Reflet Salvéo: ratés dans l’embauche d’une directrice générale

Zizanie au conseil d’administration

Reflet Salvéo
Gilles Marchildon, directeur général jusqu'à l'été 2019 (aujourd'hui directeur du campus torontois du Collège Boréal), et Solange Belluz, présidente du conseil d'administration de Reflet Salvéo depuis deux ans (vice-présidente avant ça).
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La zizanie règne depuis un moment au sein du conseil d’administration de Reflet Salvéo, l’entité de planification des soins de santé en français pour Toronto et sa banlieue nord-ouest, causant récemment des ratés dans l’embauche d’une directrice générale.

Au moins trois membres (sur huit) – dont le vice-président Justin Davoh qui vient de démissionner ce jeudi 2 avril – critiquent vertement l’attitude de la présidente Solange Belluz, qui a interrompu le processus de recrutement d’une directrice générale alors que la candidate qui se considérait comme retenue avait déjà annoncé son départ à son employeur.

Francophonie clôturée malgré la grève à Glendon
Solange Belluz est coach à The John Maxwell Team Français. Elle a été cadre au campus Glendon de l’Université York.

Dans un échange de courriels dont L’Express a obtenu copie, une offre formelle lui a été faite, mais la discussion se poursuivait sur le salaire.

«Clairement la meilleure candidate»

Au bout d’un processus d’examen de 10 candidatures, analysées par une consultante en ressources humaines, 4 personnes ont été invitées à une entrevue et l’une d’elles se serait «clairement démarquée».

Au point où une offre lui a été présentée, comprenant un salaire, 95 000 $, et une date de commencement, le 6 avril. La candidate a accepté… conditionnellement à une majoration à 110 000 $.

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L’offre d’emploi initiale mentionnait une fourchette de 95 000 $ à 105 000 $, bien que des documents internes plafonnent le salaire du poste à 100 000 $. Les DG des cinq autres «entités» francophones régionales de santé font plutôt entre 90 000 $ et 95 000 $, mais le coût de la vie est plus élevé à Toronto.

Un membre du comité exécutif a proposé 102 000 $. Entre temps, avec la pandémie de CoViD-19 et le contrat de la directrice intérimaire Lise Marie Baudry qui prenait fin le 31 mars, on a plutôt choisi de prolonger ce contrat et de continuer le processus de recrutement.

Des administrateurs nous disent que ces décisions ont été entérinées par la majorité, d’autres qu’elles ont été prises «unilatéralement» par la présidente.

«Grave indiscrétion»

D’aucuns font cependant remarquer qu’embaucher une nouvelle directrice en pleine pandémie, alors qu’il lui faudrait rencontrer les administrateurs, le personnel et les partenaires, ne serait pas réaliste.

Solange Belluz refuse de divulguer les détails du processus d’embauche, ni même de confirmer s’il aboutira bientôt ou au contraire si on devra tout recommencer. Elle considère comme «une grave indiscrétion» le coulage de documents et de délibérations du CA au journal.

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«Ça montre que certains membres du CA sont incompétents» et ont grand besoin de la formation en gestion d’organisme communautaire qui était prévue cette année, dit-elle.

Les promoteurs de l’embauche immédiate de la candidate qui se serait illustrée en entrevue – qui est également le premier choix de la consultante – reconnaissent qu’elle a peut-être été «maladroite» en annonçant son départ à son employeur avant d’avoir formellement signé avec Reflet Salvéo. Mais «rendu là, quand on propose un salaire et une date de commencement, c’est un engagement ferme», croient-ils.

Au moins un membre du CA, cependant, estime que c’est «un manque de jugement» qui la disqualifie du poste!

Personnalité «contrôlante»

Les dissidents dénoncent une attitude «contrôlante», voire «dictatoriale», de Solange Belluz. «Dans une réunion de 2 heures, elle parle pendant 1h45», indique une source, qui dit n’avoir «jamais vu ça ailleurs: gros déficit de gouvernance».

En entrevue à L’Express (longue, en effet), Solange Belluz «assume»: «oui, c’est vrai, je m’affirme et je suis déterminée»…

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Ses amis disent «rigoureuse». D’autres la décrivent comme «chaotique», «difficile à suivre».

On l’accuse ici de mettre en danger l’intégrité financière de Reflet Salvéo (dont presque tout le budget annuel de 610 000 $ vient du ministère de la Santé, via les RLISS) parce que la candidate choisie, puis rejetée, pourrait poursuivre l’organisme en justice.

La présidente et d’autres membres du CA qui la soutiennent considèrent toutefois que le contenu des courriels échangés avec la candidate donne raison à l’organisme.

La bisbille à Reflet Salvéo ne semble pas être une affaire de racisme ou de discrimination sur l’origine ethno-culturelle. On trouve des deux côtés des Noirs et des Blancs, des Européens et des Canadiens-Français.

«C’est vraiment un conflit de personnalités et de styles de gouvernance», nous dit-on. Lise Marie Baudry ne fait pas l’unanimité elle non plus.

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Toujours utile?

Ce conflit se produit au moment où Reflet Salvéo devrait être en train de mobiliser la communauté pour que les services en français soient maintenus dans le traitement de la pandémie de coronavirus, ont mentionné des dissidents à L’Express.

Solange Belluz reprend cet argument à son compte en demandant une meilleure cohésion face à la crise sanitaire: «Ce n’est vraiment pas le moment de nous diviser entre francophones dans le secteur de la santé!»

Le gouvernement de l’Ontario a l’intention de réformer le système de santé (une fois l’urgence sanitaire passée) en remplaçant les 14 RLISS (réseaux locaux d’intégration des services) par une super-agence provinciale et une cinquantaine d’«équipes» de santé, dont des équipes francophones.

Cela amène plusieurs intervenants à se demander si les 6 «entités» comme Reflet Salvéo auront encore leur raison d’être dans le nouveau système.

Le territoire de Reflet Salvéo.

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