Tailleur de premiers ministres et de soldats

Fermeture de Walter Beauchamp Tailor

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Après 106 ans d’existence, la boutique de vêtements pour hommes Walter Beauchamp Tailor, rue Wellington à l’ouest de University, fermera ses portes pour de bon. À la fin du mois, l’établissement qui détenait le secret de l’élégance masculine ne sera qu’un simple souvenir inscrit dans un chapitre de l’histoire torontoise.

«C’est dans l’air du temps. Les vêtements sur mesure sont de moins en moins populaires. Les hommes sont plus enclins à acheter du prêt-à-porter à bon prix», explique Terry Beauchamp, le propriétaire de la boutique et petit-fils du fondateur.

C’est en 1908 que son grand-père, Walter Beauchamp (prononcé «Bi-chan») ouvrit les portes de sa première boutique sur la rue King. Sa devise est claire: vendre des habits uniques et de qualité.

De fil en aiguille, sa réputation s’est bâtie et la clientèle a suivi. Une clientèle allant d’hommes politiques à musiciens que M. Beauchamp tient à garder confidentielle.

Mais parmi les clients connus, on compte l’ancien premier ministre du Canada Joe Clark, le colonel américain Harland Davis Sanders, fondateur et effigie de la chaîne de restaurants rapides KFC, la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes.

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Archives historiques

Les photographies plaquées sur les murs révèlent les accomplissements familiaux de trois générations.

À l’arrière-boutique, dans l’atelier, des uniformes d’anciens combattants de la première et seconde guerre mondiale témoignent d’une union commerciale avec les Forces qui a eu le vent dans les voiles durant un centenaire.

Qu’adviendra-t-il de ces tenues militaires? Quelques-uns retourneront auprès des familles des anciens combattants qui se sont empressées de faire restaurer leur antiquité militaire chez «LE» spécialiste.

Puis, des tailleurs pour hommes et pour femmes sont suspendus en attendant la touche finale. Ce sont les dernières confections. Un cadeau que s’offrent les clients fidèles, certains depuis plus de trente ans, qui veulent un dernier costume avec l’étiquette signée Walter Beauchamp, synonyme de qualité et de satisfaction à vie!

«Nous sommes débordés. Les commandes ne cessent de rentrer», confie M. Beauchamp en balayant des yeux le rack de vêtements plein. Mais les commandes au cours des dernières années n’ont pas été suffisantes pour sauver l’entreprise familiale en difficulté.

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Vêtements qui durent

«La production artisanale est de plus en plus rare, et ça, quel que soit le domaine», se désole-t-il. «Le marché du vêtement actuel valorise les ouvriers. Il faut un ouvrier pour confectionner une manche, un autre pour le collet et un troisième pour les boutons et j’en passe», enchaîne-t-il.

«Trouvez-moi un vêtement que vous achetez dans un magasin de grande surface qui survivra au moins 30 ans!»

Pas la peine de répondre. La mode chic bon marché n’est pas faite pour durer une éternité. Bien au contraire, l’objectif est de suivre les tendances mode à petit prix.

Le comportement des consommateurs a été le sujet de plusieurs études tant aux pays qu’à l’étranger. Les conclusions sont similaires: depuis la mondialisation les habitudes des consommateurs ont changé. Plus le revenu augmente plus le consommateur veut consommer.

Selon le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec, «le vingtième siècle a été ponctué par quatre grandes innovations: le magasin à rayons, le supermarché, le magasin à escompte et, plus récemment, la grande surface. À travers tous ces changements, il demeure un seul véritable dénominateur commun: la recherche de l’efficience opérationnelle afin d’offrir aux consommateurs, eux-mêmes en constante adaptation, le meilleur choix au meilleur prix».

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Rude concurrence

Meilleur choix au meilleur prix, voilà où les indépendants locaux font échec. «Les acheteurs veulent le meilleur prix, mais pour un artisan c’est difficile d’offrir ceux d’un magasin à rayons ou à escompte», rétorque Terry Beauchamp.

Et que dire du dur coup des détaillants de mode offrant des vêtements et accessoires haut de gamme à des prix plus bas et plus attrayants? Des détaillants comme Joe Fresh, H&M et Zara ont instauré avec succès cette formule et se démarquent grâce à celle-ci.

Les commerces indépendants et familiaux ne peuvent suivre cette tendance et disparaissent.

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