Quatre autres années d’erreurs et d’insécurité

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Dans des élections marquées par une hausse du taux de participation, George W. Bush a été réélu président des États-Unis le 2 novembre, avec une majorité du vote populaire cette fois. Son Parti Républicain a fait des gains au Sénat et à la Chambre des représentants, où il était déjà majoritaire.

C’est une victoire indéniable contre un adversaire cultivé et articulé, qui a tardé à attaquer le président de front mais qui a «gagné» les trois face-à-face télévisés avec lui. Les Américains n’ont donc pas tenu compte de l’avis des experts les plus respectés, ni des éditoriaux des plus grands journaux, encore moins du voeu de la majorité des citoyens et des dirigeants des autres pays.

Nos voisins du Sud connaissent leurs problèmes mieux que nous. Ils ont refusé d’en rejeter tout le blâme sur le président, surtout en l’absence d’alternatives crédibles. John Kerry, en effet, avait voté au Sénat pour la guerre en Irak, puis contre son financement, proposant maintenant de la «gagner» en y consacrant encore plus de ressources, tout en critiquant le déficit…

Par ailleurs, un George W. Bush résolument opposé au mariage gai incarnait davantage les valeurs et les travers des Américains moyens qu’un John Kerry contre-le-mariage-gai-personnellement-mais-pas-entant-que-législateur-et-donc-opposé-à- l’amendement-constitutionnel-proposé-par-le-président-parce-que-ça-relève-des-États…

Malheureusement, ce scrutin légitimise la doctrine de guerre «préventive», déstabilisatrice et ruineuse adoptée par la Maison Blanche (avec la complicité du Congrès et de Tony Blair) suite aux attaques islamistes du 11 septembre 2001 contre New York et Washington. Cette doctrine représente un changement de cap radical pour les États-Unis et un retour à la case de départ pour les pays démocratiques qui tentaient, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de créer un état international de droit.

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L’invasion de l’Irak (frauduleuse, «illégale» a admis Kofi Annan, puisque le régime de Saddam Hussein était désarmé et n’avait aucune part de responsabilité dans les événements du 11 septembre – mais ce sont là des arguments rationnels, moins efficaces que la manipulation des émotions) a stimulé le recrutement chez les terroristes islamistes et les résistants nationalistes, contribuant à accroître l’insécurité au Moyen-Orient et dans tous les pays associés aux menées américano-israéliennes.

Le fiasco irakien représente aussi un détournement des priorités et des ressources militaires – tout comme le projet anachronique de bouclier antimissiles – qui a encouragé l’Iran, la Corée du Nord et peut-être d’autres pays à redoubler d’efforts afin d’ajouter l’arme nucléaire à leur arsenal. La guerre (que devait financer le pétrole irakien dans les rêves de Dick Cheney) a transformé le surplus budgétaire légué par l’administration Clinton en déficit record, un gouffre financier d’où on ne prévoit pas sortir avant une décennie et qui empoisonne toute l’économie américaine.

La chute du dollar américain par rapport à l’euro et au dollar canadien est un vote de non-confiance des investisseurs envers cette administration de charlatans et son électorat de paysans superstitieux. La ferveur religieuse de Bush, qu’on apparente à une douce folie et qu’on tend à sous-estimer dans les autres sociétés occidentales et même dans les milieux progressistes américains, n’est pas non plus pour persuader les peuples du tiers-monde de s’éloigner du fanatisme religieux. Pourquoi devraient-ils embrasser la séparation de l’Église et de l’État si les Américains, eux, s’en éloignent?

L’administration Bush (toujours avec le Congrès) a également affaibli, au nom de la sécurité intérieure et de la lutte au terrorisme, les droits et libertés garantis par la Constitution américaine, aujourd’hui supplantée par un texte orwellien: le «Patriot Act». Des «combattants ennemis» anonymes au statut juridique indéfini sont détenus dans la prison de Guantanamo ou dans des camps inaccessibles. Aux États-Unis, les forces de l’ordre ne font que commencer à exercer leurs nouveaux pouvoirs d’intrusion dans la vie privée et de détention arbitraire des citoyens soupçonnés de n’importe quoi.

Les pays voisins et alliés qui refusent de participer à cette liquidation des libertés sont vilipendés. La plupart des médias ont conservé leur indépendance, mais la clique au pouvoir possède ses propres télévisions, radios et journaux pour diffuser sa désinformation et entretenir la peur ou le mépris de l’ennemi du jour.

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Cette dégradation des libertés américaines sous Bush handicape lourdement sa croisade officielle pour exporter la démocratie et les libertés au Moyen-Orient et dans le tiers-monde (un objectif louable, tant que c’est fait de façon civilisée). En réalité, du Maroc à l’Uzbekistan, en passant par la Russie et l’Arabie Saoudite, les dictatures peuvent désormais échapper à toute critique américaine en invoquant la lutte au terrorisme pour justifier l’emprisonnement de dissidents et le trucage des élections – et ils en profitent.

Il est encore possible pour les Américains de s’extirper de la guerre, de retrouver leurs libertés, de tourner le dos au fanatisme religieux, de renouer avec le progrès et la prospérité, de regagner l’estime et le respect des autres nations. L’élection de John Kerry aurait peut-être permis de commencer tout de suite. La réélection de George W. Bush pour quatre autres années nous indique que la situation pourrait encore empirer avant de s’améliorer.

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