Nuit blanche: chou blanc

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J’étais à l’école secondaire au Québec au début des années 1970, une grande époque artistique et politique.

Pour préparer notre présentation devant la classe du livre Le choc du futur, d’Alvin Toffler, notre petite équipe s’était réunie dans le sous-sol d’Alain Loyer, un fou des Rolling Stones (moi c’était Led Zeppelin) qui était également féru d’art moderne (nouveau pour moi, comme d’ailleurs la marijuana que j’ai fumée là pour la première fois).

Je m’attendais à ce qu’on fasse un travail assez traditionnel, Powerpoint avant la lettre: présentation orale debout accompagnée de quelques images projetées sur un écran, peut-être avec un peu de musique de fond. Mais notre collègue avait compris avant tout le monde que le médium lui-même devait être le message, et que pour traiter du choc du futur, on allait devoir s’éclater.

Nous avons donc produit ce samedi-là un document audiovisuel psychédélique avec images, musique et déclamations dignes de l’Enfer de Dante.

C’était pour le cours de français du frère Mondou (qu’on appelait Magoo, parce qu’il était petit et ressemblait à ce personnage de dessins animés), qui enseignait aussi les classiques. Je ne me souviens pas quelle note on a obtenue, mais notre présentation a eu un succès monstre auprès de nos confrères et consoeurs de notre classe.

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Ce merveilleux souvenir m’est remonté en mémoire, samedi soir dernier, en me promenant au centre-ville avec des centaines de milliers de Torontois à l’occasion de la Nuit blanche. Je n’ai pas visité toutes les installations, mais j’ai tout de même marché au moins trois heures, de l’Hôtel de Ville à la rue Spadina, en passant par l’OCAD et l’AGO jusqu’à Front, retour par King et John.

C’était nul.

La foule elle-même, finalement, offrait le plus beau spectacle: joyeuse, bigarrée, des effluves de marijuana tous les 100 mètres. Les installations artistiques? Digne d’une classe de secondaire des années 1970.

Accordons une mention honorable, toutefois, à la centaine d’acteurs costumés en «virus» à tête lumineuse, qui «contaminaient» les passants avec une étampe et qui devaient tous éventuellement revenir à l’Hôtel de Ville.

Cette Nuit blanche 2014 n’est pas un grand cru. Dans le passé, on a offert des événements grandioses comme un concert planant de Neil Young et Daniel Lanois, des oeuvres saugrenues comme des murs de vélos ou une église faite d’équipement de camping, des marathons de pianos ou des horloges vivantes…

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Cette fois, il ne se passait rien qui vaille à l’Hôtel de Ville: un polygone géant dans un coin, un orchestre qui ne faisait que désaccorder ses violons dans l’autre…

Au détour des rues, on tombait sur:

des palmiers au sommet de grues;

une expo «pour adultes» de documentaires vidéos plutôt drabes sur des travailleurs du sexe;

des enfantillages à l’OCAD, pourtant une «université» d’art;

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un arc-en-ciel de laser dans le ciel;

l’ombre d’une boule de démolition sur un mur (sans Miley Cyrus);

une forêt de gros ballons censée représenter la population de la Terre;

un inukshuk de dessins et de graffitis censé «donner la parole aux minorités»;

plusieurs films psychédéliques, dont un projeté sur l’entrée d’un stationnement souterrain, ce qui voulait peut-être dire quelque chose, peut-être pas;

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une pyramide de roulottes stylisées, même pas des vraies;

des images créées à partir de cubes Rubik…

Heureusement que tout cela était gratuit.

Pire que pire: le film flou projeté sur une toile dans une fenêtre du lobby de l’hôtel Germain, rue Mercer.

Heureusement qu’en face, on pouvait admirer les filles en minijupe qui attendaient d’entrer dans une discothèque, et les gars qui s’adonnaient à passer par là en Lamborghini. Mais je pense que ces gens-là ne savaient pas qu’ils participaient à la Nuit blanche.

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