Pianiste du TSO censurée: les réactions fusent

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Vivement critiqué dans les médias sociaux pour sa décision d’écarter la pianiste russo-ukrainienne Valentina Lisitsa, l’Orchestre symphonique de Toronto (TSO) annule aussi les prestations de son remplaçant.

La direction du TSO indique «qu’à la lumière des événements de cette semaine», elle a décidé de retirer de son programme, mercredi soir et jeudi, le concerto pour piano no 2 de Rachmaninov.

La pianiste de 41 ans, qui devait à l’origine offrir ces prestations, accusait le TSO de censure et avait incité les internautes à faire pression sur l’Orchestre, après avoir été écartée. Le TSO disait, en début de semaine, avoir trouvé un remplaçant à la musicienne pour «éviter des opinions pouvant être offensantes».

De nombreux Canadiens sont d’origine ukrainienne et appuient les nationalistes qui ont chassé du pouvoir le gouvernement pro-russe il y a deux ans. D’aucuns attribuent même à l’influence de ce lobby les vives critiques exprimées par le premier ministre canadien Stephen Harper à l’endroit du président russe Vladimir Poutine.

Sur Twitter, Valentina Lisitsa écorche régulièrement le gouvernement de l’Ukraine et semble prendre partie pour l’insurrection/invasion russe dans l’est du pays. Elle affirme que l’Orchestre cède face à un «petit lobby militant» qui prétend représenter la communauté ukrainienne.

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Le Congrès ukrainien canadien a d’ailleurs applaudi à l’annulation des prestations de Valentina Lisitsa, affirmant qu’elle a tenu des propos haineux.

La pianiste, une Russe d’origine, née en Ukraine, mais qui vit maintenant aux États-Unis, a dénoncé les atrocités de la guerre civile dans l’est et le sud de l’Ukraine, en particulier celles commises contre la minorité russe. Elle a également critiqué les membres du gouvernement ukrainien, qu’elle a traités de «voleurs».

«Ils [dirigeants ukrainiens] ont canalisé la colère contre des ennemis souvent imaginaires et, encore pire, ont tourné les gens les uns contre les autres», écrit-elle.

Sur Facebook, la pianiste raconte avoir mené une «double vie» au cours de la dernière année, dénonçant la «classe dirigeante» de l’Ukraine dans les médias sociaux, tout en faisant des concerts un peu partout dans le monde. 

Pour sa part, le remplaçant de Mme Lisitsa, dont les prestations sont aussi annulées maintenant, s’attaque à la pianiste sur Facebook. Le Torontois Stewart Goodyear l’accuse d’avoir «brisé son rêve».

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«Il faut avoir le courage de défendre sa position sans se cacher derrière le pseudonyme NedoUkarinka. Ses paroles ont offensé plusieurs personnes qui l’ont jugée comme étant pro-violence et anti-amour», a déclaré le pianiste Stewart Goodyear.

Celui-ci raconte avoir été coincé au milieu d’une «meute hystérique» dans les médias sociaux et avoir été accusé de censure. On ne sait pas si le pianiste s’est désisté ou si c’est l’Orchestre symphonique qui l’a informé de sa décision d’annuler les deux concertos.

Le TSO offre aux spectateurs touchés le choix d’un billet gratuit pour un autre concert ou un remboursement.

En entrevue à l’émission Le Midi Trente Ontario de Radiio-Canada, le sociologue Fuyuki Kurasawa, de l’Université York, à Toronto, qualifie la décision de l’Orchestre de «troublante».

Il souligne qu’il y a une longue tradition d’artistes qui ont eu droit de parole et pour certains d’entre eux, ce droit de parole est une responsabilité. «Au Canada, le seuil jugé légal est celui de l’incitation à la haine. Si l’on émet des propos qui incitent les autres à la haine d’un certain groupe de personnes, il y aura des limites. Ce qui est troublant dans ce cas-ci, que l’on soit prorusse ou pro-ukrainien, il ne semble pas que ses paroles, bien que controversées, incitent à la haine.»

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