Pour que l’immigration enrichisse la dualité linguistique du pays

Rapport du commissaire aux langues officielles

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Le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, exhorte le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration à prendre des mesures concrètes et à fournir le financement nécessaire pour que l’immigration rehausse la vitalité des communautés de langue officielle partout au Canada.

C’est le premier thème de son rapport annuel 2014‑2015 déposé au Parlement le 7 mai.

«Un soutien fédéral accru est nécessaire aux organisations de langues française et anglaise qui fournissent des services d’intégration pour s’assurer que l’immigration continue d’enrichir les communautés de langue officielle», a affirmé le commissaire.

Le commissaire «arrive à la même conclusion» que la FCFA, le lobby politique francophone hors Québec, estime sa présidente Marie-France Kenny, un mois après le cri d’alarme qu’elle lançait quant au manque de mesures gouvernementales pour appuyer l’immigration au sein des communautés francophones.

«La balle est clairement dans le camp du gouvernement fédéral», déclare Mme Kenny. «On ne peut pas continuer à accueillir moins de 2% d’immigrants francophones par année à l’extérieur du Québec comme on le fait depuis des années; si on poursuit sur cette voie, on se dirige vers un désastre démographique pour la francophonie.»

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Perspective francophone

Le commissaire, note-t-elle, parle de l’importance pour le gouvernement d’adopter une «perspective francophone sur les questions d’immigration». La FCFA ne remet pas en question l’engagement personnel du ministre, mais elle trouve que «cette perspective francophone est singulièrement absente des politiques et programmes».

Bien que le nouveau système d’immigration du Canada soit axé sur l’économie, les compétences et le rôle accru des employeurs dans la sélection des travailleurs étrangers, Graham Fraser fait ressortir le besoin de «renforcer la collaboration fédérale-provinciale-territoriale et d’élaborer un plan d’action comportant des cibles tangibles en immigration pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire».

En 2011, les immigrants constituaient seulement 12% de la population de langue française à l’extérieur du Québec, comparativement à 22% de la population de langue anglaise. Ces statistiques démontrent que les communautés de langue française à l’extérieur du Québec n’ont pas bénéficié de l’immigration dans la même mesure que la majorité anglophone.

Symétrie franco-anglo

«Un trop grand nombre de nouveaux arrivants de langue anglaise au Québec et de nouveaux arrivants de langue française à l’extérieur du Québec ne sont pas au fait de l’existence des communautés de langue officielle en situation minoritaire, et cela doit changer», a indiqué le commissaire.

Tous les cinq ans, plus d’un million de personnes font du Canada leur nouvelle patrie. «Le gouvernement fédéral doit en faire davantage pour que cet afflux d’immigrants ait une incidence positive sur la dualité linguistique canadienne».

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La symétrie que semble obligé de faire Graham Fraser, entre la situation des immigrants francophones au Canada anglais et celle des immigrants anglophones au Québec, a horripilé plusieurs commentateurs québécois, qui y ont vu un plaidoyer pour une anglicisation du Québec.

Le chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu, estime que «la minorité anglophone au Québec est très bien perçue et bénéficie de privilèges», tandis que le député et ex-ministre Maka Kotto du Parti québécois a déclaré qu’elle est déjà «très bien protégée».

L’une des critiques les plus sévères est venue du blogueur Pierre Allard, ex-éditorialiste au journal Le Droit d’Ottawa-Gatineau, qui dénonce l’apparent aveuglement du commissaire Graham Fraser devant le fait que «seule la langue française est menacée dans l’ensemble du pays, y compris au Québec, et seul l’anglais est florissant partout, même au Québec».

«Ça prend du culot!», écrit Pierre Allard. «La part de 10% d’anglos de souche au Québec continue d’engraisser avec l’apport de 36% des immigrants au Québec qui – même avec la Loi 101 – choisissent l’anglais comme première langue officielle (contre 2% seulement qui choisissent le français hors-Québec)».

Plaintes

Une deuxième partie du rapport annuel couvre les activités du commissaire qui visent à protéger les droits linguistiques en menant des enquêtes sur les plaintes, en effectuant des vérifications et en participant à des procédures judiciaires.

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La FCFA remarque une augmentation du nombre de plaintes au Commissariat aux langues officielles au cours de la dernière année et estime que cela dénote une nouvelle fois un glissement à l’égard du respect de la loi par les ministères et agences fédérales.

«Nous sommes dans une année électorale et les francophones ont un message pour les parlementaires: nous en avons assez des manquements répétés à la Loi sur les langues officielles. Nous nous attendons à ce que tous les partis prennent des engagements concrets pour le respect et la pleine application de la Loi», lance Mme Kenny.

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