Trois candidatures franco-torontoises

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Plusieurs candidats torontois aux élections fédérales du 19 octobre sont francophones ou francophiles. L’Express en a interviewé trois sur les enjeux francophones et sur leur campagne locale:

le député conservateur d’Etobicoke-Lakeshore Bernard Trottier, qui avait battu le chef libéral Michael Ignatieff en 2011;

la candidate libérale Julie Dabrusin dans Toronto-Danforth, circonscription détenue actuellement par le néo-démocrate Craig Scott et avant lui par… Jack Layton;

la candidate néo-démocrate Tanya De Mello dans Etobicoke-Centre, où se représentent le conservateur élu en 2011 et le libéral élu les deux fois avant.

Bernard Trottier

«C’est serré entre les trois partis dans Etobicoke-Lakeshore», selon le député conservateur Bernard Trottier, qui ne prend rien pour acquis, arrive tôt à son quartier général de campagne, fait du porte-à-porte une grande partie de la journée et participe aux débats locaux.

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Selon lui, les priorités de ses électeurs sont «l’économie, les impôts et le rôle du Canada dans le monde».

Il y a dans son secteur des quartiers riches et d’autres plus pauvres. La moitié de la population de son comté vient de l’extérieur du Canada, notamment d’Ukraine et de Serbie. «Sur les réfugiés, par exemple, ils appuient la politique équilibrée du gouvernement, de même que l’engagement militaire contre l’État islamique en Irak et en Syrie.»

Secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères et de la Francophonie, Bernard Trottier est notamment membre du comité parlementaire sur les Langues officielles. Franco-Albertain venu étudier l’administration des affaires en Ontario dans les années 1990, il affirme bien connaître les problématiques de la francophonie minoritaire. On le croise souvent à diverses activités franco-torontoises.

Il ne dévie toutefois pas de la ligne de son parti sur le bilinguisme obligatoire des juges de la Cour suprême, réclamé par les autres partis et par les lobbies politiques francophones. «Le seul critère doit être le mérite», dit-il, «ajouter d’autres critères limiterait nos choix.»

Tout récemment, il a été critiqué dans les médias et les réseaux sociaux pour avoir dit à TFO que la plupart des grands enjeux francophones étaient réglés.

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Évoquant sa jeunesse à St-Paul, dans le nord de l’Alberta, et celle de son père Franco-Manitobain, il répète en entrevue à L’Express que «les droits les plus importants à un système d’éducation et à des services publics en langue française sont maintenant acquis».

«Bien sûr qu’il reste toujours des choses à améliorer et des dossiers à régler, mais on doit reconnaître qu’on a fait beaucoup de chemin en tant que francophone dans tout le Canada.»

Bernard Trottier est personnellement pour l’abolition de ce Sénat qui a occasionné tant de maux de tête aux Conservateurs à cause de l’affaire Duffy, mais il affirme que c’est impossible sans le consentement des provinces, qui seraient divisées sur la question. «C’est donc un projet à long terme.» On pourrait tout de même en discuter? Sauf que son chef Stephen Harper semble allergique aux conférences fédérales-provinciales.

«Les conférences fédérales-provinciales sont plus souvent une opportunité pour les provinces de réclamer plus d’argent», estime M. Trottier, qui préfère les rencontres actuelles au niveau des ministres et les partenariats fédéraux-provinciaux-municipaux pour le financement des grandes infrastructures. «Ça prend de l’imputabilité», dit-il, «on ne peut pas juste envoyer de l’argent sans conditions ni vérification.»

Ces enjeux – comme celui du niqab – semblent toutefois très éloignés des préoccupations des électeurs de sa circonscription. «C’est vraiment une élection sur l’économie», dit-il.

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Julie Dabrusin

Julie Dabrusin est née à Montréal et y a vécu 23 ans. Un léger accent trahit une culture surtout anglophone, et elle connaît peu les institutions et les activités de la francophonie torontoise, mais elle se dit en faveur du bilinguisme officiel «partout, le plus possible».

Julie Dabrusin habite depuis 1998 dans Toronto-Danforth, où elle s’implique beaucoup au niveau communautaire, notamment pour protéger les parcs et sauver des piscines publiques. Elle est avocate mais, confie-t-elle à L’Express, «j’ai passé les quatre dernières années à la maison à m’occuper de mes jeunes enfants».

