Une chronique qui «porte» à confusion

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Les noms composés présentent leur lot de difficultés. Doit-on les souder? Comment les accorde-t-on au pluriel? Il y aurait de la matière pour faire une très longue dissertation sur le sujet. Pourquoi? Parce que dans la langue française, les noms composés sont nombreux.

En fouillant dans quelques dictionnaires, je me suis rapidement rendu compte que les mots composés commençant par «porte» sont probablement les plus nombreux de la langue française, devançant les «contre-», les «garde-», les «non-», les «anti-» et tous les autres. Abordons donc, me dis-je, le sujet des noms composés en faisant honneur à tous les «porte-quelque-chose» de ce monde!

Les mots composés avec «porte-» présentent certaines difficultés. Il faut d’abord savoir s’il s’agit d’un mot composé dans lequel les éléments sont soudés, comme dans portefeuille, joints par un trait d’union, comme dans porte-bonheur, ou s’ils sont tout simplement séparés, comme dans porte cochère.

Une fois que l’on sait comment écrire le mot correctement au singulier, il faut aussi savoir comment se forme son pluriel. Et ça n’est pas de tout repos.

Déterminons d’abord si le mot «porte» qui est utilisé pour former le mot est un nom ou un verbe. Quand on est en présence du verbe porter, entendons-nous pour dire que cette portion du mot composé ne s’accordera jamais au pluriel. S’il est un nom, alors il prendra la marque du pluriel. Un des rares exemples de «porte-» employé comme nom est dans porte-fenêtre, qui devient portes-fenêtres au pluriel.

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Certains mots composés avec «porte» entraînent systématiquement l’emploi du pluriel pour le deuxième élément du mot. C’est le cas de porte-clés, porte-avions, porte-bagages, porte-chapeaux, porte-jarretelles ou porte-revues, entre autres. D’autres ont un deuxième élément au singulier qui restera toujours singulier. C’est le cas de porte-bonheur, porte-monnaie, porte-malheur, porte-voix, porte-parole, porte-enseigne et quelques autres.

Cinq mots seulement ont un deuxième élément au singulier qui s’accorde lorsque le mot est mis au pluriel. Ce sont: porte-chéquier, porte-coton, porte-étrier, porte-jupe et porte-paquet, qui deviennent porte-chéquiers, porte-cotons, porte-étriers, porte-jupes et porte-paquets.

Comme si tout cela n’était pas déjà assez complexe, on retrouve un autre groupe de mots composés avec «porte». Ils ont un deuxième élément au singulier qui peut ou non s’accorder au pluriel.

Ainsi, des mots comme porte-bébé, porte-couteau, porte-crayon, porte-drapeau, porte-étendard, porte-lame, porte-montre, porte-objet, porte-outil, porte-papier, porte-plume, porte-savon et porte-vent ont deux pluriels acceptés selon les dictionnaires. On pourrait écrire des porte-drapeau aussi bien que des porte-drapeaux, par exemple.
À l’opposé, il y a des mots qui ont deux singuliers acceptés et qui entraînent forcément l’accord au pluriel du deuxième élément. On a donc, au singulier, des mots comme porte-billet(s), porte-bouteille(s), porte-carte(s), porte-cigare(s), porte-cigarette(s), porte-document(s) ou porte-hauban(s). Lorsqu’on met ces mots au pluriel, le «s» devient incontournable.

Enfin, il y a quelques mots où le «s» facultatif vaut à la fois pour le singulier et le pluriel. Ce sont porte-aiguille(s), porte-balai(s) et porte-parapluie(s).

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À ces règles déjà complexes s’ajoutent quelques cas particuliers. On peut écrire, au singulier, un portemine ou un porte-mine. Au pluriel, le mot devient portemines ou porte-mine(s).

Il y a aussi le cas de porte-serviette et de porte-serviettes, qui désignent deux choses distinctes. Un porte-serviette (invariable au pluriel), désigne une pochette pour ranger une serviette de table. Quant au porte-serviettes (aussi invariable mais il garde son s), il désigne un support pour les serviettes de toilette.

Enfin, mentionnons le cas de portemanteau ou porte-manteau, qui fait portemanteaux ou porte-manteaux au pluriel.

Comme si ce n’était pas assez, voilà que les rectifications orthographiques proposent de simplifier le pluriel des noms composés, notamment ceux avec «porte-».

Selon l’orthographe rectifiée – qui n’est pas obligatoire, rappelons-le – il est établi que dans les noms composés avec trait d’union, la marque du pluriel est toujours présente sur le second élément uniquement si le mot est au pluriel, lorsque le composé est formé à l’origine soit d’une forme verbale et d’un nom, soit d’une préposition et d’un nom.

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Cela voudrait dire, par exemple, que notre «porte-bonheur», qui selon l’orthographe traditionnelle demeure «des porte-bonheur» au pluriel, deviendrait «des porte-bonheurs».

Décidément, tout cela est loin d’être simple. Surtout à une époque où se chevauchent l’orthographe traditionnelle et l’orthographe rectifiée.

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