Université franco-ontarienne: «On est prêt»

Caroline Gélineault (RÉFO), Denis Vaillancourt (AFO), Marie-Ève Chartrand (FESFO) et Geneviève Latour (RÉFO) à Queen’s Park le 10 février. (Photo: Manon Bodel)

17 février 2015 à 10h27

«On est prêt à participer à la création d’une université franco-ontarienne en offrant notre réseau de campus à travers la province», affirme le président du Collège Boréal, Pierre Riopel, en réaction à la demande officielle présentée mardi dernier à Queen’s Park par les dirigeants de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Suite aux États généraux sur le postsecondaire en Ontario français, une consultation communautaire tenue dans plusieurs régions de la province de l’automne 2013 à l’automne 2014, les trois organismes ont demandé à la première ministre Kathleen Wynne de nommer, au cours de la prochaine session parlementaire, un Conseil des gouverneurs transitoire chargé d’assurer le démarrage d’une université franco-ontarienne d’ici 2018.

Cette nouvelle institution universitaire couvrirait l’ensemble du territoire ontarien, mais devrait entreprendre ses activités dans le Sud de la province (Toronto), là où l’écart entre la population francophone et l’accès aux programmes postsecondaires en français est le plus grand.

Le Collège Boréal, dont le campus principal est à Sudbury, a des locaux au 3e étage du 1 rue Yonge à Toronto, comme dans une dizaine d’autres villes. L’autre collège communautaire franco-ontarien, La Cité, a son campus principal à Ottawa, mais a déjà offert quelques cours à Toronto, au campus bilingue Glendon de l’Université York.

Glendon, dont environ le quart des 2200 étudiants sont francophones, est plus souvent pressenti pour devenir le pôle d’une université franco-ontarienne autonome. Son nouveau principal, Donald Ipperciel, s’est engagé à développer ses programmes en français, l’autre priorité (contradictoire?) identifiée par les États généraux.

Développer (et coordonner s’il le faut) les programmes en français là où on en offre déjà, c’est aussi la position des deux autres universités bilingues: Laurentienne à Sudbury, où l’on trouve un étudiant francophone sur cinq, et l’Université d’Ottawa, où un peu moins de 30% des étudiants sont inscrits à des programmes en français.

L’automne dernier, après les États généraux, le recteur de l’Université d’Ottawa, l’ex-ministre fédéral Allan Rock, avait déclaré sans ambages que «les francophones de tout l’Ontario ont déjà leur université: c’est l’Université d’Ottawa».

Le président du Collège Boréal va plus loin en préconisant une convergence de tous les programmes postsecondaires – ceux des collèges communautaires et ceux des universités – qui pourraient déjà profiter des installations de Boréal (présumément aussi ceux de La Cité). «On n’aurait pas besoin de partir de zéro et de trouver du financement pour de nouveaux bâtiments», fait valoir M. Riopel en entrevue à L’Express.

Le nerf de la guerre

Car le financement de départ sera vraisemblablement au coeur des débats sur la nouvelle université franco-ontarienne, comme le reconnaissent l’AFO, le RÉFO et la FESFO dans le Rapport des États généraux diffusé au cours de la même conférence de presse à Queen’s Park.

La ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur, s’est dite ouverte à l’idée d’une nouvelle université franco-ontarienne, mais elle a toute de suite indiqué que l’échéancier suggéré de 2018 est trop serré, étant donné le contexte financier actuel.

C’est justement en 2018 que le gouvernement ontarien prétend ramener à zéro son déficit s’élevant cette année à 12 milliards $. Tout nouvel investissement public, dans n’importe quel domaine, est évalué dans ce contexte.

«C’est un beau projet, un projet ambitieux; comme Franco-Ontarienne je ne peux m’opposer à un tel projet», a déclaré Mme Meilleur à Radio-Canada. Mais, selon elle, il faut privilégier à court terme la bonification de l’offre des programmes en français dans les établissements (bilingues) déjà existants.

