Qui tient à «l’intégrité territoriale» de l’Ukraine?

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Les députés ontariens ont voté la semaine dernière pour hisser le drapeau ukrainien à Queen’s Park, en solidarité avec le nouveau gouvernement de ce pays dans le conflit qui l’oppose à la Russie.

Le mois dernier, c’est le drapeau arc-en-ciel qui a flotté sur l’Hôtel de Ville de Toronto pendant les Jeux olympiques de Sotchi, en signe d’appui à la liberté d’expression bafouée des homosexuels en Russie.

Ces gestes symboliques, qui n’ont pas volé une heure de sommeil à Vladimir Poutine, représentent malheureusement la quasi-totalité de l’influence canadienne, voire occidentale, face à ce qui se passe présentement en Russie et en Ukraine.

Barack Obama, Stephen Harper et d’autres leaders du monde libre ont notamment exprimé leurs préoccupations pour «l’intégrité territoriale» de l’Ukraine, violée par les manoeuvres de l’armée et de la marine russes depuis deux semaines.

Ça prend du front tout le tour de la tête, considérant la riche histoire des interventions américaines en Amérique latine et au Moyen-Orient, l’occupation de l’Irlande du Nord par la Grande-Bretagne, et les menaces canadiennes-anglaises de partition du territoire québécois en cas de vote pour la souveraineté.

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Ces actions sont motivées par les mêmes raisons officielles invoquées par la Russie en Ukraine: la protection d’alliés locaux persécutés et la défense d’intérêts géostratégiques supérieurs. Poutine se souvient surtout qu’en 2008, l’OTAN a appuyé la séparation du Kosovo de la Serbie.

L’acceptation de ces exceptions, de même que les revendications nationalistes de minorités dans de nombreux pays, ont beaucoup dévalué le principe de l’intégrité territoriale. L’heure n’est-elle pas plutôt à la mondialisation, l’élimination des frontières?

Suite au renversement du président russophile Victor Yanukovich par le Parlement ukrainien le 22 février, après des semaines d’émeutes sanglantes déclenchées par le rejet d’un projet de rapprochement avec l’Europe, l’Ukraine fait face à une résurgence du séparatisme dans ses provinces de l’Est.

Dans la péninsule de Crimée, où mouille la flotte russe de la mer Noire (depuis toujours), de nouveaux dirigeants, appuyés par des milices locales augmentées de soldats russes sans insignes, ont chassé les représentants de Kiev et veulent organiser un référendum dès le 16 mars sur le rattachement à la Russie.

Près de 60% de la population de la Crimée, qui n’appartient à l’Ukraine que depuis 1954 suite à une réorganisation de l’Union soviétique, serait russophone, contre 30% d’Ukrainiens et plus de 10% de Tartares (musulmans) hostiles à Moscou.

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«La souveraineté territoriale de l’Ukraine doit être respectée, et la population ukrainienne doit être en mesure de déterminer librement son propre avenir», a résumé le bureau du premier ministre Harper la semaine dernière, pendant laquelle il ne s’est pratiquement pas passé une journée sans qu’on rappelle un ambassadeur ou qu’on annule une activité impliquant la Russie.

Le sommet du G8, qui devait se tenir à Sotchi, aura lieu ailleurs, sans Poutine, un autre geste dérisoire. Il n’y aura pas d’intervention militaire occidentale pour sauver l’Ukraine.

Contrairement à quelques autres anciens satellites européens de l’URSS, l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, l’alliance militaire occidentale. Elle ne le serait un jour que si une Russie réellement démocratique rejoignait elle aussi l’Union européenne et l’OTAN. C’était d’ailleurs pour orienter la Russie dans cette direction qu’on l’avait admise au G8.

À moyen terme, l’isolement économique de la Russie pourrait faire mal, privant le Kremlin de revenus nécessaires au bon fonctionnement de l’appareil militaire et policier dont il a besoin pour intimider ses voisins et contrôler sa propre population.

Malheureusement, de telles prédictions sont risquées: c’est ce qu’on a attendu du régime soviétique pendant plus d’un demi-siècle de Guerre froide. Finalement, ce ne sont pas les pires privations qui ont neutralisé le communisme, mais au contraire la détente et l’ouverture vers l’Ouest.

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