Aimer aveuglément et douloureusement

Autofiction LGBTQ sur la dépendance affective

Denis-Martin Chabot, Escales parisiennes, roman, Montréal, Éditions ND, 2019, 184 pages, 19,95 $.
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Dans Escales parisiennes, le tout dernier roman de Denis-Martin Chabot, le narrateur n’est pas identifié, mais qui connaît l’auteur devine aisément qu’il est lui-même ce narrateur mystérieux.

Chabot a travaillé pour Radio-Canada à Edmonton, un des lieux d’action de l’intrigue, et a publié des romans homoérotiques qui plaisent à un des principaux personnages.

Autofiction

J’ai deviné assez vite qu’Escales parisiennes est une autofiction. L’identité des personnages secondaires a été changée et quelques faits ont été modifiés, mais «si les personnes impliquées lisent mon livre avec attention, elles pourront s’identifier».

Escales parisiennes est même un roman à succès dans le roman qu’on lit. J’imagine que la vente de 50 000 exemplaires au Québec et 100 000 en France relève de la fiction…

Rien ne se déroule de façon chronologique ou linéaire dans ce roman. L’auteur aime les flashbacks de quelques mois, voire les retours en arrière aussi loin que l’enfance.

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Fornication

Denis-Martin Chabot aime aussi les scènes «de fornication sans retenue» où la douceur cède à la fureur, la vénération à l’agression. Polyamour ou partouze sont au menu, comme dans cette scène où «il me reste à espérer qu’ils sont ouverts à un quatuor. Nous pourrions nous faire tout un concerto. Opus 69…».

Personnage-clef, André est l’amant du narrateur. Noir américain doté d’un «corps divin» et d’une «gueule d’enfer», il peut être doux et suavement sensuel, tout comme il peut faire preuve de violence verbale, sexuelle et même physique.

Le narrateur a peur d’André, mais il a encore plus peur de se retrouver seul. Il le marie pour toutes les mauvaises raisons et vit une relation traumatisante pendant neuf ans.

Manipulation affective et sexuelle

Lorsque le narrateur-romancier québécois rencontre un Français lors d’une séance de signature à Paris, les atomes crochus bourdonnent. Ils ont beaucoup en commun, y compris le même amant, André, qui excelle dans l’art de la manipulation affective et sexuelle.

Chabot illustre à merveille comment la dépendance affective peut atteindre de nouveaux sommets. «Le manque de confiance en soi nous aveugle. Nous acceptons les pires ignominies (…) par crainte de perdre l’être aimé et de nous retrouver seuls.»

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Tous les homosexuels dans ce roman sont ravissants: sourire ensorcelant, esthétique envoûtante, musculature et virilité enivrantes. Ils s’égarent presque tous sous l’effet du charme physique. Au point où ils deviennent des proies dans les griffes de la dépendance affective qui bousille leur vie amoureuse.

Style coloré

Le style de Denis-Martin Chabot est coloré, comme toujours. Les abdominaux en tablettes sont comparés à une barre de chocolat Kit-Kat. Le pouvoir d’André se résume à cette analogie: «L’alpha se délectait de la sujétion de ses omégas.»

Et la culpabilité est décrite comme un sentiment de merdre où l’auteur précise que le mot commence d’ailleurs par «cul».

L’auteur glisse souvent de petites réflexions lapidaires comme «il vaut mieux d’être seul que d’être mal accompagné». Ou encore: «En contrôlant l’autre, il se protège de la souffrance, de la peine, de la douleur, et de lui-même!»

Liste de ressources

La dépendance affective dans le milieu LGBTQ est courante mais peu reconnue. Pour orienter ses lecteurs qui cherchent un soutien, Denis-Martin Chabot dresse une liste de ressources en appendice, notamment une ligne d’écoute et un service pour hommes en difficulté conjugale.

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