ALÉNA : le front commun canadien tient bon

Trump

C’est une période très, très intense, disait récemment la ministre Chrystia Freeland. (Photo : capture d’écran CPAC.)


11 septembre 2018 à 15h38

La mission paraît impossible, pour les négociateurs de l’ALÉNA, de conclure avant l’échéance du 1er octobre. Comment plaire au président Donald Trump, qui négocie via Twitter, et livrer une entente que pourraient entériner le Congrès américain, le Mexique et le Canada?

Certains indicateurs donneraient raison au président en matière d’échanges. Le département du Commerce américain a dévoilé début septembre que le déficit commercial du pays a grimpé de 9,5% en juillet, surtout au profit de la Chine, se soldant à 50,1 milliards $ US.

Pour sa part, le Canada a enregistré pour la même période un surplus commercial de 5,3 milliards $ face au voisin américain, selon Statistique Canada, un record depuis 2008.

Tensions Trudeau-Trump

Pour l’instant, le président Trump et le premier ministre Justin Trudeau ont pris leurs distances par rapport à l’issue des négociations. Pas d’urgence pour conclure, a déclaré le Canadien: il vaut mieux se passer d’accord que d’en avoir un mauvais.

Mais l’urgence appartient à l’Américain, qui cherche une victoire commerciale avant les élections de mi-mandat du 6 novembre au Sénat et à la Chambre des représentants.

Menace de tarifs

Le voisin du Sud voudrait que le Canada ouvre son marché de produits laitiers de manière conforme aux deux accords récemment signés avec l’Union européenne et le Partenariat transpacifique. Les États-Unis souhaitent obtenir l’accès à 3,25% du marché laitier canadien, tel que concédé aux pays du littoral du Pacifique.

Mais, selon les observateurs, la plus grande menace à la sécurité commerciale du Canada reste l’imposition arbitraire de tarifs par le président américain. Ils sont déjà en place pour l’acier et l’aluminium pour des raisons de «sécurité nationale», et Donald Trump serait disposé à pousser l’économie canadienne vers le chaos en ajoutant des tarifs sur les voitures.

Le président américain Donald Trump se réjouit des résultats de ses politiques économiques. (Photo: page Facebook de Donald Trump)

Relations fédérales-provinciales

La récente exclusion du Canada d’une entente de principe entre les États-Unis et le Mexique, annoncée par la Maison-Blanche en août, n’a pas discrédité Justin Trudeau au plan domestique – du moins pour le moment, selon la chroniqueuse Chantal Hébert, du Toronto Star.

«C’est le président et non le premier ministre qui a encaissé de la résistance publique. Une partie de cette opposition est venue d’intervenants influents des secteurs syndicaux et corporatifs. En comparaison, le front commun fédéral-provincial au Canada tient bon.»

Elle souligne que Justin Trudeau a réussi à tenir ses homologues des provinces au courant des négociations, et que les détails partagés auraient été disséminés à grandeur du pays et à l’extérieur des cercles libéraux.

Chantal Hébert souligne que la récente mise à jour aux premiers ministres a été suivie d’un «silence radio» de leur part qui est «autant exemplaire qu’extraordinaire dans le climat actuel des relations fédérales-provinciales».

Mécanisme de règlement des différends

Parmi les irritants des négociations, relevons le mécanisme de règlement des différends et la gestion de l’offre.

Fin août, Justin Trudeau semblait prêt à jeter le lait, les œufs et la volaille sous l’autobus républicain afin de maintenir le tribunal d’arbitrage des différends. Donald Trump, lui, voudrait se débarrasser de ce mécanisme qu’il considère comme une violation de la souveraineté américaine.

Gestion de l’offre à réformer

Pour ce qui est de la gestion de l’offre, Sylvain Charlebois, professeur de l’Université de Dalhousie, en Nouvelle-Écosse,  fait écho à la plateforme de l’ancien ministre Maxime Bernier, candidat à la chefferie nationale du Parti conservateur en 2017. Le député fédéral de Beauce, au Québec, a récemment quitté la formation avec fracas en vue de fonder un parti qui abolirait ce système.

Le professeur Charlebois s’étonne que le Canada défende autant la gestion de l’offre, qui régit le lait, les œufs et la volaille, qui représentent 2% du produit intérieur brut. C’est trois fois moins que les secteurs bovins, porcins et céréaliers, qui voudraient faire partie des enjeux.

Sylvain Charlebois note que les citoyens comprennent mal le fond de la question. «Ce système repose sur un principe facile à expliquer: il nous permet de produire ce dont nous avons besoin, ni plus ni moins. Plusieurs croient que la gestion de l’offre joue un rôle essentiel pour notre économie, sans savoir pourquoi. Mais son côté sombre n’obtient pas l’attention qu’il devrait.»

Le chercheur en distribution et politiques alimentaires affirme que le Canada a perdu 32 000 fermes laitières depuis 40 ans. La gestion de l’offre protégerait une élite agricole et des milliards de dollars en quotas détenus par «un cercle fermé» de producteurs. Selon lui, le régime a besoin d’une réforme, d’abord pour mieux répondre aux besoins domestiques.

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