Vive l’Ontario bilingue!

«Le français est une arme de développement massif»

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La langue française, qui semble menacée dans certaines communautés francophones du Canada, est paradoxalement très prisée au Canada anglais et même aux États-Unis, au Mexique et dans plusieurs pays d’Asie, où on la considère comme un «ascenseur social».

C’est ce que soutenait jeudi dernier, devant les membres et invités du Club canadien de Toronto, l’ambassadeur de France au Canada, Nicolas Chapuis, pour qui la langue française pourrait nous servir d’«arme de développement massif».

En poste depuis quelques mois à Ottawa, l’ambassadeur a paru souhaiter l’adoption par la province de l’Ontario et par la capitale nationale Ottawa d’un statut bilingue (en 2017 pour le 150e anniversaire de la Confédération!).

En réponse à une question sur une éventuelle participation de l’Ontario à l’Organisation internationale de la francophonie, il a souligné que les deux provinces qui en sont membres actuellement, le Québec et le Nouveau-Brunswick, ont le français comme langue officielle, un commentaire qui lui a valu une salve d’applaudissements.

C’est également la position de certains dirigeants de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario qu’une participation à l’OIF devrait découler de l’adoption du bilinguisme officiel en Ontario.

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D’autres soutiennent, au contraire, qu’un tel engagement inciterait Queen’s Park à améliorer ses services en français. Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, pense notamment que ce sont souvent «dans les corridors» de ce genre de réunions que plusieurs avancées sont décidées, et qu’il faut donc être présent. Plusieurs des 80 états membres de l’OIF, tels l’Égypte, la Roumanie ou le Vietnam, n’ont d’ailleurs pas le français comme langue officielle.

L’ambassadeur de France a confirmé son appui au bilinguisme officiel pour l’Ontario et pour Ottawa le soir même, cette fois à la tribune du Grand Rassemblement 2015 de l’AFO à l’hôtel Harbour Castle, où il participait à un débat sur la place de l’Ontario dans la francophonie mondiale. «C’est un combat que nous partageons avec vous», a-t-il dit.

Hégémons

Reconnaissant que la langue anglaise est perçue aujourd’hui comme «hégémonique», M. Chapuis – qui parle aussi mandarin et mongol – rappelle que les transitions du grec au latin, puis à l’arabe et au français, avant l’anglais, montrent que «les hégémonies linguistiques ne sont pas durables». Et ce sont maintenant l’espagnol et le chinois qui montent, fait-il remarquer.

«La langue la plus cliquée sur Internet est le chinois», assure-t-il. Le français serait la quatrième sur Internet, mais serait la troisième langue des affaires dans le monde.

L’anglais reste évidemment très dynamique et, pour environ 2000 mots, circule largement dans tous les pays, produisant des mélanges comme le «chinglish» (chinois-anglais) ou chez nous et même en France divers «franglais». Mais de plus en plus, au Canada et dans un très grand nombre de pays, les administrateurs qui évaluent le cv d’un unilingue et celui d’un plurilingue – dont les autres compétences s’équivalent – choisiront le candidat plurilingue.

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La demande pour le français langue seconde reste donc forte, indique M. Chapuis, d’autant plus que le nombre de francophones continue d’augmenter. «C’est vrai que le français doit s’apprendre, mais que l’anglais s’attrape», dit-il, «mais c’est tant mieux: je ne suis pas moins français parce que je parle aussi anglais».

Économie numérique

Le français n’est donc pas en recul globalement, même s’il fait face à des défis au Canada et dans d’autres pays francophones, notamment en Afrique. Selon l’ambassadeur, «il n’y aura pas de développement économique en Afrique sans le français», et le Canada est bien placé, à cause du français, pour trouver de nouveaux partenaires économiques en Afrique (comme d’ailleurs en Europe).

Soulignant enfin que le français doit tirer son épingle du jeu dans la nouvelle économie numérique (Google, Amazon, Facebook, Apple ont tous embrassé le plurilinguisme), M. Chapuis a mentionné que la France compte beaucoup sur les cours en ligne et sur son concept «FUN» (France Université Numérique) pour améliorer une offre éducative qu’elle est prête à partager avec nos conseils scolaires et nos universités.

Au Grand Rassemblement de l’AFO, M. Chapuis a dit avoir découvert plusieurs francophonies au Canada: celles du Québec, de l’Acadie, des minorités de l’Ontario et de l’Ouest, et de l’immersion. L’un de ses rôles, croit-il, serait de «créer des ponts» entre tout ce beau monde.

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