«Bien qu’attesté depuis une cinquantaine d’années sous la forme États-unien, seule admissible, ce terme (comme adjectif et comme nom) n’a commencé que récemment à se répandre dans l’usage. Il présente l’avantage d’être plus précis qu’Américain. Mais il est exact qu’en France, on le rencontre souvent dans les contextes exprimant des critiques à l’égard de la politique des États-Unis.»

De façon générale, on semble donc reconnaître à «états-unien» l’avantage de la clarté et de la précision, ce qui en fait un synonyme tout à fait acceptable d’«américain».

D’un autre côté, on reconnaît aussi que le terme «américain» jouit d’assises solides dans l’usage et que c’est presque par résignation que les autres habitants de l’Amérique (du Nord, du Sud ou centrale) doivent abdiquer leur qualité d’«américains».

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