Libérale depuis toujours, elle estime que sa campagne pour déloger le NPD de cette circonscription va relativement bien. «Je rencontre des gens chaleureux dont les priorités coïncident avec celles de mon parti.»

Elle se distinguerait du candidat néo-démocrate justement par son implication dans la communauté, mais aussi par ses «idées plus progressistes sur les allocations familiales». Le Parti libéral de Justin Trudeau propose en effet de les moduler selon les revenus, tandis que le NPD veut préserver leur universalité.

Elle n’a que faire, personnellement, de considérations stratégiques en vertu desquelles il faudrait voter pour X pour obtenir le résultat Y: «les gens devraient choisir le gouvernement qu’ils veulent».

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Aux velléités de bannir le niqab des cérémonies de citoyenneté, une «distraction», elle oppose «la tradition canadienne et libérale d’inclusion des minorités et d’ouverture à la diversité, y compris la diversité religieuse».

Elle aussi ne rencontre pas cette question aux portes, où c’est l’économie et la santé qui préoccupent les électeurs.

Julie Dabrusin estime en outre que «les villes ont besoin d’un partenaire fédéral fiable» pour les grands travaux d’infrastructures et les programmes sociaux, ce qui ne serait pas le cas à l’heure actuelle.

Tanya De Mello

Pour une francophile (qui a passé son enfance à Montréal et étudié en immersion française à Toronto, son père tanzanien et sa mère indienne parlant anglais à la maison), Tanya De Mello parle un français dont la fluidité vient d’une exubérance contagieuse.

L’énergique candidate néo-démocrate dans Etobicoke-Centre, où le NPD termine traditionnellement troisième, croit que «cette fois-ci, il se passe quelque chose»… Elle affronte deux ex-députés «qui n’ont rien fait», accuse-t-elle.

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Tanya De Mello connaît quelques-unes des institutions francophones de Toronto et participe quelques fois, «trop rarement», aux Franco-Fêtes et autres activités de la communauté. Elle affirme écouter et aimer CHOQ-FM…

Juges bilingues à la Cour suprême? «Oui, sans hésitation!» Protéger Radio-Canada? «Oui!» Ottawa bilingue? «Oui, oui!»

Dans un texte qu’elle a fait parvenir à L’Express avant qu’on la contacte, elle indique que «la culture francophone au Canada est complexe et diverse, et sa promotion et sa protection impliquent des droits et libertés fondamentaux qui sont au cœur même de notre identité».

«Voilà pourquoi je crois qu’il est important que nos représentants parlent les deux langues officielles, et ce, non seulement en reconnaissance du Québec et de son importance au sein du Canada, mais aussi en reconnaissance de, et par respect pour, les communautés francophones d’un océan à l’autre.»

Elle avoue que c’est la «joie de vivre» des francophones qui l’a toujours attirée et qui a entretenu chez elle son intérêt pour la francophonie. Elle a d’ailleurs aussi appris l’espagnol «parce que j’avais un chum espagnol»!

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Tanya De Mello est présentement spécialiste des questions liées à la diversité et à l’équité à l’Université de Toronto. Formée en économie et en droit, elle a notamment travaillé pour les Nations Unies auprès de réfugiés. À Toronto, elle s’est impliquée dans des organismes d’aide aux jeunes.

C’est le profil typique d’une militante de l’aile gauche du NPD, mais elle affirme être très fière de son chef Thomas Mulcair et en parfait accord avec le recentrage qu’il a imprimé au parti.

Elle fait d’ailleurs valoir qu’elle a reçu des appuis de tous les milieux et de gens associés à tous les partis, et affirme qu’elle est là pour régler des problèmes concrets.

C’est d’ailleurs pourquoi elle se dit très «frustrée» de l’irruption du niqab dans la campagne électorale, qui ne trouverait aucun retentissement dans son comté: «les préoccupations sont l’économie et les retraites». Elle-même se dit catholique mais «refuse de limiter les libertés religieuses des autres».

Elle estime en outre que «les Libéraux ont l’habitude de faire des promesses à gauche et de gouverner à droite».

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Tanya De Mello reconnaît cependant que les deux partis actuellement dans l’opposition travailleront sans doute ensemble plutôt qu’avec le gouvernement Harper dans l’éventualité où aucun parti ne décrocherait une majorité de sièges le 19 octobre.

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