Que lit Justin Trudeau?

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Publié 01/12/2015 par François Bergeron

Le milieu culturel, comme d’autres segments de la population, a poussé un soupir de soulagement à la suite de la récente élection des Libéraux, considérés comme mieux disposés que les Conservateurs envers la création artistique et ses diffuseurs.

On se souviendra que l’écrivain Yann Martel (L’histoire de Pi), scandalisé par ce qu’il estimait être le peu d’intérêt de Stephen Harper pour la littérature canadienne, lui envoyait périodiquement en «cadeau» un roman canadien, un geste évidemment plus politique que pédagogique.

Mais aujourd’hui, même si la lune de miel est encore loin d’être terminée pour le nouveau régime (on s’en reparlera après le budget du printemps), il n’est pas trop tôt pour se demander ce que lit et ce que consomme Justin Trudeau, intellectuellement ou culturellement parlant.

On ne s’est pas posé cette question avant le 19 octobre parce que la réponse importait peu à la majorité des Canadiens qui avaient hâte de renverser les Conservateurs.

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Premièrement, Justin Trudeau lit-il? Est-ce une habitude et un plaisir chez lui? Préfère-t-il la télé et le cinéma? Ou s’informe-t-il davantage en discutant avec les gens? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse ici: l’important est qu’il reste informé.

On sait que Stephen Harper lisait: des journaux, des essais, des rapports, des documents techniques, sûrement moins de romans et de poésie. Il consultait aussi pas mal de monde, mais il le faisait relativement discrètement.

Notre nouveau premier ministre extroverti, qui a apparemment entretenu un impressionnant réseau d’amis, d’alliés et de contacts, ne semble pas, de prime abord, posséder la rare combinaison d’intellect et de charisme de son père. Juste le charisme…

Mais il semble aussi – encore une fois c’est une première impression – avoir la modestie et la sagesse de s’entourer de conseillers compétents et d’experts chevronnés, qui auront probablement la bonne idée de lui présenter leurs projets de vive voix plutôt que par écrit.

On s’attend à ce que Trudeau, une fois les grandes orientations décidées, laisse une bonne marge de manoeuvre à ses ministres et à ses conseillers, se vouant à son rôle de conciliateur fédéral-provincial et des Canadiens en général, qu’il consultera régulièrement.

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Ce faisant, s’intéressera-t-il à tous les Canadiens ou seulement à ses admirateurs? Voilà la question.

On a beaucoup reproché à Stephen Harper de ne conforter que sa «base», par calcul électoraliste, de ne pas se donner la peine de chercher de nouveaux appuis, chez les francophones ou chez les jeunes par exemple, de fuir les débats sur ses politiques au lieu de monter au front pour, peut-être, parfois, réussir à convertir des sceptiques.

Déjà, certains journalistes de la colline parlementaire racontent être passés des ténèbres à la lumière, le nouveau premier ministre et son équipe paraissant heureux de répondre à toutes leurs questions, en conférences de presse ou informellement.

On a aussi «démuselé» les scientifiques et les spécialistes de la fonction publique. Ils n’ont plus à demander la permission à leurs supérieurs pour répondre aux médias. Mais, en cas de force majeure, tout le monde pouvait parler aux médias secrètement ou anonymement. Gageons qu’on n’apprendra rien de bien incriminant contre l’ancien gouvernement à la suite de cette émancipation des fonctionnaires.

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Ce qui compte, c’est que Trudeau accepte de jaser parfois avec des gens, experts ou non, qui peuvent être en désaccord avec ses politiques: nationalistes québécois, adversaires du niqab, économistes critiques des déficits, scientifiques optimistes face aux changements climatiques…

Chose certaine, il en entendra parler. Les prochaines années seront cruciales pour les Conservateurs avec un grand et un petit C, qui se retrouvent dans l’opposition presque partout au pays.

Comme on le sait, l’Alberta (l’Alberta!) a basculé dans la colonne du NPD au printemps, Terre-Neuve dans celle des Libéraux le 30 novembre.

Au Québec et en Colombie-Britannique, les gouvernements libéraux sont plutôt de «centre-droite» (leur principale opposition étant respectivement le PQ et le NPD), pas de «centre-gauche» comme en Ontario, dans les Maritimes et bien sûr à Ottawa… mais cette distinction est souvent spécieuse.

La Saskatchewan est l’exception notoire, le Saskatchewan Party du premier ministre Brad Wall étant à toutes fins pratiques un parti conservateur.

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Parallèlement aux efforts du nouveau chef progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown, pour s’imposer comme alternative crédible aux Libéraux de Kathleen Wynne dans quatre ans, la future course au leadership du Parti conservateur du Canada devrait servir à moderniser et dynamiser l’opposition en valorisant son programme économique au lieu d’obséder sur les moeurs, la religion, la monarchie, la justice punitive et autres repoussoirs.

Les années libérales devraient également faire le bonheur des chercheurs et des commentateurs de «droite»: IEDM, Fraser Institute, National Post et compagnie. Leurs détracteurs les présentaient jadis comme des valets du parti au pouvoir. Dans l’opposition, ce sont désormais des libres-penseurs, voire des représentants d’une «contre-culture».

Au fait, Justin Trudeau lit-il le National Post? Peter Foster? Rex Murphy? Conrad Black? Gwyn Morgan dans le Globe and Mail, Lorrie Goldstein (Toronto Sun)? Mathieu Bock-Côté (Journal de Montréal)? Le blogue de Mario Roy? Ou se satisfait-il du Toronto Star et de CBC, s’aventurant parfois du côté de Tout le monde en parle?

Trouverait-il plus déplaisant de s’entretenir avec Ezra Levant ou Mark Steyn qu’avec Naomi Klein ou David Suzuki? Que dirait-il aux étudiants de l’Université d’Ottawa qui ont voulu abolir des cours de yoga par refus de «s’approprier» la culture orientale? Suit-il les débats culturels et intellectuels sur les campus et dans les médias?

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Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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