La police fait son cinéma

Entrevue avec un commandant à la Brigade criminelle de Paris

Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 03/04/2012 par Guillaume Garcia

Invité de marque de Cinéfranco pour parler de son métier de consultant, Patrick Baudot, commandant à la Brigade criminelle de Paris s’est longuement entretenu avec L’Express. Il nous explique son rôle sur les plateaux de tournage, ainsi que dans la scénarisation des films. Amateur de vieux films policiers, il peint un cinéma français très proche de la réalité du terrain, selon lui, contrairement à ce qui se fait aux États-Unis.

R.I.F, recherche dans l’intérêt des familles a été programmé au festival Cinéfranco dimanche dernier. Ce film met en scène un aspect rarement mis à l’écran de la police, une enquête dans le cadre de la recherche d’une personne disparue. Pour Patrick Baudot le sujet du film est bon, car «il fait connaître une facette de notre métier qui n’est pas connue». Celui qui a réalisé le film est un ancien de la maison, Franck Mancuso. Il a passé une vingtaine d’années au 36 quai des orfèvres, pour se lancer au fur et à mesure dans le cinéma. Il a été le scénariste du film réalisé par Olivier Marchal, 36 quai des orfèvres.

Le métier de consultant

Pour ceux qui ne seraient pas de la police et qui voudraient faire un film sur le milieu policier, mieux vaut s’attacher les services d’une personne comme Patrick Baudot.

«J’aide les réalisateurs et scénaristes à ne pas commettre d’erreurs techniques. Par exemple l’acte fondateur d’une enquête c’est la constatation des faits. Cela prend une place importante pour nous. Donc je dis au réalisateur que ça doit avoir une place importante dans son film. On travaille aussi la psychologie des personnages, policiers et victimes. Comment la famille réagit quand on lui annonce la mort d’un proche.»

Son premier contact avec le cinéma, Patrick Baudot l’a au milieu des années 1990 quand son chef lui demande d’aider Frédéric Schoendoerffer sur le scénario et le tournage de Scènes de crime.

Publicité

«Je suis spécialiste des tueurs en série et on m’a demandé officiellement d’être consultant sur ce film. C’était une première dans la police.» Toujours prompt à raconter une anecdote, Patrick Baudot souligne même que l’expression «scène de crime» n’existait pas dans la police avant le film! Il a depuis participé en tant que consultant et co-scénarisé une dizaine de films policiers dont Truands, Pars vite et reviens tard ou encore Switch.

Deux métiers plus proches qu’on ne le pense

Encore une anecdote distillée par le commandant de la Crim, lorsqu’il entre dans la Police, sa première enquête ressemble étrangement à un scénario de film, celui de Bob le flambeur, de Jean-Pierre Melville.

Des voyous, un mort, des casinos… bienvenue dans la police! Selon Patrick Baudot, la présence de plusieurs anciens flics (Franck Mancuso, Olivier Marchal), ainsi que le nombre de films reliés à la police au cinéma viendrait de la proximité des deux milieux.

«Au cœur des deux métiers, il y a l’être humain. Ce sont deux métiers ou l’homme est plus au centre des réflexions que le système.»

Il se fait d’ailleurs une joie certaine que la police ait donné son nom à un genre cinématographique, le film policier. «Le cinéma est un des métiers où il y a le moins de haine envers notre métier. Il y a un vrai intérêt de la police, pour ce que le métier va apporter, une part de rêve.»

Publicité

Les clichés

S’il tente de rendre les films auxquels il participe les plus plausibles possibles, Patrick Baudot sait que la narration va devoir faire des raccourcis, des ellipses et souvent s’éloigner de la réalité pour le plaisir du public.

«Le cliché c’est le flic borderline», traduit à l’écran par la présence des composantes prostituées, argent et alcool. Le côté borderline, s’il est certainement exagéré dans le cinéma, représente l’idée de «ne pas se fier aux apparences, car il faut prendre de la distance pour comprendre», souligne le commandant Baudot.

Co-scénariste de plusieurs films, Patrick Baudot travaille désormais sur ses propres scénarios. Il nous a avoué qu’il aimerait faire un film en suivant le point de vue du cadavre, à la morgue… affaire à suivre!

Auteur

  • Guillaume Garcia

    Petit, il voulait devenir Tintin: le toupet dans le vent, les pantalons retroussés, son appareil photo en bandoulière; il ne manquait que Milou! Il est devenu journaliste, passionné de politique, de culture et de sports.

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur