100 personnalités appellent le président français à résister à l’anglomanie

Brigitte et Emmanuel Macron
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Le journal français Le Parisien a publié le 16 juin une tribune signée par 100 personnalités francophones à travers le monde, dont 13 Canadiens, appelant le président Emmanuel Macron à défendre la langue française face «au colonialisme anglo-américain» et à cesser les discours officiels en anglais.

«Il nous banalise, il nous infériorise», lance Jean-Pierre Perreault, président depuis une trentaine d’années du mouvement Impératif français, dans l’Outaouais.

«Lorsqu’il intervient dans ses discours, il donne davantage de pouvoir à l’anglosphère. Ça a des effets sur la francophonie et sur la diversité culturelle, c’est un président qui souffre d’une profonde anglomanie. Nous souhaitons qu’Emmanuel Macron cesse cela», revendique le président du mouvement québécois Impératif français.

Beaucoup plus que 100

Il est parmi les premiers à avoir proposé l’idée d’un manifeste pour appeler Emmanuel Macron à «protéger la langue française du colonialisme anglo-américain». Cent personnalités du monde de l’écriture, de l’enseignement ou de l’art issues de 26 pays ont signé la tribune. «C’est vraiment un travail auquel ont participé très activement des gens du Québec, du Canada et même d’Amérique», révèle Jean-Pierre Perreault.

Jean-Paul Perreault

La romancière Louise Chevrier, le réalisateur Jean-Pierre Roy, ou encore René Fournier, maire honoraire de Carignan, figurent parmi les 13 signataires canadiens.

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La liste aurait pu être encore plus longue. «Je n’ai aucune idée de comment on s’est limité à 100 personnes. Je connaissais beaucoup de gens qui étaient intéressés de signer, beaucoup d’écrivains notamment», affirme Benoît Cazabon, cofondateur de l’Institut franco-ontarien.

«Une langue désertée par ses locuteurs naturels»

«Le français outragé, le français brisé, le français martyrisé. Mais le français rendu à la dignité si, monsieur le Président, vous choisissez de suivre enfin la trace laissée par l’esprit de résistance», peut-on lire dans l’introduction du manifeste.

Les auteurs appellent ensuite «le premier contributeur de l’Organisation internationale de la Francophonie», à agir sur trois points.

Tout d’abord, «en renonçant à l’emploi de l’anglo-américain à l’étranger». La tribune dénonce une langue «désertée par ses locuteurs naturels», alors que «le français demeure l’une des deux premières langues d’usage d’une majorité d’organes internationaux».

OK avec Trump

Benoît Cazabon ne manque pas d’arguments sur ce point. «Quand le chef de l’État se présente en anglais, il sort de sa fonction. C’est humiliant. Il y a des moments d’exception, c’est sûr. Si Macron doit discuter avec Trump sur des accords commerciaux, il peut le faire en anglais, mais quand il fait un discours officiel il me semble que c’est mieux d’utiliser la langue de chez lui», argumente-t-il. «Au Québec, un discours officiel en anglais ne serait pas acceptable.»

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Les signataires souhaitent renforcer par une loi «le dispositif linguistique présent en rendant notamment l’application contraignante; en rappelant aux autorités judiciaires leur pouvoir de poursuivre les contrevenants.»

Enfin le troisième point demande «d’interrompre la marche suicidaire vers l’intronisation de la langue anglo-américaine comme seconde langue officielle de la nation».

Là encore, Benoît Cazabon a des arguments à revendre. «Il faut un pluralisme linguistique pour protéger les langues à égalité. Aujourd’hui, il s’agit d’un multilinguisme qui permet aux anglophones de rester unilingues et d’écraser les autres langues. Avant nous pouvions choisir une autre langue que l’anglais à l’école, c’est de plus en plus compliqué désormais.»

Louise Mushikiwabo, drôle de choix

Cette tribune réagit également au discours qu’a tenu Emmanuel Macron lors du Sommet de la Francophonie tenu en octobre dernier en Arménie. Le chef de l’État français avait déclaré que l’anglais est «une langue d’usage pour le monde, une langue de consommation».

Louise Mushikiwabo

Les signataires lui répondent: «à en juger par le dynamisme économique d’une majeure partie de l’Afrique francophone, comme par la vitalité du Canada francophone, leur langue d’usage — le français — en vaudrait pourtant d’autres».

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Autre critique dans le manifeste: la nomination à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de la Rwandaise Louise Mushikiwabo — fortement appuyée par la France.

«Nous déplorons l’installation au poste de secrétaire général de l’OIF d’une personnalité rwandaise membre active d’un régime politique détestable. Il est attendu du chef de file de l’OIF qu’il défende l’usage de la langue française, non qu’il le rétrécisse», lit-on. Cette dernière phrase fait aussi référence à la suppression en 2010 du français comme langue d’enseignement public de ce pays africain.

S’inspirer du Québec

«Faute d’avoir su précéder le Québec comme référence mondiale pour la défense du français», conclut la tribune, «du moins sachons nous inspirer de sa pugnacité et abandonner nos comportements serviles. Il y va de notre identité nationale et de l’avenir de la francophonie.»

Pour sa part, Jean-Pierre Perrault, au départ de l’initiative, explique avoir voulu «que les Français rappellent leur président à l’ordre. Quand on voit la France agir comme elle agit, c’est épuisant, décourageant. Ce qu’elle a créé au cours des siècles, elle l’affaiblit. Quand on entend les francophones dire que la musique est meilleure en anglais, c’est de la colonisation anglo-américaine des cerveaux.»

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