Racines de l’empathie veut changer le monde «classe par classe»

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Publié 02/12/2008 par Annik Chalifour

Racines de l’empathie est devenu un organisme de charité en 2000. Il est opérationnel en français depuis 2003. Ses programmes visent à réduire le niveau d’agressivité et de violence chez les élèves à l’élémentaire. Rozanne Lépine, adjointe à la coordonnatrice des programmes pour les écoles francophones de l’Ontario rencontrée par L’Express, en explique les fondements.

Les enfants d’aujourd’hui sont souvent confrontés à la violence et à l’agressivité, que ce soit à travers les nouvelles, les émissions télévisées ou les jeux vidéo. Cependant, les matières scolaires laissent peu de place pour promouvoir l’apprentissage affectif.

Racines de l’empathie vise à enrichir le programme scolaire en aidant les élèves à développer leur compétence à l’affectif, tout en arrimant les activités de son programme et les curriculums du ministère de l’Éducation.

Rozanne Lépine explique: «Racines de l’empathie aide les élèves de la 1re à la 8e à développer leur capacité affective par l’entremise de visites dans la classe d’un nourrisson (de deux à quatre mois) accompagné de son parent. Nous visons à favoriser la compréhension des sentiments chez les jeunes par une série d’activités interactives en classe avec le nourrisson et son parent.»

«En encourageant les compétences sociales et affectives chez les enfants, on les aide aussi à améliorer leurs résultats scolaires», dit-elle.

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Le programme Racines de l’empathie place le nourrisson au cœur de l’apprentissage affectif des élèves.

Au total 27 visites sont organisées en classe tout le long de l’année scolaire, dont neuf incluant le bébé et son parent. Les visites sont dirigées par une instructrice, par exemple une intervenante scolaire ou un parent bénévole, formée par Racines de l’empathie. «Chacune des visites de la famille permet d’aborder un thème ayant trait au développement du nourrisson, par exemple, les pleurs, le sommeil, le langage», explique Rozanne Lépine.

Plus l’année avance, plus les jeunes s’attachent au bébé. Mois après mois, ils interagissent avec lui, sont sensibilisés à ses besoins et sont témoins de sa croissance. Ils échangent et discutent en classe à propos de leurs interactions avec le poupon.

Selon Racines de l’empathie, les jeunes apprennent ainsi un «vocabulaire de l’émotion» qui leur permet d’acquérir de l’empathie, de faire des liens avec leurs propres émotions ainsi qu’à reconnaître ces mêmes émotions chez les autres. Ils apprennent à gérer leur agressivité, réduire des attitudes de violence, par le fait de mieux comprendre le développement humain.

Lors d’une visite type dans la classe, le bébé, le parent et l’instructrice s’installent sur une couverture spéciale étendue sur le sol du local. Les élèves assis en cercle autour du bébé et guidés par l’instructrice, l’observent, posent des questions et commentent le comportement du nourrisson. Ils parlent du tempérament du bébé et de ses réactions en général. Ils peuvent aussi observer l’attachement entre le bébé et son parent, un modèle vivant du bon exercice du rôle parental.

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«Le programme fait des liens avec les programmes d’étude du niveau d’enseignement auquel il est offert. Par exemple, aidés de l’instructrice, les élèves peuvent utiliser leurs compétences en mathématiques pour mesurer et peser le bébé, écrire des poèmes, créer des chansons, lire des histoires sur différentes émotions par exemple la peur, la tristesse, la colère, qui leur permettront d’enrichir leur vocabulaire de l’affectif», précise Mme Lépine.

Mary Gordon est la fondatrice et présidente de Racines de l’empathie. Elle est reconnue internationalement en tant qu’éducatrice, auteure et spécialiste du rôle parental. En 1996, elle a créé Racines de l’empathie en Australie et Nouvelle Zélande, qui existe maintenant à l’échelle du Canada depuis huit ans. Son livre Roots of empathy: Changing the World Child by Child (2005) a été un succès de librairie et a figuré au palmarès des 100 livres les plus importants de l’année du Globe and Mail.

«En Ontario, nous travaillons en collaboration avec les Conseils scolaires et leurs partenaires. Nous ciblons leur personnel ou bénévoles comme instructrices. Par exemple une enseignante, orthophoniste, travailleuse sociale, aide éducatrice, un parent», mentionne Rozanne Lépine.

«Les défis du programme sont constants. Établir le programme dans les salles de classe. Anticiper les demandes, identifier les instructrices, trouver un bébé de deux à quatre mois accompagné de son parent», dit-elle.

«Idéalement Racines de l’empathie souhaite coordonner le programme avec une personne clé désignée dans chacun des Conseils scolaires, qui soit également chargée d’assurer la visibilité du programme dans la communauté d’école», conclut Mme Lépine.

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Au cours de l’année scolaire actuelle, 33 instructrices francophones offrent le programme dans diverses écoles auprès de neuf Conseils scolaires à travers la province, dont le CSDCCS et le CSDCSO.

En 2000, l’Université de Colombie Britannique a entrepris des recherches sur l’efficacité du programme Racines de l’empathie. Le rapport de ces recherches indique, entre autres, que dans les classes Racines de l’empathie, la majorité des élèves ont présenté une diminution d’agressivité proactive.

Lucy Di Carlo est coordonnatrice provinciale du programme Racines de l’empathie en Ontario.

Info: www.rootsofempathy.org

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

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