Palestine: pacifiez, annexez ou évacuez

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Avant de commenter et, inévitablement, de choquer des âmes sensibles, voici quelques dates importantes pour qui cherche à comprendre l’insoluble conflit israélo-palestinien, dont un nouvel épisode meurtrier se joue depuis deux semaines.

1917: Arthur James Balfour, le ministre britannique des Affaires étrangères, appelle à la création d’un foyer juif autour d’Haïfa et Tel-Aviv, dans la Palestine de l’époque, une partie de l’Empire ottoman qui vient de tomber sous le contrôle de la Grande-Bretagne et qui couvre ce qu’on appelle aujourd’hui Israël et la Jordanie. Cette déclaration encourage l’immigration juive en Terre Sainte, où les Juifs, présents depuis plus de 2000 ans, ont cependant toujours été très minoritaires.

1947-48-49: L’Assemblée des Nations Unies adopte un plan de partage de cette Palestine coloniale en deux États, juif et arabe. Les pays arabes ont voté contre. Sur le terrain, les deux communautés s’affrontent déjà. Le 14 mai 1948, les sionistes proclament l’État d’Israël et repoussent sur tous les fronts une offensive des voisins arabes, agrandissant leurs frontières et expulsant des centaines de milliers de Palestiniens. S’en suit une nouvelle vague d’immigration juive dans le nouveau pays, tandis que naît le royaume de Jordanie.

1967: L’Égypte, la Syrie et la Jordanie s’allient avec l’objectif avoué de détruire Israël. Face à l’imminence d’une attaque, les forces israéliennes lancent une offensive éclair qui, en six jours, force les voisins à capituler, et capturent les hauteurs du Golan, la Cisjordanie, la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï. La fameuse résolution 242 des Nations Unies appelle Israël à se retirer des nouveaux territoires «occupés», alors que l’État hébreu lance un programme de colonisation de la Cisjordanie.

1973: Le jour de la fête juive du Kippour, l’Égypte et la Syrie surprennent Israël en attaquant dans le Sinaï et le Golan, mais sans succès, grâce entre autres à un ravitaillement américain des forces israéliennes. À la faveur d’accords de paix avec l’Égypte, Israël se retire du Sinaï en 1979. La Jordanie ne veut plus de la Cisjordanie qui, avec la bande de Gaza, formerait un éventuel État palestinien.

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C’est à peu près là où on en est encore aujourd’hui, malgré des tractations quasi-permanentes et des initiatives louables mais stériles, comme le sommet Clinton-Barak-Arafat à Camp David (juillet 2000).

Suite à chaque échec diplomatique et à chaque vague de violence, le processus de colonisation juive de la Cisjordanie se poursuit, l’étranglement de la bande de Gaza s’accentue, les positions se radicalisent des deux côtés, notamment avec l’élection du gouvernement Netanyahou à Jérusalem et du Hamas à Gaza (l’OLP contrôle ce qui reste à contrôler en Cisjordanie).

Israël est aujourd’hui une puissance nucléaire, ce qui peut dissuader des armées hostiles mais qui n’impressionne pas des milices comme le Hamas à Gaza ou le Hezbollah au Liban, alliés de la Syrie et de l’Iran.

Déjà intégrés et prospères en Occident, les Juifs y ont gagné des alliés dans tous les milieux et participent au pouvoir, comme il se doit. La semaine dernière, un comité du Sénat américain a voté une aide militaire d’urgence de plus de 600 millions $ pour Israël, ce qui représente une fraction de ce qu’il reçoit annuellement des États-Unis depuis des décennies. Le gouvernement français est allé jusqu’à interdire une manifestation pro-palestinienne, un réflexe liberticide de plus en plus caractéristique du soi-disant «pays des Droits de l’Homme» (demandez à Dieudonné).

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Chez nous, libéraux et néo-démocrates ne s’aventurent plus qu’à critiquer le «manque de nuances» du gouvernement conservateur ou son appui «inconditionnel» au gouvernement Netanyahou, parfois le caractère «disproportionné» de la riposte militaire israélienne, mais jamais le droit d’Israël – presqu’universellement reconnu – de se défendre et d’exister dans ses frontières actuelles.

À Washington, on sent chez le président Barack Obama une certaine impatience face aux menées israéliennes, mais il est complètement isolé dans sa propre administration et dans son Parti démocrate, a fortiori face aux républicains impérialistes. Les attentats du 11 septembre 2001, motivés en partie par le sort des Palestiniens, n’ont pas aidé leur cause…

L’impasse est symbolisée par la construction par Israël d’un mur (pas celui des Lamentations) visant à protéger ses frontières, toujours changeantes, toujours à son avantage, entre les deux communautés.

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De toute évidence, cette politique israélienne du cliquet («ratchet» pour les intimes), qui voulait peut-être d’abord instiller un sentiment d’urgence aux négociateurs palestiniens, vise désormais à rendre ingouvernable, invivable, impensable l’État palestinien préconisé par l’ONU et proclamé par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

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L’objectif transparent de la stratégie israélienne est d’écoeurer tout ce monde-là (un million et demi de personnes à Gaza, autant en Cisjordanie) et les inciter à déménager en Égypte, en Jordanie, n’importe où.

Yasser Arafat aurait pu stopper cette escalade en acceptant les frontières que lui proposaient Bill Clinton et Ehud Barak, au lieu de lancer une autre «Intifada». (Il aurait été assassiné par ses lieutenants s’il avait choisi cette paix, aurait-il confié à ses interlocuteurs.) Des idéalistes des deux camps ont aussi proposé un État israélo-palestinien démocratique bi-culturel…

C’est trop tard maintenant. On ne voit plus qu’un régime implacable qui se défend contre un ennemi suicidaire. Ce conflit n’a d’autre issue qu’une victoire israélienne et une défaite palestinienne.

Réannexer Gaza à l’Égypte et la Cisjordanie à la Jordanie m’apparaît la solution la plus réaliste, la plus pratique, la plus «humaine», offrant de meilleures garanties de sécurité à Israël qu’un État palestinien instable.

Le hic, c’est que cette solution dépend de la coopération de voisins arabes qui considèrent encore les Palestiniens établis chez eux depuis des décennies comme des «réfugiés». Or, il n’y a pas plus de différence entre un Palestinien, un Jordanien et un Égyptien qu’entre un Québécois de Saguenay, de Rivière-du-Loup ou de St-Jérôme… Il est temps de mettre fin à cette mascarade.

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Rappelons qu’Israël s’étend sur 470 km de long (de la frontière avec le Liban à la Mer Rouge) et sur 135 km de large (entre Gaza et la Mer Morte). À l’échelle du Moyen-Orient, c’est minuscule; on ne comprendra jamais les Arabes de s’être opposés si farouchement à si peu. Avec 8 millions d’habitants (huit fois plus qu’en 1948), Israël tiendrait entre Toronto, Peterborough, Kingston et Ottawa… alors que la vingtaine de pays arabes (360 millions d’habitants) feraient tout le reste du Canada!

La paix impossible et l’annexion refusée, il ne resterait que l’évacuation. Quitter une zone de guerre pour aller vivre en paix 200 kilomètres plus loin, dans la même langue et la même culture: on a connu pire tragédie…

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