Un enjeu en trois dimensions

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Les Canadiens voteront le 19 octobre pour conserver ou congédier Stephen Harper au poste de premier ministre. Cette décision collective – du moins celle que produira notre système électoral – repose sur notre perception de ses positions ou de ses compétences sur les plans économiques, sécuritaires et démocratiques.

Qui, de Thomas Mulcair ou de Justin Trudeau, le remplacerait, est une question secondaire: les idées du NPD et du Parti libéral diffèrent moins entre elles qu’avec celles du Parti conservateur.

Pour cette raison, il serait impensable que les Conservateurs puissent continuer de gouverner s’ils n’obtiennent pas la majorité des sièges au Parlement. Un gouvernement minoritaire sera nécessairement néo-démocrate soutenu par les Libéraux ou libéral soutenu par les Néo-Démocrates, même si les Conservateurs arrivaient premiers.

L’économi

Mulcair promet de nouveaux programmes sociaux. Trudeau mise sur de nouvelles infrastructures. Harper estime que l’appareil fédéral est assez gros comme ça.

Le NPD prétend pouvoir continuer d’équilibrer les finances publiques en taxant davantage les grosses entreprises. Ses adversaires (et la majorité des experts) avertissent que cela affectera négativement l’emploi. Il souhaite aussi diversifier notre économie trop dépendante des ressources naturelles: une vieille rengaine reprise périodiquement par tous les partis.

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Les Libéraux s’intéressent davantage aux revenus des particuliers les plus riches plutôt qu’aux profits des entreprises. Quelques «modestes» déficits (10 milliards $ par année) ne les inquiètent pas.

Mais ce n’est pas comme si Harper n’avait engrangé que des surplus depuis 10 ans: le minuscule surplus prévu pour 2015-2016 serait son tout premier. Comme les autres gouvernements occidentaux, les Conservateurs canadiens (minoritaires avant 2011) ont fonctionné à crédit pour remonter la pente après le crash de 2008: la recette keynésienne classique.

Un petit surplus n’a pas plus d’effet qu’un petit déficit (auquel cas, autant choisir le surplus!). C’est l’accumulation des déficits qui finit par étrangler les gouvernements et déstabiliser les économies. Paradoxalement, l’assainissement des finances publiques, par des gouvernements présumément conservateurs, dégage de nouvelles marges de manoeuvre pour leurs successeurs interventionnistes.

La rigueur est-elle encore de mise (Harper) ou pouvons-nous déjà nous permettre de dépenser sans compter (Mulcair/Trudeau)?

La sécurit?

La crise des réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique en Europe s’est invitée de la façon que l’on sait dans la campagne électorale canadienne. L’opposition a blâmé le gouvernement pour sa lenteur dans le traitement des demandes d’asiles des Syriens fuyant la guerre.

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Sauf que Néo-Démocrates et Libéraux prônent aussi depuis des mois le désengagement de nos soldats et de nos avions des opérations alliées contre l’État islamique en Irak et en Syrie: une contradiction de plus en plus embarrassante.

Il y a fort à parier qu’une majorité de Canadiens appuient les efforts visant à détruire l’État islamique. L’alternative, ne rien faire, est intolérable face à la brutalité inégalée de ce mouvement, même si on sait que «nous» (l’Occident, les États-Unis) sommes en grande partie responsables de son émergence.

Néo-Démocrates et Libéraux rament aussi à contre-courant dans l’affaire (mineure mais symbolique) du niqab dans les cérémonies de citoyenneté, qui soulève des questions légitimes sur l’immigration et sur ces réfugiés qu’on veut aider. Mulcair et Trudeau marchent sur des oeufs… et pas seulement au Québec, où le gouvernement libéral a adopté le principe des services publics à visage découvert.

Ces débats occultent pour l’instant les critiques contre les lois anti-terroristes redondantes et d’autres mesures du gouvernement conservateur jugées disproportionnées (C-51), contreproductives (peines plus sévères) ou anachroniques (prostitution et marijuana) pour lutter contre la criminalité.

La démocrati

Cette longue campagne électorale a bien mal commencé pour les Conservateurs en coïncidant avec le procès du sénateur Mike Duffy pour fraude et corruption de fonctionnaire (procès maintenant reporté à la fin de l’automne).

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Mulcair et Trudeau se préparaient, de toute façon, à énumérer toute une liste d’entorses à la démocratie dont se sont rendus coupables le gouvernement et le parti de Stephen Harper, la vraie mesure de l’usure du pouvoir.

Le déficit démocratique de Harper comprend sa réticence à discuter avec les premiers ministres provinciaux, qui empêche d’abolir le Sénat ou de régler des problèmes des Premières Nations ou du Québec, sa négligence du bilinguisme officiel, sa vénération ridicule de la monarchie britannique, et son peu d’intérêt envers une modernisation de notre mode de scrutin.

D’aucuns ajouteront sous cette rubrique l’appauvrissement du recensement, les difficultés d’accès aux données officielles, la lenteur du système judiciaire, la limitation des libertés de mouvement et d’expression et le confinement du rôle des députés à celui de plantes vertes (mais Harper n’est pas le seul à blâmer pour ça).

Certains, encore, élèvent la protection de l’environnement au rang d’enjeu démocratique plutôt qu’économique… C’est d’ailleurs l’unique plateforme du Parti vert.

Tous ces débats n’ont pas la même importance pour chacun de nous. C’est plus pratique quand un seul facteur motive notre vote, mais c’est rarement le cas.

* * *
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