Saïgon sur trois générations

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C’était un homme petit, rêveur, les yeux souvent tournés vers ailleurs. Il mangeait du riz. À tous les repas. Dans des coupelles de porcelaine bleue à grains de riz. Parfois avec ses baguettes, par habitude, quand ma grand-mère laissait faire.

Mon grand-père a vécu jusqu’à l’âge adulte en Indochine. Il y est resté d’âme et de coeur, même si c’est en Occident qu’il a vécu. Et c’est de son pays, de sa ville, Dalat, qu’il ma parlé et dont il m’a charmé toute mon enfance et ma jeunesse.

Aujourd’hui, pour la première fois, je pose le pied sur cette terre qu’il n’a jamais véritablement quittée et que je connais par ces récits.

Le Viet Nam d’antan

À l’époque, le pays s’appelait Indochine. La musique que véhiculait ce nom pour moi s’accompagnait des images que me livrait mon grand-père et que je retrouverai plus tard dans le film éponyme de Régis Wargnier: lumière unique, temps qui s’étire, toilettes élégantes, femmes au discret sourire et portant chapeau conique traditionnel vietnamien, la Baie d’Ha Long et ses bateaux à voiles rouges.

Des clichés, sans doute. Mais aussi des souvenirs d’enfance à écouter mon grand-père parler de son pays, de son enfance.

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Lorsqu’il évoquait le Viet Nam, mon grand-père me parlait parfois de Saïgon, de l’opéra et du port, des marchés, surtout de Dalat et de la campagne. Il m’apprenait le «printemps éternel» qui y régnait, sorte de micro climat ensoleillé et douce température constante.

Il me racontait les couleuvres de son jardin qui venaient et se dressaient devant lui pour qu’il leur caresse la tête, son singe qui volait le sucre dans la cuisine, sa liberté à jouer dehors, les fleurs de toutes les tailles et les couleurs, les fruits qui, ailleurs, n’auront plus jamais la même saveur, son école.

J’ai grandi avec un rêve de l’Asie, des senteurs de terre humide et de sourires de personnes bienveillantes. Je n’ai pas retrouvé cela dans Chinatown, ni dans les restaurants vietnamiens où m’emmenaient mes grands-parents.

Des années plus tard, à la retraite, mon grand-père est retourné dans son pays. À Dalat aussi. Il en est revenu attristé. Il n’y a pas retrouvé les images et la vie de sa jeunesse. Même son école lui a semblé «si petite».
J’étais une toute jeune adolescente. Mon grand-père est parti et je ne suis jamais allée avec lui dans son pays. Mais je me suis dit qu’un jour j’irai.

L’Indochine d’aujourd’hui

Aujourd’hui, sur un trottoir de Saïgon (personne là-bas ne dit Ho Chi Min), je m’apprête à tenter l’impossible: traverser la route pour me rendre de l’autre côté, près du port.

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Mais comme partout en ville, cela relève du suicide. La circulation est dense et anarchique, partagée entre bus, voitures et motos qui créent des triples ou quadruples voies là où il n’y en a que deux. Elle ne connaît aucune loi et déborde même sur les trottoirs.

Exit la langueur gracieuse des récits de mon grand-père. Dans cette jungle urbaine hérissée de tours en verre et saturée d’autoroute, le charme cède la place à la fièvre des grandes villes.

Saïgon fonctionne à cent à l’heure. Les gens courent, s’exclament, haranguent et klaxonnent comme ils respirent…Frénétiquement.

Là où, pendant la guerre encore, journalistes et militaires se retrouvaient pour un débriefing autour d’un thé au salon-terrasse du célèbre Rex Hotel, on y avale aujourd’hui rapidement un café, le téléphone portable collé à l’oreille, vue sur le métro en construction.

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Deux générations après celle de mon grand-père, le port d’Ho Chi Min s’est transformé en une plate-forme de circulation maritime. La circulation fluviale est presque aussi dense que sur terre.

Difficile de communiquer

Ici, on apprend à aller vite, à être efficace. Attention à ne pas se perdre dans l’immense marché de Cholon, aucune annonce dans une langue autre que le Vietnamien ne sera faite pour vous retrouver, et il vous sera difficile de communiquer en français et de maîtriser la calligraphie locale.

Ici, on apprend avant tout à s’adapter au rythme, et, sinon à le devancer, à suivre le flot.

Je regarde les chapeaux coniques, les tas d’épices sur le marché et je n’arrive pas à y attacher le rythme dément de la ville…

À la Poste Centrale (conçue par Eiffel), une discussion avec un écrivain public de 82 ans, amoureux de la langue française, m’émeut. Il reste donc des poètes dans cette société informatisée à l’outrance.

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L’opéra sera une autre incursion culturelle dans cette ville étonnante et violemment contrastée, que je ne pourrai pas partager avec le père de ma mère.

Le Mékong

J’ai retrouvé les paysages de mon grand-père sur les rives du Mékong. En glissant sur l’eau dans un sampan au milieu des arroyos près de Thoi Son où la douceur de la lumière, le sourire des femmes et le rire des enfants m’ont accompagnée tout au long du chemin.

Peut-être même que les glissements furtifs au pied des arbres m’ont rapprochée des couleuvres apprivoisées du jardin de Dalat. À Sa Dec, les parfums et les couleurs du «Jardin de Cochinchine» sont identiques à ceux de mon imaginaire.

Un air d’antan plane sur cette petite ville du delta, que vient renforcer la visite de l’ancienne demeure de Huyn Thuy, amant de la romancière française Marguerite Duras.

Rêveuse devant le spectacle de marionnettes sur l’eau du Musée de l’Histoire du Vietnam, je pense à Dalat où je n’irai pas (cette fois-ci), à cette Indochine si différente de celle qui m’était contée. Si différente probablement de ce que sera la vôtre dans quelques années.

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CroisiVoyages by CroisiEurope organise des visites guidées de Saïgon, des excursions à l’intérieur du Viet Nam en extension d’une croisière sur le Mékong du Viet Nam au Cambodge.
Le Rex Hotel
L’Hôtel Majestic

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