50 ans après le rêve de Pearson

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Publié 19/04/2016 par l-express.ca

Le 6 avril 1966 – il y a donc 50 ans – le premier ministre Lester Pearson s’est adressé à la Chambre des communes pour expliquer la politique linguistique de son gouvernement.

«C’était un discours remarquable», a commenté à cette occasion le commissaire aux langues officielles Graham Fraser. Il a été prononcé un an avant la publication du premier volume du rapport de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, et trois ans avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles.

«Si la concrétisation de la politique linguistique du Canada coïncide avec l’adoption, en 1969, de la Loi sur les langues officielles par le gouvernement de Pierre Trudeau, sa conception, elle, remonte à l’annonce faite par Lester Pearson», poursuit le commissaire, qui relève du Parlement et qui est justement chargé de surveiller que la Loi soit bien appliquée.

Unité nationale

Le premier ministre Pearson a d’abord situé la question du bilinguisme au sein de la fonction publique en tant que moyen d’attirer les Canadiens les plus compétents et les mieux qualifiés de partout au pays, soulignant que ce qu’il appelait «l’objectif fondamental […] de promouvoir et de renforcer l’unité nationale» était rendu possible par l’atteinte de l’égalité des droits et des chances pour tous les Canadiens, qu’ils soient d’expression française ou d’expression anglaise.

«Dans un État fédéral diversifié comme le Canada, il est important que tous les citoyens jouissent d’occasions équitables et égales de participer à l’administration nationale et de pouvoir s’identifier à leur propre capitale nationale, s’y sentant chez eux», avait déclaré Lester Pearson.

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Ce branle-bas de combat était motivé par la montée du sentiment nationaliste/séparatiste au Québec, dont l’un des griefs était justement l’absence de services en français au sein de l’appareil fédéral.

Le client a raison

Lester Pearson souhaitait alors qu’«un état des choses se sera établi au sein de la fonction publique en vertu duquel:

il sera de pratique courante que les communications orales ou écrites à l’intérieur de la fonction publique se fassent dans l’une ou l’autre langue officielle au choix de l’auteur, celui-ci ayant dorénavant la certitude d’être compris par ceux à qui il s’adressera;

les communications avec le public se feront normalement dans l’une ou l’autre langue officielle eu égard au client;

la fonction publique reflétera, dans le recrutement et la formation de ses membres, les valeurs linguistiques et culturelles des Canadiens aussi bien de langue anglaise que de langue française; et un climat se créera dans lequel les fonctionnaires des deux groupes linguistiques pourront travailler ensemble vers des buts communs, en utilisant leur propre langue et en s’inspirant de leurs valeurs culturelles respectives, tout en appréciant à leur pleine valeur et en respectant celles des autres.»

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Si on analyse cette déclaration historique, affirme M. Fraser, «on peut y reconnaître le cadre – et l’esprit – de la Loi sur les langues officielles et de certaines parties de la Charte canadienne des droits et libertés, qui sera adoptée ultérieurement.»

Et le rêve de Trudeau?

Selon lui, «les politiques linguistiques du gouvernement fédéral seraient mieux comprises si on s’attardait aux questions posées dans le discours de M. Pearson, au lieu de recourir aux parties IV et V de la Loi sur les langues officielles (qui demeure abstraite et technique même pour les fonctionnaires) ou de discuter, avec admiration ou dédain, du ‘rêve de Pierre Trudeau’».

Les Canadiens d’expression française et d’expression anglaise se sentent-ils de la même façon chez eux à Ottawa?, se demande M. Fraser.

Les fonctionnaires communiquent-ils avec le public dans la langue de son choix?

Est-il de pratique courante parmi les fonctionnaires de parler et d’écrire dans la langue officielle de leur choix, tout en étant certains qu’ils seront compris?

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Le recrutement et la formation des fonctionnaires reflètent-ils les valeurs linguistiques et culturelles de chaque groupe de langue officielle?

Existe-t-il un climat dans lequel les fonctionnaires des deux groupes linguistiques sont invités à travailler ensemble en utilisant leur propre langue et en s’inspirant de leurs valeurs culturelles respectives, tout en respectant et en appréciant à leur pleine valeur celles des autres?

Du travail pour Trudeau fils

«Il ne fait aucun doute que des progrès énormes ont été réalisés au cours des 50 dernières années dans le domaine des politiques linguistiques», indique M. Fraser. «Toutefois, le Commissariat continue de recevoir des plaintes de citoyens qui n’ont pas été servis dans la langue de leur choix.»

De plus, «les fonctionnaires utilisent généralement la langue de la majorité durant les réunions et lorsqu’ils rédigent des documents. La culture de la fonction publique fédérale est souvent celle de la majorité.»

«Tandis que les Canadiens se préparent à célébrer le 150e anniversaire de la Confédération, nous devons nous rappeler que les idéaux qu’a énoncés si clairement Lester Pearson il y a 50 ans aujourd’hui demeurent difficiles à réaliser. Toutefois, en maintenant les efforts en vue d’atteindre ces objectifs, nous renforçons notre pays tout en le rendant plus équitable et plus inclusif.»

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À lire aussi dans L’Express: Pierre Elliott Trudeau, l’énigmatique paradoxe

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