Également à Radio-Canada, une porte-parole de Glendon, Solange Belluz, a dit craindre qu’un nouvel établissement postsecondaire «gruge les ressources limitées accordées à l’éducation en français dans la province». On sait que Glendon est en mode restructuration et planche sur sa désignation sous la Loi des services en français.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario en matière d’Affaires francophones, France Gélinas, appuie le projet. La députée de Nickel Belt dit que son parti «appuie de tout cœur les efforts de l’AFO, du RÉFO et de la FESFO visant à convaincre le gouvernement de mettre en place cet important projet éducationnel».

La députée progressiste-conservatrice de Thornhill, Gila Martow, dit qu’elle peut difficilement se prononcer au nom de son parti parce que celui-ci n’a pas encore de chef depuis la défaite électorale de juin dernier et le départ de Tim Hudak. Mais, en entrevue à L’Express, la critique PC aux Affaires francophones affirme que «s’il y a une demande des francophones et si les finances publiques le permettent, on pourra certainement en discuter au caucus». En attendant, elle soutient la démarche visant à créer un comité qui examinerait la faisabilité d’un tel projet.

Gouvernance franco-ontarienne

«Depuis des décennies, les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens aspirent à avoir le contrôle complet de leur système d’éducation», plaide Denis Vaillancourt, président de l’AFO. «Après l’obtention d’écoles primaires et secondaires, de conseils scolaires autonomes et de collèges communautaires de langue française, le temps est venu pour que nous obtenions une université que nous gouvernons complètement, une université qui respirera qui nous sommes.»

De son côté, Geneviève Latour, coprésidente du RÉFO avec Caroline Gélineault, rappelle qu’on célèbre en 2015 le 400e anniversaire de la présence française en Ontario. «Nous demandons à notre gouvernement de saisir avec nous cette occasion de bâtir un établissement du XXIe siècle, constitué par et pour les francophones de l’Ontario.»

«Il est important que cette université soit un lieu de recherche, d’innovation et de rayonnement pour tous les Ontariens et Ontariennes d’expression française», renchérit Marie-Ève Chartrand, présidente de la FESFO. «Le temps d’agir est maintenant si nous voulons nous assurer que les futures générations puissent continuer à s’épanouir et à grandir en français en Ontario. Une université franco-ontarienne, ce n’est pas qu’un rêve, c’est possible et c’est nécessaire!»

Le Rapport des États généraux est un compte-rendu des discussions menées lors des consultations régionales et du sommet. Ce n’est pas un rapport d’experts étoffant la demande d’une université franco-ontarienne.

Selon l’AFO, le RÉFO et la FESFO, le mandat du Conseil des gouverneurs transitoire demandé devrait être de:

• commander une étude sur les scénarios d’implantation d’une nouvelle université de langue française qui aurait un mandat d’enseignement sur tout le territoire de la province, en priorisant l’ouverture d’un premier campus dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario;

• assurer les suivis à cette étude et mener à l’implantation du modèle préconisé, en s’assurant d’obtenir une garantie de financement des gouvernements provincial et fédéral, ainsi que du secteur privé, pour assurer le démarrage et le bon fonctionnement à long terme du nouvel établissement;

• dresser le mandat de ce nouvel établissement et proposer un projet de charte universitaire pour adoption par le gouvernement de l’Ontario;

• nommer une administration centrale chargée de la gestion de la nouvelle institution et du recrutement de la première cohorte d’étudiant.e.s en 2018-2019;

• nommer un sénat académique ayant le mandat de constituer les premiers programmes et facultés en vue de la rentrée scolaire de septembre 2018.

On propose que les membres du Conseil des gouverneurs transitoire représentent les principales régions de la province et soient nommés conjointement par le gouvernement de l’Ontario et les trois organismes partenaires des États généraux. Il s’agirait d’experts issus du monde universitaire et de l’administration postsecondaire, de même que de représentant.e.s de la communauté franco-ontarienne et d’étudiant.e.s universitaires.

Enfin, ce Conseil des gouverneurs devrait «bénéficier de fonds adéquats pour assurer l’embauche d’une équipe de direction chargée de mener ces travaux de manière indépendante pendant les trois prochaines années».

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