Nycole Turmel chez les têtes folles

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Publié 04/08/2011 par François Bergeron

Ex-présidente de l’Alliance de la fonction publique du Canada (de 2000 à 2006), Nycole Turmel est membre du NPD fédéral depuis 1991.

Le journaliste du Globe and Mail Daniel Leblanc, l’un des héros du scandale des commandites, a révélé la semaine dernière que la nouvelle chef intérimaire du NPD a aussi été membre du Bloc québécois (de 2006 à janvier 2011) et du parti provincial Québec solidaire (de 2007 à aujourd’hui).

Selon les explications et les professions de foi fédéralistes qu’elle a dû fournir pour calmer la tempête que la nouvelle a provoquée au Canada anglais, il s’agissait pour elle d’appuyer son amie Carole Lavallée, la députée du parti de Gilles Duceppe à St-Bruno-St-Hubert.

L’affaire se corse dans le cas de Québec solidaire, le parti d’Amir Khadir et de Françoise David, qui est lui aussi souverainiste mais d’abord et avant tout communiste. Elle s’est associée à Québec solidaire pour manifester son appui au candidat Bill Clennett, ce contestataire célèbre pour avoir été pris à la gorge et repoussé par le premier ministre Jean Chrétien quand il s’était approché trop près de lui en l’invectivant. Québec solidaire est un asile de têtes folles de cet acabit.

Pour de nombreux Canadiens-Anglais, apparemment encore traumatisés par le souvenir de Lucien Bouchard au poste de chef de l’Opposition officielle à Ottawa, ce flirt avec les souverainistes reflète un manque de jugement de la part de Mme Turmel, et malheureusement aussi de la part de Jack Layton qui l’a choisie pour le remplacer pendant qu’il combat un nouveau cancer. Personnellement, sa relation avec Québec solidaire m’inquiète bien davantage.

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Si Jack Layton ne revenait pas à la tête du NPD comme prévu cet automne, le parti devra sans doute organiser un congrès à la chefferie plus rapidement qu’il ne l’aurait souhaité, pour retrouver un chef permanent… qui ne sera pas Mme Turmel. Celle-ci avait déjà indiqué qu’elle ne serait pas candidate, mais on peut imaginer que cette controverse sur ses multiples allégeances politiques confirmera cette intention.

Chez les Libéraux, au contraire, le chef intérimaire Bob Rae pourrait être persuadé de se présenter au prochain congrès à la chefferie (fin 2012 ou début 2013), même s’il a indiqué lui aussi qu’il ne comptait pas être candidat.

Bob Rae est un transfuge du NPD, ce qui est assez extraordinaire de la part d’un ancien premier ministre de l’Ontario élu sous cette bannière. Revendiquant le centre de l’échiquier politique canadien, les Libéraux ont besoin désormais d’électeurs «transfuges» du NPD et des Conservateurs, tout comme ces derniers ont profité, ces dernières années, de l’appui de gens qui avaient l’habitude de voter libéral. Tout le monde a le droit d’évoluer et de changer d’idées; le contraire est parfois même suspect. Le 2 mai dernier, un grand nombre d’électeurs bloquistes ont essayé autre chose eux aussi.

Le parcours politique de Nycole Turmel est loin d’être unique, particulièrement pour une députée du Québec (Hull-Aylmer) où la situation politique est, depuis longtemps, plus compliquée et plus fluide que dans le reste du pays, pour les raisons que l’on sait.

Avec Lucien Bouchard, le Bloc québécois a d’abord attiré des gens de tous les horizons politiques, dégoûtés par l’échec de la réforme constitutionnelle (Meech). Lors du référendum de 1995 organisé par Jacques Parizeau, l’ADQ de Mario Dumont, formée par des dissidents des Libéraux provinciaux, était dans le camp du oui. La souveraineté n’a jamais été un projet de «gauche» ou de «droite».

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Il y a cependant au sein du mouvement souverainiste québécois un fort courant de «gauche», socialiste, syndicaliste, pour qui la création de ce pays francophone sur les rives du St-Laurent n’est pas une fin en soi mais plutôt un moyen de promouvoir leur projet de société égalitaire dominée par un État omnipotent. Même chez les Péquistes pour qui la souveraineté prime, de telles idées sont populaires. Les vieux se souviennent de l’époque où les grands patrons étaient anglophones et leurs ouvriers francophones. En matière de gouvernance de la province, le Parti québécois a donc toujours été légèrement à la «gauche» du Parti libéral du Québec.

L’échec référendaire de 1995 et l’impossibilité de tenir un tel scrutin existentiel avant une autre quinzaine ou vingtaine d’années ont forcé tout ce beau monde à réorienter leur action vers les dossiers économiques et sociaux traditionnels: finances publiques, éducation, santé, pensions, transports, environnement, sécurité, défense, etc.

Cette année, l’ex-ministre péquiste François Legault et l’homme d’affaires fédéraliste Charles Sirois ont créé un nouveau parti qui intéresserait des Péquistes et des Libéraux désabusés, et qui pourrait fusionner avec l’ADQ. La souveraineté n’est pas à l’agenda de cette Coalition pour l’avenir du Québec; le renouvellement du fédéralisme pas davantage; silence radio. Par ailleurs, les ténors souverainistes les plus radicaux du PQ viennent de se faire hara-kiri, contestant le programme de «gouvernance souverainiste» de la chef Pauline Marois qui, jusque-là, devançait le premier ministre libéral Jean Charest dans les sondages.

Comme Nycole Turmel, Gilles Duceppe est un ancien syndicaliste. À la barre du Bloc, il en a fait un NPD québécois… et il s’est étonné, le 2 mai dernier, que les électeurs finissent par lui préférer le vrai NPD. Au sein du Bloc, l’actuelle chef intérimaire du NPD était-elle donc simplement en avance sur son temps?

Comme les cocos de Québec solidaire, héritiers spirituels de ces militants péquistes pour qui la souveraineté n’est valable que si elle est accompagnée de leur révolution sociale, Nycole Turmel a peut-être toujours préféré l’option fédéraliste tout en jugeant cette considération secondaire. Sa boussole a toujours pointé vers le socialisme. Au NPD, c’est une explication qui se défend. Pour les autres Canadiens, cela devrait donner à réfléchir sur la vraie nature de ce parti.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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