Ontario : l’appel de la forêt

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Publié 14/03/2006 par Marta Dolecki

Sur la ligne de départ, une soixantaine de chiens, en file indienne, tous plus excités les uns que les autres. Leur seule hâte: s’élancer le long de sentiers enneigés et faire ce qu’ils savent de mieux, c’est-à-dire courir.

En attendant, les chiens expriment leur impatience dans un concert d’aboiements. À l’avant du traîneau, Pumpkin et Storm y vont chacun de leurs jappements qui, étrangement, ressemblent à des cris humains, vibrant plaidoyer en faveur d’un départ imminent.

À l’arrière, Rebel, un jeune husky fringant qui vient juste de commencer son apprentissage avec les plus grands, ne tient plus en place et tire sur son harnais. Ses sauts en hauteur sont impressionnants, dignes d’un athlète olympique.

«Ils sont vraiment pressés de partir.» Avec un sourire bienveillant, Tanya McCready, propriétaire de Winterdance Dogsled Tours, regarde ses chiens du coin de l’oeil. «Courir est pour eux un instinct naturel, explique-t-elle. Il est possible que nos huskies apprécient autant, voire davantage, le traîneau à chiens que nos clients. On ne le saura jamais. En tout cas, ils ont un goût insatiable pour l’aventure».

D’aucuns considèrent le traîneau à chiens comme une activité exclusivement réservée aux touristes européens à la recherche de sensations fortes dans le Grand nord canadien. Une perception erronée, selon la propriétaire de Winterdance. «II est faux de penser qu’on a besoin de se rendre au Yukon pour faire du traîneau à chiens», dit cette dernière.

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À environ quatre heures de route de Toronto, une propriété de 500 acres située sur le sentier du Huron bleu, à Haliburton, près du Lac Redstone, sert de terrain de jeu à un élevage de 112 huskies de Sibérie, tous adorables avec leurs yeux perçants et leurs coups de langue affectueux.

Le poil vif, la queue frétillante, les oreilles dressées au vent, ce petit monde ne demande pas mieux que de faire vivre au visiteur des aventures dignes d’un roman de Jack London. Lâchés en pleine nature, les chiens peuvent atteindre les 25-30 km par heure, affirme Tanya McCready. Une fois attachés au traîneau, ils parcourent facilement une centaine de kilomètres par jour. L’entreprise Winterdance emploie quatre guides à temps complet et trois à temps partiel.

C’est à Guelph, en franchissant le seuil d’une animalerie, que Tanya McCready et son mari Hank DeBruin ont eu un premier coup de foudre pour les beaux yeux bleus d’une dame huskie. L’heureuse élue, Colt, a bientôt fait partie de la famille.

Puis, il y a eu Tundra, Midnight, McKenzie, Lucy et bien d’autres encore. Sans sourciller, Tanya énumère les noms de ses protégés comme on présenterait avec fierté ses propres enfants. Tanya McCready raconte qu’au fur et à mesure que la meute grandissait, elle et son mari ont eu l’idée de monter une opération de chiens de traîneau. Le couple a alors déménagé dans le nord de l’Ontario et, depuis maintenant sept ans, répond aux courriels des clients par un joyeux «bienvenue dans les terres enneigées d’Haliburton.»

La conduite en traîneau

De retour sur le sentier de traîneau à chiens, le guide, Fraser Newton, explique les rudiments de la conduite en traîneau. Le frein, installé entre les deux skis latéraux, permet de calmer l’ardeur des chiens, surtout dans les descentes. Il faut parfois l’utiliser en terrain plat, parce que les huskies ont tendance à s’emballer s’ils ne sentent pas une résistance de la part du conducteur.

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Debout à l’arrière, le musher ou conducteur est celui qui amorce les virages et contrôle les freins en s’aidant de ses pieds. Pendant ce temps-là, l’autre personne s’assoit dans le traîneau et peut profiter des paysages tout en veillant à ce que les chiens ne s’emmêlent pas.

À l’avant, les huskies à la tête de l’attelage – on les appelle leaders – sont les chiens qui travailleront le plus durant de la randonnée. À l’arrière, on attache les jeunes comme Rebel qui ont besoin d’un «ancien» pour leur montrer le rythme et le chemin.

Finalement, le meilleur entraîneur de ces chiens, ce n’est pas l’homme, mais bien son voisin à quatre pattes. «Les chiens plus âgés enseignent aux plus jeunes les rudiments et automatismes à développer de façon beaucoup plus rapide que tout ce que nous pourrions faire», explique Tanya McCready. «Si un chiot commence à courir derrière le traîneau et fait n’importe quoi, l’aîné va le rappeler à l’ordre par un jappement vigoureux ou, encore, par un petit pincement à l’oreille.»

Et, pour diriger l’attelage, il est nécessaire de retenir quelques principes de base. On crie «hike» pour faire partir les chiens, «whoa» pour les ralentir ou les arrêter et «on by» pour les encourager. «Pumpkin, Storm… hike!» L’attelage, composé de six huskies, s’ébranle pour bientôt atteindre sa vitesse de croisière. Le paysage, composé de lacs, d’arbres et de plaines parées de leurs manteaux d’hiver, se succède. Le traîneau glisse en silence sur l’épaisse couche de neige qui recouvre le sol.

Le travail du musher

Si le passager dans le traîneau peut à loisir contempler la nature immaculée et resplendissante qui défile devant ses yeux, le métier de musher, lui, n’est pas de tout repos. Pour démarrer, il faut donner de l’élan à tout l’attelage, courir derrière le traîneau, le rattraper, sauter sur les skis, puis, pousser de nouveau le traîneau dans les montées.

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Pour rendre sa tâche plus aisée, le musher doit développer une relation de complicité avec les chiens, savoir les aider quand nécessaire tout en n’en faisant pas trop, auquel cas, les chiens laisseraient le conducteur faire tout le travail pour deux. «On ne peut pas forcer un chien à courir en lui criant dessus, prévient Tanya McCready. Imaginez un patron qui vous crie dessus tout le temps, même si vous essayez de faire de votre mieux. À la longue, vous allez être découragé. Eh bien avec les chiens, c’est exactement pareil. Si les humains leur crient dessus tout le temps, ils vont finir par vouloir quitter le bateau.»

Pendant la randonnée, la plupart des chiens n’ont, heureusement, pas l’air de vouloir quitter la barque, trop contents de fouler la poudre blanche. D’autres, par contre, ont de petites disputes entre eux. C’est le cas de Rebel qui a du mal à s’entendre avec son compagnon de droite. Périodiquement, ce dernier lui aboie dessus et menace même de lui mordre l’oreille. Mais ces chicanes sont de courte durée et les chiens n’ont qu’une envie: avaler encore un peu plus de poudreuse et dépenser toute leur énergie.

À l’arrivée, repos bien mérité suivi de câlins et de flatteries avec son husky préféré. Habitués des touristes et de leurs flashs, les chiens ne font pas de cas à se livrer à une séance-photo. Remplis d’affection, ils font des papouilles aux enfants, léchouillent le visage des adultes – un beau souvenir qui ne fera pas oublier de sitôt ces animaux attendrissants avec lesquels, décidément, il est difficile de ne pas tomber en amour.

Winterdance Dogsled Tours, randonnées de deux heures, d’une demi-journée, d’une journée entière ou de plusieurs jours, pendant toute la semaine et le week-end jusqu’à la fin du mois de mars. Plus plus d’information: 705-457-5281 ou consultez le site Internet: www.winterdance.com

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