À quand l’«amarsissage»?

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On a beaucoup parlé, en novembre, de la prouesse réalisée par les scientifiques de l’Agence spatiale européenne lorsque le module Philae, rattaché à la sonde spatiale de la mission Rosetta, s’est détaché pour se poser sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. Il s’agissait là d’un exploit dans l’histoire de l’exploration de l’espace.

Je me souviens qu’on a parlé du fait que le module Philae avait eu de la difficulté à se poser sur la comète ou à s’agripper à celle-ci. Les médias rapportaient que l’atterrissage ne s’était pas tout à fait passé comme prévu.

Ça m’a rappelé un courriel que j’ai reçu en août de la part d’une certaine Nathalie, une fidèle lectrice. Elle suggérait qu’avec les avancées dans l’exploration spatiale, on devra peut-être bientôt trouver des mots pour décrire le fait de se poser sur d’autres planètes ou d’autres corps célestes.

Alunissage

La réflexion est intéressante. Pourquoi parler d’un «atterrissage» sur Mars, par exemple? Aux yeux de plusieurs, un atterrissage, c’est sur la Terre que ça doit se passer.

Ce qui est probablement venu fausser la donne, quand on parle du fait de se poser sur le sol, c’est lorsqu’on a cru bon inventer le terme «alunissage». Ça s’est passé dans les années vingt, selon le Dictionnaire historique de la langue française de Robert.

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Les auteurs de cet ouvrage nous disent que le verbe «alunir» et le nom «alunissage» ont été formés sur le modèle d’«atterrir» et «atterrissage», à propos du fait de se poser sur la lune. Mais l’Académie française n’a pas accepté «alunir» et «alunissage».

Selon diverses sources, le terme «alunissage» est construit par extrapolation d’une étymologie erronée du terme «atterrir», compris comme «se poser sur la planète Terre» alors qu’il signifie en réalité «se poser sur la terre ferme, sur le sol», par opposition à «amerrir» qui signifie «se poser sur la mer, à la surface de l’eau».

D’ailleurs, le Répertoire terminologique français publié en septembre 2000 précise la définition d’«atterrissage» comme étant l’action de poser un engin aérospatial sur le sol d’un astre. Suivant cette logique, il n’est absolument plus nécessaire de parler d’«alunissage». Surtout, cela évite de construire des néologismes farfelus comme «amarsissage», «avénussissage» ou, dans le cas du module Philae, d’un «acomettissage»!

Les scientifiques européens qui ont élaboré la mission Rosetta et qui ont permis à Philae de se poser sur la comète au nom étrange décrivent le module en question comme étant un «atterrisseur», bien qu’il ne soit évidemment pas question pour lui de se poser sur la Terre. Philae a donc bel et bien «atterri» sur la comète, non sans difficulté, mais tout de même.

Pose

Si on veut être parfaitement neutre, on peut utiliser sans problème le verbe «se poser» plutôt qu’«atterrir» ou même «alunir».

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Le hic, c’est qu’il n’y a pas vraiment de substantif pour décrire l’action en question. On ne dira pas que «la pose» du module a été un succès ou qu’on amorce les manœuvres de «pose» sur la comète. Il faut bel et bien parler d’un «atterrissage», en ayant toujours en tête que la particule «terre» que l’on retrouve dans ce mot est associée au sol et non à la planète exclusivement.

Curieusement, les mots «alunir» et «alunissage» ont survécu dans les dictionnaires usuels. La recommandation officielle demeure toutefois «atterrissage sur la Lune» ou tout simplement «atterrissage», pourvu que l’on connaisse le contexte et qu’on sache qu’on parle bel et bien d’un engin qui se pose sur le sol lunaire.
On peut donc dormir tranquille… Ce n’est pas demain qu’on verra des «ajupiterrissages» ou des «amercurissages». Autrement, au rythme où évolue l’exploration spatiale, on n’en finirait plus!

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