Alcool: l’extrême modération ontarienne

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Alors qu’avec les années, la législation s’est quelque peu assouplie au Québec – même si l’on est encore loin des règlements européens – l’Ontario peine toujours à lâcher la bride au sujet de l’alcool. Les textes régissant la distribution et la consommation d’alcool sont particulièrement restrictifs au sein de la province de la Ville-Reine.

En Ontario, la distribution d’alcool est exclusivement réservée à quelques enseignes. La LCBO, gérée par le gouvernement de l’Ontario, est le principal débitant. Il est également possible de se fournir en bières dans les Beer Stores, et certains vins canadiens sont aussi disponibles dans des locaux spécifiques estampillés Wine Rack.

Se procurer de l’alcool relève ainsi du parcours du combattant pour l’immigrant européen, habitué à trouver sa boisson favorite dans toutes les enseignes de grande distribution, mais aussi chez l’épicier du coin.

Et cette réticence à rendre l’alcool accessible à tous, aussi légitime soit-elle, n’est pas pour favoriser le commerce et les retombées économiques qui peuvent en découler. Au Québec, il est possible de se procurer bières et vins de table dans les dépanneurs, et pas seulement à la SAQ, l’équivalent de la LCBO chez nos voisins.

En Ontario, ce n’est toujours pas le cas. En s’appuyant sur une législation post-prohibition qui date de 1927, le gouvernement souhaite préserver la population de préjudices éventuels liés à l’alcool.

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Pour Jean-Baptiste Dumont, Français expatrié à Toronto, cette gestion de masse est trop restrictive: «Le problème, c’est qu’avec ce genre de politique, le gouvernemment déresponsabilise le citoyen alors que l’objectif est justement de favoriser la responsabilité individuelle. Et puis je ne crois pas, en règle générale, que l’interdiction et les limites permettent l’éradication des problèmes.»

Le sujet fait débat depuis de nombreuses années. Ainsi, en 1982, la province avait autorisé les bars à proposer le concept de happy hours, permettant aux bars et restaurants d’instaurer des heures privilégiées – généralement de 5h à 7h – où l’alcool était vendu à prix réduit. Une avancée avortée deux ans plus tard, avec la mise en place d’une interdiction pure et simple du système.

Pourquoi une telle réticence? L’argument des divers gouvernements ontariens à travers les décennies est simple et difficilement contestable: la sécurité. Selon les autorités, «l’alcool ne doit en aucun cas être assimilé à un produit de consommation ordinaire. Pendant des générations, le contrôle de l’alcool a constitué une fonction principale du gouvernement. Il doit et il va en demeurer ainsi.»

Une position défendue directement par les autorités, mais aussi par le Comité d’examen du système de vente d’alcool mandaté récemment par la province. Dans un rapport remis en juillet 2005 au ministère des Finances, il reconnaît que le contrôle doit perdurer, mais que le gouvernement doit se défaire du monopole qu’il possède notamment sur la LCBO.

Le rapport stipule notamment que «le gouvernement peut aussi bien protéger l’intérêt du public, sinon mieux, en utilisant des outils de réglementation modernes comme les politiques d’établissement des prix et l’application active de la loi».

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Mais outre les perspectives économiques développées dans le document, il n’est nullement fait allusion à un quelconque assouplissement des règles qui régissent l’accès et la distribution des boissons alcoolisées.

Même constat concernant les consultations publiques lancées suite à la publication de ce rapport, qui invitaient les Ontariens à se prononcer sur la Loi sur les permis d’alcool. Il était précisé à l’époque qu’en aucun cas les suggestions ne devaient porter sur «la façon d’établir les prix, de distribuer et de vendre au détail l’alcool dans les provinces.» Pas de modification d’usage pour le particulier en conséquent.

Brendan Cough est étudiant à l’Université de Toronto. S’il considère qu’il est important de légiférer sur l’alcool, il pense lui aussi que certaines restrictions sont à revoir: «Le problème n’est pas tant la loi en elle-même mais son immobilisme. Il n’y a quasiment eu aucun changement en 70 ans alors que la société a évolué. Autant je trouve normal que l’accès à l’alcool soit interdit à certaines personnes, autant je trouve aberrant qu’une famille n’ait pas le droit d’ouvrir une bouteille de vin en pique-niquant dans un parc.»

Pour autant, toutes les pratiques ne sont pas restées figées et, à l’initiative de certains députés, quelques évolutions sont à signaler. Ainsi, en 1997, pour la première fois une LCBO a ouvert ses portes un dimanche. Sept ans plus tard, en janvier 2005, le programme Bring your own wine – Apportez votre propre vin – a permis aux Ontariens d’emporter sous le bras leurs boissons alcoolisées dans certains restaurants partenaires.

Une autre initiative – plus récente cette fois – à mettre au crédit du député de Niagara Kim Craitor, a été évoquée ces derniers jours. Le parlementaire sud-ontarien souhaiterait faire passer une loi permettant la vente de produits canadiens dans les convenience stores de la province.

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Une modification qu’il juge nécessaire pour favoriser la promotion de la culture locale: «Dans la région de Niagara et sur l’ensemble du territoire canadien, l’industrie viticole est florissante. Nous produisons des vins que l’on doit mettre en valeur. Le fait de réserver une vitrine supplémentaire aux vins canadiens ne peut être que positif. Il faut favoriser l’accès à nos produits, et les convenience stores peuvent être d’excellents ambassadeurs de notre marché.»

Une position qui viserait en un sens à multiplier de manière importante le nombre de points de vente d’alcool, notamment dans les grandes villes comme Toronto. Dans l’hypothèse très peu probable d’une adoption du projet de loi, cela représenterait une modification majeure pour le système ontarien, le rapprochant un peu plus de celui du Québec.

Et paradoxalement, Kim Craitor ne prône en aucun cas un assouplissement des mesures en vigueur: «Cette loi n’aurait pas pour but de permettre à tous d’accéder à l’alcool. Il faut continuer avec ce système qui protège notre population. L’alcool n’est pas un produit à mettre entre toutes les mains.»

La proposition du député, si elle a le mérite de vouloir faire évoluer les choses, est donc soumise à un dilemme complexe. Cette proposition plairait en tout cas à Jean-Baptiste Dumont, mais pas forcément pour les mêmes raisons: «Si une telle loi pouvait passer, cela faciliterait l’accès aux boissons alcoolissées. Ce serait bien que, comme au Québec, on puisse trouver un petit quelque chose à boire si on a des invités qui débarquent un peu tardivement.»

Entre rentabilité économique, responsabilité sociale et gestion gouvernementale, l’alcool ne pose en tout cas pas que des problèmes d’ordre sécuritaire.

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