À n’y comprendre que dalle!

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Il y a de ces expressions qu’on entend et qui ne nous semblent pas très familières. Souvent, on passe par-dessus, on les oublie. D’autres les intégreront à leur vocabulaire presque par mimétisme, sans trop se demander ce qu’elles signifient réellement ou quelle pourrait être leur origine. Je m’en confesse, je l’ai fait avec l’expression «que dalle».

D’abord, mettons les choses au clair. Il s’agit d’une expression que les Européens francophones utilisent beaucoup plus fréquemment que les francophones de l’Amérique du Nord.

Mais elle s’est répandue jusqu’ici, s’est faufilée dans la littérature, est devenue omniprésente au cinéma.

Si un incendie a rasé un immeuble à logements, on pourrait dire: «Le feu a tout détruit. Il ne restait plus rien. Que dalle. Tout était en cendres.»

Un étudiant ayant des difficultés à bien saisir les notions d’algèbre que tente de lui inculquer son professeur pourrait dire, en faisant un triste constat d’échec: «Je n’arrive pas à m’entrer tout ça dans la tête. J’y pige que dalle.»

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Une jeune femme qui viendrait de rompre avec son amoureux pourrait dire à une de ses copines: «C’est curieux: ça faisait sept ans qu’on était ensemble et quand il est parti, je n’ai pas pleuré. Ça m’a fait que dalle. Je t’assure.»

Une onomatopée?

D’où vient donc cette expression. «Que dalle» signifie, on s’en doute: «rien du tout». Mais qu’est-ce que cette dalle vient faire dans cette expression?

Les différentes sources ne s’entendent pas trop sur l’origine de cette expression. Le Dictionnaire des expressions et locutions de Robert se limite à définir l’expression: «n’y piger que dalle» en disant qu’elle signifie «ne rien comprendre».

Cet ouvrage mentionne que Walther Von Wartburg, dans son Dictionnaire étymologique de la langue française, rattache cette expression au mot «dalle», qui signifie une plaque ou une table de pierre. Mais on prend aussi soin d’indiquer que la forme initiale de l’expression «je n’en trouve que le dail», rapportée par Esnault au début du XIXe, rend peu vraisemblable cette origine.

Pour Esnault, nous disent les auteurs du Robert, c’est une onomatopée qui en constituerait l’origine.

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Une plaisanterie?

Mais à leurs yeux, cela semble être une autre hypothèse d’Esnault qui semble plus plausible. On parle ici du «lorrain vieilli» dailler, issu de l’allemand dahlen. La famille de mots issus de dahlen a donné le verbe dailler, qui signifie «plaisanter».

Après quelques transformations, la «daille» ou le «dail» seraient «la plaisanterie, la blague», c’est-à-dire «les paroles dont le sens est caché».

Le lien avec le sens «rien du tout» est difficile à établir. Le Petit Robert nous dit qu’une dalle peut être une tablette de pierre (pour le revêtement des sols), une plaque de roche lisse, une tranche de poisson, une plaque de béton ou de ciment utilisée en plancher ou couverture, ou encore une ancienne pièce de cinq francs (dont le nom venait du flamand «daalder»).

Origine tsigane?

Sur le web, certains sites consacrés aux expressions considèrent que c’est à partir de cette dernière signification que l’expression «que dalle» tirerait son origine.

Mais c’est une croyance non fondée, puisqu’en 1835, cette pièce de cinq francs représentait environ 30 euros, ce qui n’était pas vraiment «rien du tout».

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Le mot dalle est en fait ici une déformation du mot «dail», attestée par l’ancienne version de l’expression donnée par Esnault, «que le dail», devenue ensuite «que dal».

C’est chez Duneton que l’on trouve une explication toute simple pour définir ce «dail». Le mot serait issu du romani – une langue tsigane – et signifierait tout simplement «rien du tout».

Queues d’ail?

Toujours sur Internet, plusieurs forums de discussion présentent des versions anecdotiques de l’origine de l’expression «que dalle». Certains font référence au fait que dans un marché public, en fin de journée, il ne reste que des «queues d’ail», c’est-à-dire rien de vraiment intéressant. Un internaute écrit que dans les marchés vendéens de son enfance, l’ail était disponible en vrac.

Le paysan formait des bottes à la demande du client en les liant à dix centimètres environ des gousses puis coupait les queues. En patois vendéen, le mot «ail» se prononce «ale», nous dit ce contributeur du forum.

«Y reste queues d’ales» signifiait tout simplement que la totalité du stock proposé à la vente avait été écoulé.

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Queues de poisson?

Intéressant, certes, mais non appuyé par les ouvrages de référence. On retrouve quelques autres hypothèses comme celles des «queues d’alevin», une partie de ce poisson qui n’est pas très nourrissante et qui pourrait expliquer la notion de «pas grand-chose» ou «rien du tout».

Encore là, les dictionnaires ne font aucunement mention de cette origine. Enfin, les ouvrages de référence nous apprennent que l’expression a aujourd’hui quelques équivalents, comme «que pouic», «nada» ou «que tchi», et que ces formes sont issues du langage argotique ou populaire.

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