Notre couronne d’épines

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Vous n’êtes pas écoeurés de voir la face de la reine d’Angleterre sur notre monnaie?


Je sais, il y a d’autres problèmes plus pressants. Il y en aura toujours: le lien colonial anachronique entre le Canada et la Couronne britannique ne nuit directement à personne.


Ça fait partie du folklore canadien-anglais, comme le Ku Klux Klan dans le Sud des États-Unis. Et, contrairement au racisme du KKK, pour lequel on ne peut trouver aucune circonstance atténuante, notre système électoral et gouvernemental d’inspiration britannique sert assez bien notre démocratie.


Si on faisait sauter la monarchie (et, pendant qu’on y est, le Sénat), le Canada, l’Australie et même la Grande-Bretagne pourraient fort bien conserver un système similaire, avec un Parlement souverain supervisé par un président honorifique (appelons-le «gouverneur général» s’il le faut), choisi pour cinq ou dix ans par les parlementaires ou d’autres notables.


Chez nous, la monarchie est un symbole suprémaciste: un rappel permanent – et pas du tout subtil – d’une volonté de domination des anglos sur les francos et sur tous les autres, en plus d’être intrinsèquement indéfendable sauf comme attraction touristique.


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Notre premier ministre Stephen Harper est un fan fini de la monarchie. Même au sein du Parti conservateur, il ne doit plus y en avoir tant que ça. Pour la plupart de ses détracteurs, c’est là son moindre défaut. Personnellement, je lui reconnais des qualités et je suis souvent tenté de voter conservateur, mais cette anglophilie rétrograde me rebute à chaque fois.


Quand les Conservateurs étaient minoritaires, ça restait une bizarrerie inoffensive, comme la religiosité chez d’autres politiciens. Depuis l’élection du 2 mai dernier, cette folie douce se manifeste de plus en plus ouvertement, infecte toute l’administration publique et, à long terme, risque de diviser davantage les Canadiens.


C’est le plus sérieusement du monde, la semaine dernière, au sommet du Commonwealth (un autre anachronisme), que le premier ministre Harper a accueilli favorablement une proposition du premier ministre britannique David Cameron visant à modifier les règles de la succession au Trône afin que les filles aînées aient la même priorité que les fils aînés. Les changements proposés permettront aussi aux héritiers qui épousent des catholiques d’accéder au Trône.


Admirable! On n’avait pas vu une telle ouverture d’esprit depuis que l’Église catholique a reconnu – en l’an 2000! – qu’elle avait eu tort de persécuter Galilée.


«Le Canada appuie ces propositions de modernisation raisonnables qui aideront la Couronne à demeurer une institution qui reflète les valeurs des Canadiens», a déclaré M. Harper. Voyons donc! La Couronne ne reflète en rien les valeurs des Canadiens. La Couronne divise les Canadiens. Le vrai progrès serait de dire adieu et bonne chance à Elizabeth, Charles, William et toute la famille, en affirmant une fois pour toutes la souveraineté et la modernité du pays.


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Cet été, après la tournée ladygagaesque de William et Kate au Canada, Harper a débaptisé les commandements maritimes, aériens et terrestres des Forces armées canadiennes pour restaurer les anciennes dénominations «royales».


Puis il s’est nommé un attaché de presse, un directeur des «communications», jamais si mal nommé, qui ne parle que l’une des deux langues officielles du pays (devinez laquelle).


Puis il a demandé à ce que le portrait de la reine soit accroché, bien en vue, dans toutes nos ambassades à l’étranger. Des gens s’imaginaient peut-être que le Canada n’était plus une colonie britannique: il fallait corriger cette fausse impression au plus vite!


Récemment, il a nommé un deuxième juge unilingue anglais à la Cour suprême. (Il a aussi nommé une juge bilingue, pour noyer le poisson.) Il vient aussi de choisir, en remplacement de Sheila Fraser, un vérificateur général qui ne parle pas français (rassurez-vous, il parle anglais…).


Imaginez la volée de bois vert qui accueillerait la nomination d’un vérificateur général du Canada unilingue français. Ou un juge de la Cour suprême. Ou le plus haut gradé des Forces armées. Ou le gouverneur général. Même les francophones ne comprendraient pas le choix du gouvernement… En revanche, ils comprendraient trop bien le dépit des anglophones.


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Ce retour en arrière est rendu possible par la duplicité des Canadiens-Anglais face à la dualité linguistique en tant que caractéristique fondamentale du pays, mais surtout par l’effacement de la menace séparatiste du Québec.


Je n’ai jamais été un fan du Bloc québécois ou du PQ, mais force est d’admettre que quand une majorité de Québécois risquent de voter pour la souveraineté à la première insulte réelle ou imaginaire venue du Canada anglais, ce dernier se fait plus accommodant.


Le 2 mai, les Québécois ont congédié le Bloc québécois et jeté leur dévolu sur le NPD, le parti fédéraliste le plus centralisateur et, qui plus est, celui qui avait le moins de racines dans la province. Selon les sondages, ils vont aussi se détourner du PQ de Pauline Marois, qui traverse une grave crise interne provoquée par le mécontentement des souverainistes purs et durs, et ils seraient prêts à voter en masse pour le parti «non-souverainiste» encore inexistant de François Legault, qui abandonne par ailleurs toute prétention de renouveler le fédéralisme canadien ou même d’exercer la moindre influence à l’extérieur des frontières du Québec.


Peut-on blâmer Harper de prendre acte du suicide culturel des Québécois et de l’indifférence des autres Canadiens?


Au cours des prochains mois, Néo-Démocrates et Libéraux vont s’élire de nouveaux chefs. C’est le temps de leur demander ce qu’ils comptent faire pour restaurer la souveraineté et l’unité canadiennes.


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